‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 243 sur 545 · XV. Ce n'est pas aussi avec moins d'ardeur que nous con · texte numérisé non relu

XV. Ce n'est pas aussi avec moins d'ardeur que nous con

omni modo rogamus et horta- jurons Votre Altesse d'éviter mur, ut fornicationem et adul- en toute manière la fornication terium fugiat. Habuimus quo- et l'adultère; et pour avouer que, ut quod res est loquamur, sincèrement la vérité, nous longo tempore non parvum avons eu longtemps un regret mœrorem, quôd intellexerimus sensible de voir Votre Altesse Vestram Celsitudinem ejusmo- abandonnée à de telles impudi impuritate oneratam, quam retés, qui pouvaient être suidivina ultio, morbi, aliaque vies des effets de la vengeance pericula sequi possent. divines , de maladies , et de

beaucoup d'autres inconvénients.

XVI. Etiam rogamus Celsi- X\^. Nous prions encore tudinem Vestram ne laha ex- Votre Altesse de ne pas croire tra matrimonium, levia peccala que l'usage des femmes hors velit festimare, sicut mundus le mariage soit un péché léger hcEC ventis tradere et parvi- et méprisable, comme le monde pendere solet. Veriim Deus se le figure; puisque Dieu a impudicitiam sœpè severissimè souvent châtié l'impudicité par punivit : nam pœna diluvii les peines les plus sévères : tribuitur regentum adulteriis. que celle du déluge est at- Item adullerium Davidis est tribuée aux adultères des severum vindictcB divinse exem- grands: que l'adultère de Daplum : et Paulus sœpiùs ait : vid a donné heu à un exemple Deus non irridetur. Adulteri terrible de la vengeance dinon introibunt in regnum Dei; vine : que saint Paul répète nam lidei obedientia cornes souvent, que l'on ne se moque esse débet, ut non contra point impunément de Dieu, et conscientiam agamus. /. Ti- qu'il n'y aura point d'entrée motli. 3. Si cor nostrum non pour les adultères au royaume reprehenderil, nos, possumus de Dieu. Car il est dit au selœti Deum invocare; et Rom. cond chapitre de l'Epîlre pre- 8. Si carnaha desideria sph-itu mière à Timothée, que l'obéismortihcaverimus, vivemus; si sance doit être compagne de autem secundùm carnem am- la foi, si l'on veut éviter d'agir

contre la conscience, au troisième chapitre de la première de saint Jean , que si notre cœur ne nous reproche rien, nous pouvons avec joie invoquer le nom de Dieu : et au chapitre vm de l'Epitre aux Romains , que nous vivrons , si nous mortifions par l'esprit les désirs de la chair : mais que nous mourrons au contraire , en marchant selon la chair, c'est-àdire en agissant contre notre propre conscience.

XVII. HcBc referimus , ut XVll. Nous avons rapporté consideret Deum ob taha vitia ces passages , afin que Votre non ridere, prout aliqui au- Altesse considère mieux que daces faciunt , et ethnicas co- Dieu ne traite point en riant gitationes animo fovent. Liben- le vice de l'impureté , comme ter quoque intelleximus Ve- le supposent ceux qui, par une

bulemus , hoc est , si contra conscientiam agamus, moriemur.

stram Celsitudinem ob ejusmodi vitia angi et conqueri.

Incumbunt Celsitudini Vestrae negotia tolum mundum concernentia. .Vccedit Celsitudinis

extrême audace, ont des sentiments païens sur ces matières. C'est avec plaisir que nous avons appris le trouble et les remords de conscience

Vestrae complexio subtilis, et où Votre .\ltesse est mainteminime robusta, ac pauci som- nant pour cette sorte de déni; undè meritô corpori par- fauts, et que nous avons encendum esset, quemadmodum tendu le repentir qu'EUe en multi aUi facere coguntur. témoigne. Votre -Mtesse a pré-

sentement à négocier des affaires de la plus grande importance qui soient dans le monde : Elle est d'une complexion fort déUcate et fort vive : Elle dort

IIISTOIKK DL:S VAltlATIi»NS.

peu; et ces raisons, qui ont obligt- tant d'autres personnes prudentes à ménager leurs corps, sont plus que suffisantes

pour disposer Votre Altesse à les imiter.

XVIU. On lit de l'incompa- XVIII. Legitur de laudatisrable Scanderberg, nui délit simo principe Scanderbergo , en tant de rimcontres les deux qui multa pra^clara facinora plus puissants empereurs des natravit contra duos ïurcarum Turcs .\murat II et .Mahomet 11, Imperatores , Amuratlicm et et qui tant qu'il vécut, préserva .Mahuraetem, et Grœciam, dum la Grèce de leur tyrannie , viveret , féliciter tuitus est ac qu'il e.xhortait souvent ses conservavit. Hic suos milites soldats à la chasteté , et leur sacniùs ad castimoniara hortari disait qu'il n'y avait rien de auditus est, et dicere, nullam si nuisible k leur profession rem fortibus viris œquè animos que le plaisir de l'amour. Que demere ac venerem. Item quod si Votre .\ltesse , après avoir si Vestra Celsitudo insuper alépousé une seconde femme, teram uxorem haberet, et nolne youlait pas quitter sa vie let pravis aiïectibus et consuelicencieuse, le remède dont tudinibusrepugnare,adhucnon Elle propose de se servir lui esset VestriE Celsitudini conserait inutile. Il faut que cha- sultum ac prospectum. Oportet cun soit le maître de son unumquemque in externis istis corps dans les actions e.xté- suorum membrorum esse dorieures, et qu'il fasse, suivant miuum, uti Paulus scribit : l'expression de saint Paul, Curate ut membra vestra sint que ses membres soient des arma justitiœ. Quare Vestra armes de justice. Qu'il plaise Celsitudo in consideralione donc à Votre .\Uesse, d'exami- aliarum causarum, nempe scanner sérieusement les considé- dali . curarum, laborum , ac rations du scandale, des tra- sollicitudinum , et corporis invaux, du soin, du chagrin, et firmitatis, velit banc remaequâ des maladies qui lui ont été lance perpendere, et simul in représentées. Qu'elle se sou- memoriamrevocare,quodDeus vienne que Dieu lui a donné ei ex modernà conjuge pulde la princesse sa femme un chramsobolemutriusquescxùs grand nombre d'enfants des dederit, ita ut contentus hàc deux sexes , si beaux et si esse possit. Quot alii in suo bien nés, qu'elle a tout sujet matrimonio debent patientiam d'en être satisfaite. Combien exercere ad vitandum scanday en a-t-il d'autres qui doi- lum? Nobis non sedet animo vent exercer la patience dans Celsitudinem Vestram ad tam le mariage, par le seul motif difficilem novitatem impellere, d'éviter le scandale? Nous n'a- aut inducere; nam ditio Vevons garde d'exciter Votre Al- stra; Celsitudinis, aliique nos tesse à introduire dans sa impeterent, quod nobis eo mimaison une nouveauté si diffi- nùs ferendum esset, quod ex cile. Nous attirerions sur nous, prîecepto divino nobis incumen le faisant, les reproches et bat matrimonium , omniaque la persécution, non-seulement humana ad divinam institutiodes peuples de la Hesse, mais nem dirigere , atque in eà encore de tous les autres; ce quoad possibile, conservare , qui nous serait d'autant moins omneque scandalum removere. supportable que Dieu nous

commande, dans le ministère que nous exerçons, de régler, autant qu'il nous sera possible, le mariage, et les autres états de la vie humaine selon l'institution divine ; de les conserver en cet état lorsque nous les y trouvons, et d'éviter toute sorte de scandale.

XIX. C'est maintenant la Xl.\. Is jam est mos saîculi, coutume du siècle , de rejeter ut culpa omnis in prœdicatores sur les prédicateurs de l'E- eonferatur, si quid difllcultatis vangile, toute la faute des ac- incidat, et humanum cor in tions où ils ont eu tant soit summae et inférions conditiopeu de part, lorsque l'on y nis hominibus instabile; unde trouve à redire. Le cœur de diversa pertimescenda. l'homme est également inconstant dans les conditions les

plus relevées et dans les plus basses; et on atout à craindre de ce rôlé-1,'1.

XX. Quant à ce que Votre XX. Si autem Vestra Celsi- Altesse dit qu'il ne lui est pas tudo ab impudicà vità non possible de s'abstenir de la abstineat, quod dicit sibi imvie impudique qu'EUe mène possibile, 0|)tar('mus Celsitutant qu'Elle n'aura qu'une dinem Vestram in meliori statu femme, nous souhaiterions esse coram Deo , et securà qu'Elle filt en meilleur état de- conscientiâ vivere ad propriœ vant Dieu; qu'Elle véciU en animœ salutem, et ditionum sûreté de conscience; nu'Elle ac subditorum emolumentum. travaillât pour le salut de son

âme, et qu'Elle donnât a ses sujets un meileur exemple.

XXI. .Mais enfin si Votre .XXI. Quod si denique Vc- Altesse est entièrement résolue stra Celsitudo omnino conclud'épouser une seconde femme, serit adhuc unam conjugem

ducere, judicamus id secreto nous jugeons qu'Elle doit le

faciendum, ut superiùs de dis- faire secrètement, comme nous

pcnsationo dictum ; nempe, ut avons dit à l'occasion de la

tantùm Vestrie Celsitudini, illi dispense qu'Elle demandait

personic ac paucis personis fi- pour le même sujet; c'est-à-

dolibus constet Celsitudinis dire qu'il n'y ait que la pcr-

Vestraî animus et conscientiâ sonne qu'Elle épousera, et peu

sub sigillo confessionis. Hinc d'autres personnes fidèles qui

non sequuntur alicujus mo- le sachent , en les obligeant

menti contradictiones aut scan- au secret sous le sceau de la

dala. iS'ihil enim est inusitati confession. 11 n'y a point ici

principes concobinas alere; et à craindre de contradiction, ni

quamvis non omnibus è plèbe de scandale considérable ; car

constaret rei ratio, tamen pru- il n'est point extraordinaire

dentiores intelligerent, et ma- aux princes de nourrir des

gis placeret ha;c moderata vi- concubines ; et quand le menu

vendi ratio, quàm adulterium peuple s'en scandalisera, les

et alii belluini et impudici plus éclairés se douteront de

actes; nec curandi aliorum la vérité, et les personnes

sermones, si rectè cum cou- prudentes aimeront toujours

scientià agatur. Sic et in tan- mieux cette vie modérée que

tum hoc approbamus : nam l'adultère et les autres actions

quod circa matrimonium in le- brutales. L'on ne doit pas se

ge Mosis fuit permissum , soucier beaucoup de ce qui

Evangelium non revocat, aut s'en dira, pourvu que la cons-

vetat quod externum regimen cience aille bien. C'est ainsi

non immutat ; sed adfert œter- que nous l'approuvons, et dans

nam vitam , et orditur veram les seules circonstances que

obedientiam erga Deum, et eo- nous venons de marquer : car

natur corruptam naturam re- l'Evangile n'a ni révoqué, ni

parare. défendu ce qui avait été permis dans la loi de Moïse, à l'égard du mariage. Jésus - Christ n'en a point changé la police extérieure; mais il a ajouté seulement la justice et la vie éternelle pour récompense. Il enseigne la vraie manière d'obéir à Dieu, et il tâche de réparer la corruption de la nature.

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