LIVRE VII. — REFORMATIÛN ANGLICANE
les partis. — Le premier fait important que je remarque dans M. Burnet, est celui qu'il avance dès sa Préface, et qu'il l'ait paraître ensuite dans tout son livre : c'est que lorsque Henri Mil commença la Rél'ormation, « il semble qu'il ne songeait en tout » cela qu'à intimider la Cour de Rome, et à con- » traindre le Pape de le satisfaire : car dans son » cœur, il crut toujours les opinions les plus extrai> vagantes de l'Eglise romaine , telles que sont la » transsubstantiation, et les autres corruptions du » sacrilîce de la messe : ainsi il mourut plutôt dans » cette communion, que dans celle des protestants. » Quoi qu'en dise M. Burnet, nous n'accepterons pas la communion de ce prince, qu'il semble nous oll'rir ; et puisqu'il le rejette de la sienne, il résulte d'abord de ce fait, que l'auteur de la Réformation anglicane, et celui qui, à vrai dire, en a posé le véritable fondement dans la haine qu'il a inspirée contre le Pape et contre l'Eglise romaine, est un homme également rejeté et anathémalisé de tous les partis.
IV. Quelh fut la foi de Henri 17//, auteur de la Réforme. — Ce qu'il y a ici de plus remarquable, c'est que ce prince ne s'est pas contenté de croire en son cœur et de professer de bouche tous ces points de croyance , que M. Burnet appelle les plus grandes et les plus extravagantes de nos corruptions : il les a données pour loi à toute l'Eglise anglicane, en sa noutelle qualité de chef souverain de celte Eylise sous Jésus-Christ. Il les a fait approuver par tous les évoques et par tous les parlements, c'est-à-dire, par tous les tribunaux, où consiste encore à présent, dans la Réformation anglicane, le souverain degré de l'autorité ecclésiastique. Il les a fait souscrire et mettre en pratique par toute l'Angleterre, et en particulier par les Cromwel, par les Cranmer, et par tous les autres héros de M. Burnet, qui luthériens ou zwingliens dans leur cœur, et désirant d'établir le nouvel Evangile, assistaient néanmoins à l'ordinaire à la messe , comme au culte public qu'on rendait à Dieu, ou la disaient eux-mêmes, et en un mol, pratiquaient tout le reste de la doctrine et du service reçu dans l'Eglise, malgré leur religion et leur conscience.
V. Quels furent les instruments dont se servit Henri VIII dans la Réforme : Cromicel, son vicegérant dans le spirituel. — Thomas Cromwel fut celui que le roi établit son vicaire général au spirituel en 1535, incontinent après sa condamnation, et qu'en 153(j, il lit son vice-gérant dans sa qualité de chef souverain de l'Eglise ' : par où il le mit à la tète de toutes les afl'aires ecclésiastiques et de tout l'ordre sacré , quoiqu'il fût un simple laïque , et qu'il soit toujours demeuré tel. On n'avait point encore trouvé cette dignité dans l'état des charges d'xVngleterre, ni dans la notice des offices de l'empire ni dans aucun royaume chrétien; et Henri VIII lit voir pour la première fois à l'Angleterre et au monde chrétien, un milord vice-gérant, et un vicaire général du roi au spirituel.
VI. Thomas Cranmer est le héros de M. Burnet. — L'intime ami de Cromwel , et celui qui conduisit le dessein de la Réformation anglicane, fut Thomas Cranmer, archevêque de Cantorbéri. C'est le grand héros de M. Burnet. Il abandonne Henri VIII, dont les scandales et les cruautés sont trop connus. Mais