‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 25 sur 545 · Collai. \m, c. XIII. — 2. Pag.T!l.~H · texte numérisé non relu

Collai. \m, c. XIII. — 2. Pag.T!l.~H

la faute aux préventions des partisans de Nestorius, qui, irrités contre saint Cyrille, de ce qu'il avait condamné leur ami, le voulaient condamner lui-même, el à quelque prix (pie ce fût, trouver dans ses douze articles l'arianisnie , et toutes les hérésies, encore qu'elles y fussent formellement rejelécs.

SIXIÈME REMARQUE

Vn des anathématismes de sainl Cyrille faussement rapporté.

Au reste, il est véritable que si les chapitres de sainl Cyrille étaient tels que M. Dupin les a rapportés, ils auraient besoin non-seulement d'éclaircissement, mais encore de rétractation. En voici un, comme il le rapporte' : « Le neuvième esl contre » celui qui dit que Jésus-Christ a fait des miracles » par la vertu du Saint-Esprit el non pas par la » sienne propre. » Si sainl Cyrille avait nié que Jésus-Christ fit des miracles par la vertu du Saint- Esprit, il aurait démenti Jésus-Christ lui-même, qui déclare, sans difTiculté, qu'il citasse les démons par le Saint-Esprit-. C'eut donc été à ce coup qu'il eût bien fallu se dédire. Mais il n'y a que M. Dupin qui le fasse si mal parler; car ce Père , en reconnaissant que Jésus-Christ faisait des miracles par le Saint-Esprit , a déclaré seulement que cet Esprit, par lequel il les faisait, ne lui était pas étranger, mais lui était propre aussi bien qu'au Père^, ce qui ne peut souffrir de contestation.

Noire auteur répondra, sans doute, qu'il ne l'entend pas autrement; el c'est de quoi on l'accuse, de ne pas savoir démêler les choses, el de ne pas considérer ce qu'il écrit.

SEPTIÈME REMARQUE

Sur l'expression de saint Cyrille : Unam naturam incarnatam.

Je ne veux point disputer avec notre auteur sur le sens de cette expression ; Una nalura incarnata; ie lui dirai seulement qu'il n'a pas du dire « que sainl Cyrille el les Egyptiens s'en servaient » ordinairement, el la préféraient aux autres*. » C'est une petite manière d'attaquer sainl Cyrille, en lui imputant qu'il a préféré à toutes les expressions celle qui , comme il ajoute , « fut depuis con- » sidérée par les eutychiens, comme le fondement » de leur doctrine. » Mais il en impose à ce saint. Il préférait si peu cette expression à toutes les autres, qu'il ne s'en esl jamais servi ni dans le concile, ni dans la lettre d'union après le concile, ni enfin dans aucune lettre synodique, devant ou après. On en trouve quelque chose devant le concile, dans un traité de sainl Cyrille contre Nestorius^; mais on n'y voit pas les termes précis. On trouve, devant le concile, ce terme précis dans la lettre aux Impératrices; mais dans un passage de saint Athanase qui y esl cilô; el il n'est peut-être pas inutile de remarquer que ce passage de saint Athanase , quoique rapporté deux fois loul entier par sainl Cyrille , comme constamment de ce Père, n'est pas de ceux qu'on produit du mémo saint Athanase dans le concile d'Ephèse"; tant sainl Cyrille cherchait peu à autoriser cette expression,

1. p. 699. — 2. Mullh.. XII. 28. — 3. Analh., ix. — 4. P. 779. — 5. Ailv. NfSt., lib. I. cap. m. — 6. Episl. ad Reg., Conc. Eph., I. part., c, iv; Apol. pro duodec. Cap. adv. Orient., Acl. I.

DES CONCILES D'EPIIÈSE ET DE GHALCEDOINE.

qu'on lui veut faire préférer à toutes les autres. Vous diriez qu'il ait senti l'abus qu'on en pouvait faire, et qu'il ail évité de l'autoriser par un acte public. Quoi qu'il en soit, il est bien certain qu'elle ne se trouve que dans des lettres particulières écrites après le concile, et que saint Cyrille s'en servit, non pas, couinie dit M. Dupin', « pour » contenter ceux qui ne pouvaient soufTrir qu'on » admit deux natures en Jésus-Christ; i car c'eut été une manifeste prévarication indigne de ce saint docteur; mais à cause qu'on la crut utile pour exprimer, qu'en distinguant les natures, il ne fallait pas pour cela les diviser après l'union, ni les reconnaître comme agissantes séparément, ni les séparer autrement que par la pensée.

Je ne veux pas non plus entrer dans la question du passage de saint Athanase dont on vient de parler. Je laisse en repos M. Dupin et tous ceux qui, comme lui, croiront mieux connaître ce qui est de saint Alhanase, par les auteurs qui ont écrit cent ans après, que par saint Cyrille qui lui succéda trente ou quarante ans après sa mort, et qui avait en main ses écrits qu'on gardait précieusement dans Alexandrie. Tout cela ne me regarde pas; et sans me jeter dans des critiques contentieuses, je ne m'arrête qu'aux faits constants. C'en est un dans la lettre à Successus, que saint Cyrille s'y servant de celte expression : Una natura incarnata, dit précisément que les Pères ont parlé ainsi-. Il avait des contradicteurs assez éveillés pour être relevé sur ce fait, s'il eût été faux ou douteux; et il est trop tard pour l'en démentir. Quoi qu'il en soit, on voit clairement qu'il ne veut pas se donner pour auteur de celte expression, dont on veut maintenant nous faire accroire qu'il s'est servi le premier^.

M. Dupin continue à faire l'histoire de ce mot; il dit que le concile de Chalcédoine ne s'en est pas voulu servir. Il fallait donc ajouter qu'il le laissa passer trois ou quatre fois sans y trouver à redire , pas même lorsqu'on produisit la lettre dans laquelle Flavien déclarait qu'il ne refusait point de parler ainsi'' ; ce qui n'empêcha pas qu'à l'instant même sa foi ne fût approuvée de tout le concile^.

Ce qu'ajoute M. Dupin'', qu'on n'osa condamner cette expression, insinue qu'on en avait eu quelque envie; mais on n'en voit rien dans les actes, et ce sont de ces découvertes dont cet auteur orne son histoire.

L'Eglise songeait si peu à le condamner, qu'au contraire elle est reçue dans le concile cinquième, comme approuvée par les Pères; et quand notre historien s'est contenté de dire simplement que plusieurs auteurs grecs s'en sont servis depuis saint Cyrille, il est bon de se souvenir que parmi ces plusieurs auteurs grecs, il faut compter tout un concile œcuménique tenu à Constantinople''.

Pour ce qui est des Pères latins, M. Dupin nous assure qu'on y trouve rarement celte expression, et qu'il y a peu de théologiens qui l'aient approuvée. Je crois qu'il voudra bien mettre au rang des Pérès latins, le pape saint Martin I", avec cent ou six vingts évêques d'Italie, qui célébrèrent avec lui le concile de Latran , où cette expression est ap-

1. p. 780. — •>. Epist. I. ad Suce. — 3. P. 779. - 4. Act. l. — 5. Concil. CalceU., I. pari., c. v. — G. P. 779.— 7. Collât. VIII , Can. VIII.

prouvée par un canon exprès'. Elle n'est donc pas si rare , dans l'Eglise d'Occident, que notre auteur nous le dit. Quand, après tant d'approbations authentiques de cette expression , il ose ajouter que peu de théologiens l'appouvent, au lieu de dire que peut-être ils ne trouvent plus nécessaire de s'en servir; ou ces théologiens sont bien difficiles, ou lui-même il parle peu juste, et il est un mauvais interprète de leurs sentiments.

HUITIÈME REMARQUE

Paroles de Facundus altérées, pour faire voir que saint Cyrille a excédé.

Ce qu'on vient de voir de l'auteur n'est pas le seul elTet du peu d'inclination qu'il témoigne pour saint Cyrille. Il cite un passage de Facundus 2, pour montrer « que saint Cyrille, emporté comme beau- » coup d'autres par la chaleur de la dispute , a tel- » lement combattu une erreur, qu'il semble pencher » vers la contraire. » Mais Facundus ne dit point cela ; il ne parle ni d'emportement, ni de chaleur de dispute : tout cela est une addition de M. Dupin; il dit seulement « que pour réprimer Nes- » lorius , qui divisait Jésus-Christ en deux, saint » Cyrille tournait son discours à exprimer l'unité, » comme les anciens, en combattant Apollinaire, » qui confondait les natures, s'appliquaient aussi » davantage à en exprimer la distinction'; » ce qui ne vient nullement de la chaleur des partis; « mais, )) comme dit ce docte auteur, de l'ordre et de la » méthode qu'il faut garder en chaque dispute; » et il est si éloigné de penser ici aux emportements ordinaires des disputes échauffées, qu'il soutient même que Jésus-Christ en a usé de la même manière qu'il attribue à saint Cyrille ; si bien qu'il n'y a rien de moins à propos que d'alléguer ici Facundus, et de chercher cette occasion d'attaquer saint Cyrille.

Au reste, si je m'atlache à le défendre du reproche qu'on lui fait ici, ce n'est pas par un aveugle enlètement de trouver son style sans défaut, ni aussi qu'il me paraisse si criminel d'imputer aux Pères quelque chaleur dans la dispute; mais c'est que je connais le style des critiques. Un des moyens dont ils se servent pour éluder l'autorité des saints docteurs, est de dire qu'ils s'emportent et tombent dans des excès en disputant, ce qui n'est pas impossible quelquefois, et jusqu'à un certain point. Mais j'oserai bien assurer que saint Cyrille est un de ceux en qui l'on remarquera le moins ce défaut, même dans ses longues disputes avec les nestoriens; et quoi qu'il en soit, on est peu exact d'alléguer, pour l'en accuser, Facundus qui n'y songe pas.

NEUVIÈME REM.\RQUE.

Pente à excuser Ncstorius et ses partisans.

Je n'en sais pas la raison, mais l'affectation est visible. Ne répétons plus ce qu'on a vu dans les remarques précédentes; mais pourquoi dire qu'au temps de l'accord, « sa condamnation fut approuvée » presque par tous les évèques catholiques \ » Estce qu'il y eut quelques évêques catholiques qui no

1. Secret, v, Can. v. — 2. P. 77S. c. m, p. 245. — 4. Pag. 774.

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