LIVRE V
PIEGES JUSTIFICATIVEî
conforme à la créatiou des hommes, et au premier établissement de leur société , que chacun d'eux se contente d'une seule femme , il s'ensuit que la loi qui l'ordonne est louable; qu'elle doit être reçue dans l'Eglise; et que l'on n'y doit point introduire une loi contraire; parce que Jésus- Christ a répété dans le chapitre XIX de saint Matthieu le passage de la Genèse : Ils seront deux en une seule chair ; et y rappelle dans la mémoire des hommes , quel avait dû être le mariage avant qu'il eut dégénéré de sa pureté.
IX. Ce qui n'empêche pourtant pas qu'il n'y ail Meu de dispense en de certaines occasions. Par exemple , si un homme marié, détenu captif en pays éloigné , y prenait une seconde femme pour recouvrer sa santé, ou que la sienne devînt lépreuse , nous ne voyons pas qu'en ces cas on pût condanmer le fidèle qui épouserait une autre femme par le conseil de son pasteur ; pourvu que ce ne fût pas à dessein d'introduire une loi nouvelle, mais seulement pour satisfaire à son besoin.
X. Puisque ce sont deux choses toutes différentes d'introduire une loi nouvelle et d'user de dispense à l'égard de la même loi, nous supphons Votre .\Uesse de faire réflexion sur ce qui suit.
Premièrement, il faut prendre garde avant toutes choses qne la pluralité des femmes ne s introduise point dans le monde en forme de loi que tout le monde puisse suivre quand il voudra. Il faut en second lieu, que Votre Altesse ait égard à l'eflroyable scandale . qui ne manquera pas d'arriver, si elle donne occasion aux ennemis de l'Evangile de s'écrier que que nous ressemblons aux anabaptistes qui font un jeu du mariage, et aux Turcs qui prennent autant de femmes qu'ils en peuvent nourrir.
XI. En troisième lieu, que les actions des princes sont plus en vue que celles des particuliers.
XII. En quatrième lieu, que les inférieurs ne sont pas plus tôt informés que les supérieurs font quelque chose, qu'ils s'imaginent avoir la liberté d'en faire autant; et que c'est par là que la licence devient générale.
XIII. En cinquième lieu, que les Etals de Votre .-Vitesse sont rempUs d'une noblesse farouche , fort opposée pour la plus grande partie à l'Evangile , à cause de l'espérance qu'on y a, comme dans les autres pays , de parvenir aux bénéfices des égUses cathédrales dont le revenu est très-grand. Nous savons les impertinents discours que les plus illustres de votre noblesse ont tenus; et il est aisé de juger quelle serait la
sentaneum sit unicà uxore contentum vivere, hujusmodi lex est laudabihs , et ah Ecclesià acceptanda , nec lex huic contraria statuenda; nam Christus repetit banc senteutiam : Erunt duo in carne unâ, Matth. xix , et in memoriam revocat quale matrimonium an te humanam fragilitatem esse debuisset.
IX. Certis tameu casibus locus est dispensationi. Si quis apud esteras nationes captivus, ad curam corporis et sanitatem , inibi alteram uxorem superinduceret; vel si quis haberet leprosam : his casibus alteram ducere cum consiho sui pastoris, non intenlione novam legem inducendi, sed suae nécessitât! consulendi , hune nescimus quà ratione damnare liceret.
X. Cùm igitur ahud sit inducere legem, ahud uti dispensatione. obsecramus Vestram Celsitudinem sequentia velit considerare.
Primo ante onmiacavendum, ne hœc res inducatur in orbem ad modum legis, quam sequendi hbera omnium sit potestas.
Deinde considerare dignetur Vestra Celsitudo scandalum nimium, quôd Evangelii hostes exclamaturi sint, nos similes esse Anabaptislis, qui simul plures duxerunt uxores. Item Evangehcos eam sectari libertatem plures simul ducendi , quœ in Turcià in usu est.
XI. Item, principum facta latiiis spargi quàm privatorum consideret.
XII. Item consideret privatas personas, hujusmodi principum facta audientes, facile eadem sibi permissa persuadere, prout appeiret talia facile irrepere.
XIII. Item considerandum Celsitudinem Vestram abundare nobilitate efferri spiritùs, in quà multi , uli in aliis quoque terris, sint, qui propter amples proventus, quibus ratione cathedralium beneficiorum perfruuntur, valde Evangelio adversantur. Non ignoramus ipsi magnorum nobilium valde iusulsa dicta ; et qualem se nobiUtas et subdita ditio erga Celsitudinem Vestram sit praebitura, si publica introductio
flat, haud difficile est arbitrari.