I. i'Kj-rt., Hist., r. , p
il a bien vu qu'en faire autant de Cranmer, qu'il regarde comme l'auteur de la Réformation, ce serait nous donner d'abord une trop mauvaise idée de tout cet ouvrage. Il s'étend donc sur les louanges de ce prélat; et non content d'en admirer partout la modération, la piété et la prudence, il ne craint point de le faire autant ou plus irrépréhensible que saint Athanase et saint Cyrille, et d'un si rare mérite, que jamais peut-être prélat de l'Eglise n'a eu de plus excellentes qualités, et moins de défauts*.
VIL Les héros de M. Burnet ne sont pas toujours, selon lui-même, de fort honnêtes gens : ce qu'il raconte de Montluc , érêque de Yalcnce. — Il est vrai qu'il ne faut pas compter beaucoup sur les louanges que M. Burnet donne aux héros de la Réforme; témoin celles qu'il a données à Montluc, évèque de Valence. « C'était, dit-il-, un des plus sages mi- » nistres de son siècle, toujours modéré dans les » délibérations qui regardaient la conscience; ce » qui le lit soupçonner d'être hérétique. Toute sa » vie a les caractè'res d'un grand homme; et l'on n'y •) saurait guère blâmer que l'attachement inviolable » qu'il eut durant tant d'années , pour la reine Ca- » therine de Alédicis. » Le crime sans doute était médiocre, puisqu'il devait tout à cette princesse, qui d'ailleurs était sa reine , femme et mère de ses rois, et toujours unie avec eux; de sorte que ce prélat , à qui on ne peut guère reprocher que d'avoir été fidèle à sa bienfaitrice, doit être, selon M. Burnet, un des hommes de son siècle des plus élevés au-dessus de tout reproche. Mais il ne faut pas prendre au pied de la lettre les éloges que ces réformés donnent aux héros de leur secte. Le môme M. Burnet, dans le même livre où il relève Montluc par cette belle louange , en parle ainsi : « Cet évê- 1) que a été célèbre, mais il a eu ses défauts'. » Après ce qu'il en dit, on doit croire que ces défauts seront légers : mais qu'on achève, et on trouvera que ces défauts (ju'il a eus , c'est seulement de s'être efforcé de corrompre la fille d'un seigneur d'Irlande qui l'avait reçu clans sa maison; c'est d'avoir eu avec lui une courtisane anglaise cju'il entretenait ; c'est que cette malheureuse ayant bu sans réllexion le précieux baume dont Soliman avait fait présent à ce prélat, « il en fut outré dans un tel excès, que » ses cris réveillèrent tout le monde dans la maison, » où l'on fut aussi témoin de ses emportements et » de son incontinence. » Voilà les petits défauts d'un prélat dont toute la vie a les caractères d'un grand homme. La Réforme, ou peu délicate en vertu , ou indulgente envers ses héros , leur pardonne facilement de semblables abominations; et si , pour avoir eu seulement une légère teinture de réformation , Montluc , malgré de tels crimes, est un homme presque irréprochable; il ne faut pas s'étonner que Cranmer, un si grand Réformateur, ait pu mériter tant de louanges.
Ainsi, sans dorénavant nous laisser surprendre aux éloges dont M. Burnet relève ses réformés, et surtout Cranmer, faisons l'histoire de ce prélat sur les faits qu'en a rapportés cet historien, qui est son perpétuel admirateur, et voyons en même temps dans quel esprit, la Réformation a été conçue.
\'III. Cranmer luthérien, selon M. Burnet; com-