‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 238 sur 545 · INSTRUCTION · texte numérisé non relu

INSTRUCTION

Donnée au docteur Martin Bucer, par Philippe, landgrave de Hcsse, sur les choses qu'il doit demander instamment aux docteurs Martin Luther, et Philippe Mclanchton , et ensuite, si ceux-ci le jugent à propos, à l'Electeur de Saxe.

I. Il commencera par leur souhaiter de ma part toutes sortes de biens et de prospérités, et leur témoignera combien je serai ravi d'apprendre qu'ils sont en bonne santé de corps et d'esprit. Ensuite, il leur dira que depuis la dernière maladie que Dieu m'a envoyée, j'ai beaucoup réfléchi sur mon état, et principalement sur ce que peu de temps après mon mariage , je me suis plongé dans l'adultère et la fornication; et que mes pasteurs m'ayant souvent exhorté à m'approcher de la sainte table, je n'ai pas cru devoir le faire depuis quelques années, à cause de ma vie déréglée.

Comment en effet pourrai-je en conscience m'asseoir à la table du Seigneur, pendant que je ne veux point quitter ce genre de vie? Je sais qu'en le faisant, bien loin de remplir le devoir de chrétien, j'encourrais la juste vengeance du Seigneur. D'ailleurs, j'ai lu dans plusieurs endroits de saint Paul, qu'aucun fornicateur et adultère ne possédera le royaume de Dieu. Etant donc pleinement convaincu que, tandis que je n'aurai point d'autre femme que la mienne, je ne pourrai, de ma vie, m' abstenir de la fornication , de la luxure et de l'adultère, et me corriger de ces vices, il s'ensuit évidemment que je n'ai rien autre chose à attendre que le bannissement du royaume de Dieu, et la damnation éternelle. Voici pourquoi je ne puis, avec la femme que j'ai , m'abstenir de la fornication, de l'adultère et d'autres désordres semblables.

II. Premièrement, quand je l'épousai , je n'avais aucun goût, aucune inclination pour elle; les officiers de la Cour, les dames qui sont à son service, et plusieurs autres, connaissent son humeur difficile , son caractère peu aimable; savent qu'elle sent mauvais , et que quelquefois elle boit avec excès. J'ai peine à m'expliquer sur ces choses, quej'ai pourtant découvertes à Bucer.

IIISTOIIIK DES VAUIATIONS.

m. Socoiulemciit, les médecins savent que je suis d'une complexion vigoureuse. Or, (5taiU souvent obligé de me trouver aux assemblées de l'empire, où l'on fait bonne chère, il est aisé de voir que je ne puis m'y passer d'uue femme, et que d'en amener une d'une si grande qualité, ce serait un trop grand embarras. '

IV. Si l'on me demande pourquoi donc j'ai épousé ma femme'? J'avoue qu'alors je fis une grande imprudence, de suivre les avis de quelques-uns de mes conseillers, qui maintenant sont morts en grande partie. Je n'ai pas gardé plus de trois semaines la foi du mariage; et depuis j'ai toujours vécu comme je vis.

V. Mes prédicateurs ne cessent point de me remontrer qu'il est de mon devoir de punir les crimes , tels que la fornication et d'autres. Je voudrais bien le faire ; mais comment oserais-je punir des crimes où je suis plongé moimême'? On ne manquerait pas de me dire : Seifjncur, punissez-vous vous-même. D'ailleurs, si j'étais obligé d'aller à la guerre, pour la cause de l'Evangile, je ne pourrais m'e.tposer qu'en tremblant, et en craignant d'aller au diable , si j'étais tué d'un coup d'épée ou de mousquet. Les prières que j'ai faites à Dieu pour en obtenir ma conversion, ne m'ont pas procuré le moindre changement.

VI. Dans ces circonstances, je me suis mis à lire exactement et avec toute l'attention dont Dieu m'a rendu capable, les écritures de l'Ancien et du Nouveau Testament, où je n'ai point trouvé d'autre conseil , ou moyen convenable à ma situation, que celui dont je vais parler. Je vois qu'avec la femme que j'ai, ni je ne puis, ni .lE NE VEUX changer de vie (j'en PRENDS Dieu a té.moim); mais je propose d'user des moyens que Dieu a permis, et non défendus. Les pieux patriarches, Abraham, Jacob, David, Lamech,Salomon, qui, selon saint Paul, Corinlh., x, croyaient, comme nous, en Jésus-Christ, avaient plusieurs femmes ; ce qui n'a pas empêché Dieu de donner de grandes louanges à ces saints dans l'Ancien Testament, ainsi que Jésus-Christ dans le Nouveau. D'ailleurs , la loi de Moïse permet ces doubles mariages, et prescrit ce (lue doit faire un homme qui a Jeux femmes.

Vil. Si l'on m'objecte que celte permission avait été donnée il Abraham et aux anciens, en vue du Christ promis , je réponds que la loi de Moïse donne clairement une permission générale, et que ne spécifiant pas ceux qui peuvent avoir deux femmes , elle n'exclul personne du droit île les avoir. On savait que le Christ

m. Secundo, quia vaUdà coraplexione, ut medici sciunt, sum, et saepe contingit ut in fœdorura et linperii comitiis diu verser, ubi lautè vivitur et corpus curatur: quomodo me ibi gererc qucam absque uxore , cùm non scmpor magnum gynaeceum mecum ducere possim , facile est conjicerc et considerare.

IV. Si porro diceretur quare meam uxorem duxerim; verè imprudens homo tunctemporis fui , et ab aliquibus raeorum consiliarioruin, quorum potior pars defuncta est, ad id persuasus sum. Matrimonium meum ultra très septiraanas non servavi , et sic constanter perrexi.

V. Ulteriùs me concionatores constanter urgent, ut scelera puniam , fornicationem et alia; quod etiam libenter facerem : quomodo autem scelera, quibus ipsemet immersus sum, puniam; ubi omnes dicerent :

Maifisler, priùs teipsum puni?

Jam si deberem in rébus evangelicae confœderationis bellare, tune id semper malâ conscientià facerem et cogitarem : Si tu in hàc vitià gladio , vel sclopeto , vel alio modo occubueris, ad diemonem perges. Sœpe Deum iuterea invocavi et rogavi , sed semper idem remansi.

VI. Nunc verô diligenter consideravi Scripturas antiqui et Novi Tcstamenti , et quantum mihi gratiœ Deus dédit, studiosè perlegi , et ibi nuUum aliud consilium nec médium invenire potui ; cùm videam quod ab hoc agendi modo pênes modernam uxorem meam NEC possiM, NEC vELi.M abstiuere (quod coram Deo testor) quàm talia média adhibendo, qua; à Deo perraissa nec prohibita sunt. Quod pii patres, ut Abraham, Jacob, David, Lamech, Salomon , et alii, plures quàm unam uxorem habuerint, et in eumdem Christum crediJerint, in quem nos crcdimus, quemadmodum sanctus Paulus , ad Cor. x, ait. Et prseterea Deus in Veteri Testamento taies sanctos valde laudavit :

Christus quoque eosdem in Novo Testamento valde laudat ; insuper lex Moysis permittit, si quis duas uxores habcat, quomodo se in hoc gerere debeat.

"VU. Et si objiccretur, Abrahamo et anliquis coacessum fuisse proptcr Christum promissum ; invenitur tamen clarè quod lex Moysis permittat, et in eo nemiiiem spccificet ac dicat , utrùm duaî uxores habendœ ; et sic neminem excludit. Etsi Christus solùm promissus sit stemmati Judœ, et niliilominus Samtielis pater.

rox Achab et alii , plures uxores habuerunt, qui tainen non sunt de stemmate Judœ. Idcirco hoc , quod istis id solum perraissum fuerit propter Messiam , stare non potest.

VIII. Cùm igitur nec Deus in antiquo , nec Christus in Novo Testamento , nec prophétie , nec apostoli prohi- Ijeant , ne vir duas uxores habere possit; nuUus quoque propheta, vel apostolus, propterea reges, principes, vel alias personas punierit aut vituperarit , quod duas uxores in matrimoniosimul habuerint, neque pro crimine aut peccato, vel quod Dei regnum non consequentur, judicarit; cùm tamen Paulus multos indicet qui regnum Dei non consequentur, et de his qui duas uxores habent nuUam omnino mentionem facial, apostoli quoque, cùm gentibus indicarent quomodo se gerere , et à quibus abstinere deberent, ubi illos primo ad fidem receperant , uti in Actis Aposlolorum est, de hoc eliam nihil prohibuerunt , quod non duas uxores in matrimonio habere possent; cùm tamen mulli Gentiles fuerint qui plures quàm unam uxores habuerunt, Judîeis quoque non prohibitum fuit, quia lex illud permiltebat , et est omnino apud aliquos in usu. Quando igitur Paulus clarè nobis dicit oportere episcopum esse unius uxoris virum , similiter et ministrum ; absque necessitate fecisset, si quivis tantùm unam uxorem deberet habere, quod id ila prœcepisset, et plures uxores habere prohibuisset.

IX. Et post hœc, ad hune diem usque in orientalibus regionibusaliqui Christiani sunt, qui duas uxores in matrimonio liabent. Item Valentinianus Imperator, quem lamcn historici, Ambrosius et alii docli laudant, ipsemet duas uxores liabuit, legem quoque edi curavit, quod alii duas uxores habere possent.

X. Item, licet quod sequilur non mullùm curem , Papa ipsemet comiti cuidam qui sanctum Sepulchrum invisit, et intellexerat uxorem suam mortuam esse, et ideo aliam vel adhuc unam acceperat, concessit ut is utramque retinere posset. Item scio Lutherum et Philippum régi Angliœsuasisse ut priraam uxorem non dimitteret , sed aliam prœler ipsam duceret, qucmadmodura jirrpler proptcr consilium sonat.

Quando vero in contrariura opponcrelur, quod ille nullum raasculum hœredem ex prima habuerit, judicamus nos plus hic concedi oportere causai

1. Jo tâcho (îo donner un sons à des paroles qui peut-<'-tre nV-n ont point, et qu'on peut soupronuer avoir étn jetées par le Landf^ravo dans son instruction, coiiiine quelque mot du guet, qui n'est cotupris que par eaux qui sont du secret. Ces mots : Quemadïnoduni prœtrr, proptrr concilitun .tonat , ou no signifient

devait naître de la tribu de Juda ; ce qui n'empêcha pas le père de Samuel , le roi Achab et plusieurs autres , qui n'étaient pas de cette tribu, d'avoir plusieurs femmes. II est dimc faux que cette permission ait été donnée uniquement en vue du Messie promis.

ViU. i\i Dieu, dans l'Ancien Testament , ni Jésus - Christ dans le Nouveau , ni les prophètes, ni les apôtres, ne défendent point à un homme d'avoir deux femmes ; et jamais aucun prophète, ou aucun apôtre, n'a puni ou hhimé des rois, des princes , ou même qui que ce soit , pour avoir eu deux femmes à la fois , et ne les a jugés coupables de crimes qui excluent du royaume de Dieu.

Saint Paul, qui fait un si grand détail des prévaricateurs qui n'obliendront point le royaume de Dieu, ne dit rien de ceux qui ont deux femmes ; et les apôtres, quoique très -attentifs, comme on le voit dans les Actes, à instruire les Gentils convertis à la foi , dans la conduite qu'ils devaient tenir, et des choses dont ils devaient s'abstenir, ne leur défendent pas d'avoir deux femmes à la fois, quoique plusieurs d'entre les Gentils en eussent plus d'une. Ils ne le défendent pas non plus aux Juifs, parce que la loi le leur permettait, et que quelques-uns étaient dans cet usage. Saint Paul dit clairement , qu'un évoque et un ministre ne doit avoir qu'une femme. Or il n'était pas nécessaire de leur donner un tel précepte , s'il était vrai qu'il filt défendu indistinctement à tout le monde d'avoir plusieurs femmes.

IX. J'ajoute que même aujourd'hui , quelques chrétiens d'Orient ont deux femmes à la fois. Bien plus, l'empereur Valentinien, dont les historiens, saint Ambroise et d'autres savants hommes font l'éloge , avait deux femmes, et fit une loi pour permettre aux autres d'en avoir aussi deux.

X. Le Pape lui-même , de l'autorité duquel je fais fort peu de cas, permit à un certain comte, qui fit un pèlerinage au saint Sépulcre, et qui s'était remarié, parce qu'il croyait sa femme morte, de les garder toutes deux à la fois.

.le sais que Luther et Mélanchton avaient conseillé au roi d'Angleterre de ne point rompre son premier mariage , mais d'épouser une seconde femme, comme on le voit dans leur consultation motivée'. Si l'on me dit qu'ils ont donné ce conseil, parce que ce prince n'avait point d'héritier mâle de sa première femme, il me

LIVUE VI.

l'IEGES JUlSTlFlGATIVES.

semble qu'on doit avuir encore plus d'égard à la cause alléguée par saint Paul , de prendre une femme, pour ne point tomber dans la fornication.

Car il est plus essentiel de mettre la conscience en paix , de pourvoir au salut de l'âme et de prescrire une conduite chrétienne , en faisant même abstraction du déshonneur qui en résulte, et de l'intempérance apparente , que de procurer un moyen de se donner des héritiers, puisqu'on doit avoir plus de soin de l'àme que des choses temporelles.

XI. Toutes ces raisons me déterminent à user, pour éviter désormais la fornication et toute impureté, du remède et du moyen dont je ne doute en aucune sorte que Dieu ne permette de se servir. Je ne veu.x pas demeurer plus longtemps dans les lacets du démon, et je ne puis , ni ne veux m'en tirer que par cette voie. C'est pourquoi je demande à Luther, à Mélanchton et à Bucer même, de décider si je puis m'en servii licitement.

XII. S'ils e.xigent que leur décision ne tourne à scandale en ce temps, et ne nuise aux affaires de l'Evangile , dans le cas où elle serait imprimée , je souhaite au moins, qu'ils me donnent une déclaration par écrit, que si je me mariais secrètement. Dieu n'y serait point offensé; qu'eu.x-mêmes regarderaient ce mariage comme valide et me permettraient de chercher les moyens de le rendre public avec le temps , en sorte que la femme que j'épouserai ne passe point pour une femme malhonnête, mais pour une personne honnête. Je les prie de faire attention, que si la femme que je dois épouser était sensée agir en cela d'une manière peu chrétienne et déréglée, ce serait la perdre d'honneur. D'ailleurs, comme mon commerce avec cette femme ne peut pas toujours demeurer secret, il arriverait, si je persistais à cacher mon mariage, que dans la suite du temps, l'Eglise, qui ne saurait point pourquoi j'habiterais avec elle, en serait scandalisée.

XIII. Qu'ils ne craignent pas non plus que mon second mariage me porte à maltraiter ma première femme , à me retirer de sa compagnie, et à lui témoigner moins d'amitié que par le passé ; puisqu'au contraire, je veux dans cette occasion porter ma croix , faire à ma première femme tout le bien que je puis, et continuer d'habiter avec elle. Je veux aussi laisser mes Etats aux

quam Paulus dat , unumquemque habere propter fornicationem. Nam utique plus suum est in bonà conscientià , sainte animae , christianà vità , abstractione ab ignominià et inordinatà luxurià, quàra in eo ut quis haeredes vel nuUos habeat. Nam omnino plus anima quàm res temporales curandse sunt.

XI. Itaque hsec omnia me permoverunt , ut mihi proposuerim, quia id cum Deo lieri potest, sicut non dubito,abstinere à fornicatione, et omni impudicitià ; et via , quam Deus perraittit, uti. Nam diutiùs in vinculis diaboli constrictus perseverare non intendo, et aliàs absque hàc via me praeservare nec possum , ?.'ec voLO. Quare hœc est mea ad Lutherum , Philippum et ipsum Bucerum petitio , ut mihi testimonium dare velint, si lioc facerem, illud illicitum non esse.

XII. Casu quo autem id ipsi hoc tempore, propter scandalum, et quôd evangelicœ rei fortassis praejudicare aut nocereposset, publiée typis mandare non. vellent; petitionem tamen meam esse , ut mihi scripto testimonium dent : si id occulto facerem, me per id non contra Deum egisse, et quôd ipsi etiam id pro matrimonio habere, et cum tempore viam inquirere velint, quomodo res haec publicanda in mundum, et quà ratione persona quam ducturus sum,non pro inhonestà, sed etiam pro houestà habenda sit. Considerare enim possent, quôd aliàs personee quam ducturus sum graviter accideret, si illa pro tali habenda esset, quœ non christianè vel inhonestè ageret. Postquam etiam nihil occullum remanet, si constanter ita permanerem , et coramunis Ecclesia nesciret quomodo huic personaî cohabitarem , utique haic quoque tractu temporis scandalum causaret.

XIII. Item non metuant quôd propterea, et si aliam uxorem acciperem, meam modernam uxorem malè tractare, nec cum eà dormire , vel minorem amicitiam ei exhibere velim, quàm antea feci; sed me velle in hoc casu crucem portare, et eidem omne bonum prasstare , neque ab eàdem abstinere. Volo etiam filios quos ex prima uxore suscepi, principes regionis relinquere,

rien, ou doivent , ce semble , siguifier que Luther et Mélanchton iivaient conseillé au roi d',\ngleterre de prendre une femme outre s:i première : l'rœler, et cela pour des causes légitimes , propter ; ce qui paraît désigner une consultation raisonnée et motivée , comme je le dis dans ma version. (Note de Le Roi.)

et reliquis aliis honestis rébus prospicere : esseproinde adhuc semel petitionem meam, ut per Deum in hoc mihi consulant , et me juvent in ils rébus qusî non sunt contra Deum, ut hilari animo vivere et mori, atque evangelicas causas omnes eo liberiùs et magis christianè suscipere possim. Nam quidquid me jusserint quod christianum et rectum sit, sive MON.\sTEmoRU.M BOSA , scu alla concernât, ibi me promptum reperient.

XIV. Vellem quoque et desidero non plures quàm tantùm unam uxorem ad istam modernam uxorem meam. Item ad mundum vel mundanum fructum hàc in re non nimis attendendum est; sed magis Deus respiciendus, et quod hic praecipit , prohibet, et liberura relinquit. Nam Imperator et mundus me et quemcumque permittent, ut publiée meretrices retineamus ; sed plures quàm unam uxorem non facile concesserint. Quod Deus perraittit, hoc ipsi prohibent ; quod Deus prohibet, hoc dissimulant : et videtur mihi sicut matrimonium sacerdotum. Nam sacerdûtibus nullas uxores concedunt, et meretrices retinere ipsis permittunt. Item ecclesiastici nobisadeo infensi sunt, ut propter hune articulum quo plures christianis uxores permitteremus, nec plus nec minus nobis facturi sint.

XV. Item Philippe et Luthero postmodum inJicabit, si apud illos, prseter omnem tamen opinionem meam , de illis nuUam opem inveniam ; tum me varias cogitationes habere in animo : quôd velim apud Cœsarem pro hàc re instare per mediatores , etsi multis mihi pecuniis conslaret, quod Caîsar absque Pontificis dispensatione non faceret; quamvis etiam Pontificum dispensationem omnino nihili faciam :

verùm Ca3saris permissio mihi omnino non esset contemnenda; Cœsaris permissionem omnino non curarem , nisi scirem quôd propositi mei rationem coram Deo haberem . et certius esset Deum id permisisse quàm prohibuisse.

XVI. Verùm nihilominus ex humano metu, si apud banc partem nuUum solatium invenire possem , Caesareum consensum obtinere uti insinuatum est, non esset contemnendum. Nam apud me judicabara si aliquibus Cassareis consiliariis egregias pecuniie summas donarem, me omnia ab ipsis impelratiirum : sed prœterea timebam, quamvis propter nullam rem in terra ab Evangelio

enfants que j'ai eus d'elle, et donner à ceux qui me viendront de la seconde , des apanages convenables. Qu'ils me donnent donc, au nom de Dieu, le conseil que je leur demande, et qu'ils viennent à mon secours sur un point qui n'est pas contre la loi de Dieu, afin que je puisse vivre et mourir plus gaiment pour la cause de l'Evangile, et en entreprendre plus volontiers la défense. De mon côté, je ferai tout ce qu'ils m'ordonneront, selon la religion et la raison; soit qu'ils me demandent les

BIENS DES MON.\STÈBES, SOit qU'llS

désirent d'autres choses.

XIV. Mon dessein n'est pas de multiplier mes femmes, mais seulement d'en avoir une outre celle que j'ai déjà. Je me propose , dans cette affaire , de n'avoir aucun égard au monde ni à son faste , mais d'avoir Dieu en vue, et de bien examiner ce qu'il ordonne, ce qu'il défend et ce qu'il laisse à notre liberté.

L'empereur et le monde me permettraient aisément , ainsi qu'à tout autre, d'entretenir publiquement des femmes prostituées ; mais ils auraient peine à permettre d'avoir à la fois plus d'une femme. Ils défendent ce que Dieu permet, et tolèrent ce que Dieu défend :

comme on le voit à l'égard des prêtres , auxquels ils ne permettent pas d'avoir une femme, quoiqu'ils leur permettent de vivre avec des prostituées. Au reste , les ecclésiastiques nous haïssent déjà tellement, qu'ils ne nous haïront ni plus ni moins pour cet article , qui permettrait aux chrétiens la polygamie.

XV. Bucer fera observer à Luther et à .Mélanchton , que si, contre ce que j'espère, ils ne me procurent aucun secours , je roule dans mon esprit plusieurs desseins, entre autres de faire solliciter l'empereur de m'accorder cette permission , quelque argent qu'il dut m'en coûter pour gagner des solliciteurs. L'empereur ne voudra pas me l'accorder sans la dispense du Pape, dont je ne me soucie guère. Mais pour celle de l'empereur, je ne la dois pas mépriser : quoiqu'au reste j'en ferais peu de cas , si je ne croyais d'ailleurs que Dieu a plutôt permis que défendu ce que je souhaite.

XVI. Si la tentative que je fais de ce côté-là, (c'est-à-dire, du côté de Luther,) ne me réussit pas, une crainte humaine me porte à demander le consentement de l'empereur, qui, comme je l'ai déjà dit, n'est pas à mépriser; je me flatte d'en obtenir tout ce que je voudrai, en donnant une grosse somme d'argent à quelques-uns de ses ministres.

Mais quoique pour rien du

HISTOIRE DES VAUIATIONS.

monde je ne voulusse me retirer de l'Eglise, en me laissant enlrainer dans quelque démarche qui fût contraire à ses intérêts, je crains pourtant que les ministres impériaux ne saisissent cette circonstance pour m'engager à quelque chose qui ne serait pas utile à cette cause et à ce parti. Je demande donc qu'ils me donnent le secours que J'attends , de peur que je ne sois contraint de l'aller chercher en quelque autre lieu moins agréable, puisque j'aime mille fois mieux devoir mon repos à leur permission , qu'à celle de l'empereur, ou de tout autre homme. Cependant je n'aurais pas confiance dans leur permission même , si ce que je demande n'avait pas un fondement solide dans la sainte Ecriture, comme je l'ai fait voir plus haut.

XVll. Enfin je ^souhaite encore une fois d'avoir par écrit, le sentiment de Luther, de Mélanchton et de Bucer, afin que désormais je puisse réformer ma conduite , m'approcher en bonne conscience du sacrement, et traiter avec plus de liberté et de confiance les affaires de notre religion.

Donné à Melsingue, le dimanche après la sainte Catherme, 1539.

Signé Philippe, landgrave de Hesse.

deficero, vel cum divinà ope me permittere velim induci ad aliquid quod evangelicœ causa; contrarium esse posset ; ne Cœsareani tamcn me in aliis saecularibus negoliis ita uterentur et obligareut, ut isti causse et parti non foret utile : esse idcirco adhuc petitionem meam, ut me aliàs juvent , ne cogar rem in ils locis quaerere , ubi id non libenter facio , et quod milhes libentiùs ipsorum permissioni, quàm cum Deo et bonà conscientià facere possunt, considère velim , quàm Caesareae vel ALLis HL'MANis permissionibus :

quibus tamen non uUeriùs confiderem , nisi antecedenter in divinà Scripturà fundatîe essent, uti superiùs est declaratum.

XYII. Denique iteratô est mea petitio ut Lutherus , Philippus et Bucerus mihi hàc in re scripto opinionem suam velint aperire, ut postea vitam meam emendare , bonà conscientià ad sacramentum accedere, et omnia negotia nostrae religionis eo liberiùs et confidentiùs agere possim.

Datum .Melsingae, Dominicà post Catharinœ, anno 1539.

Phiuppus , landgraflius Hassiae.

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