Facuml., lib
lil'MAnnUES SUR L'IllSTOII'.E
l'aient pas approuvée? Tous ceux qui avaient rcCusô (l'y sousci-ire, et qui avaient fait à Ephcsc un concile scliismalique contre un concile universel, n'avaient fté reconnus pour catholiques qu'en comlamnanl Ncstorius. Quels étaient donc les catholiques qui l'approuvaient, et qui sont ceux qu'on ap|)ellc catholiques? Cène peut être Alexandre d'iliéraple, et les autres qui se séparèrent de l'Eglise. Car ceuxdà furent les seuls qui ne voulurent jamais consentir à la condamnation de Nestorius. Sont-ce là les catholiques d(! M. Duiiiir.' Ils étaient, dira-t-il peutêtre, catlioliiiues dans la foi. Je le nie : je les maintiens vrais Nestoriens , et l'on en verra bientôt les raisons ; mais, en attendant il est bien constant ([u'ils rompirent ouvertement avec l'Eglise catholique. Si avec cela l'on est catholique, où en est l'unité de l'Eglise? Cet auteur ne sait ni penser ni parler en théologien : je n'en veux pas dire davantage.
Passons outre. En expliquant la doctrine de Nestorius, fallait-il dire toujours « qu'il semblait n'ad- .) mettre qu'une union morale entre les deux natures » de Jésus-Christ, et qu'il se servait d'expressions » qui semblaient en diviser la personne'; » et remarquez comment il parle : « Il était visible, dil- » il 2, qu'il avait nié que la Vierge pût être appelée )) mère de Dieu , et qu'il se servait d'expressions » qui semblaient diviser la personne de Jésus-Christ » en deux. » IL était visible... il semblait. On voit bien qu'il craint d'en trop dire sur le second chef de l'accusation, et que Nestorius de ce côté-là ne lui parait pas trop convaincu. Aussi dit-il, en un autre endroit dont nous avons déjà parlé^ que saint Cyrille veut les convaincre d'erreur sur le même point. Il évite de dire qu'il l'a convaincu, et de donner trop d'avantage à la bonne cause contre l'auteur d'une hérésie si pernicieuse, il semblait; on veut le convaincre. Ce n'est pas ainsi que saint Cyrille, saint Célestin, tous les Pères et le concile d'Ephèse ont jugé. Tous ont éprouvé Nestorius, non pas parce qu'il semblait séparer la personne de Jésus- Christ ,' mais parce qu'il la séparait en elTet. Si ce n'est pas là un point résolu , sur lequel on ne veut pas seulement convaincre Nestorius, mais on le convainc en effet, et si l'on peut dire avec la moindre couleur, qu'il a reconnu une union réelle et substantielle entre les deux natures de Jésus-Christ, de quelle erreur a-t-il pu être convaincu? Car c'est là le fond de son hérésie , dont tout le reste n'est qu'une suite. M. Dupin abuse trop visiblement de l'autorité des théologiens catholiques, de celle du Père Pelau, de celle du Père Oarnier et des autres, lorsqu'il répond qu'ils sont demeurés d'accord que Nestorius dissimulait son erreur, et ne voulait pas avouer « qu'il y eût deux Christs, deux Eils de » Dieu, deux personnes en Jésus-Christ. » Il est vrai qu'il ne voulait pas l'avouer on autant de mots; mais il l'avouait en termes équivalents toutes les fois qu'il disait que Jésus-Christ n'était pas Dieu , ou qu'il ne l'était qu'inqu-opremcnt : qu'un enfant de trois mois n'était pas Dieu : que la Vierge n'était pas incre de Dieu. Dans toutes ces occasions , il découvrait son venin , malgré qu'il en eùt,ct?ie semblait pas seulement admettre , mais admettait etVectivement deux Fils , deux Seigneurs , deux per-
1 Tnin. III, //. P'-'rt..r. 1S2. — 3. Mcm, p. 773, — .1. Ibi.L, p.
sonnes, dont l'une était Dieu, et l'antre ne l'était pas. Au lieu donc de nous dire faiblement que Nestorius semblait diviser la personne de Jésus-Christ, il fallait dire, ce qui est très-vrai, qu'il semlilait quelquefois vouloir en reconnaître l'unité; mais qu'il fut convaincu du contraire, et cela par ses propres paroles, et que c'est là principalement ce qu'on improuva dans sa doctrine. Quelque adresse ((u'aient eue les hérétiques, un Pelage, un Célestius, un Nestorius, et les autres, de pallier et d'enveloiiper leurs erreurs, l'Eglise a bien su les mettre au jour; et ce n'est pas sans raison que saint Célestin donne cette louange à saint Cyrille : « Vous » avez parfaitement pénétré tous les artifices et tous » les détours de Nestorius : omnes sermonum illius
» TECHNAS UETEXISTI ' . »
Je ne nie pas que l'auteur ne se soit un peu mieux expliqué ailleurs, mais toujours trop faiblement, à cause, comme on a vu, qu'il n'a jamais bien voulu comprendre combien il était évident que Nestorius niait que l'homme Jésus-Christ fut Dieu. Quand on a une fois molli contre une hérésie, tout est faible pour la combattre. Que direz-vous de ces propositions, un Dieu est né , un Dieu est mort? Je ne les condamne pas absolument; et de celle-ci : Marie est mère de Dieu? On le peut dire, et la proposition est vraie en un sens; et de cette aulre : Nestorius divisait les deux personnes de Jésus-Christ ; en a-l-il été bien convaincu? Il le semble, et on a voulu l'en convaincre. Comme on affaiblit l'hérésie, on en alTaiblit la condamnation. Nestorius fut condamné par presque tous les évéques catholiques : on ne veut pas dire par tous. Peut-on répondre aux objections qu'un fait contre le concile qui le condamna? Cela n'est pas impossible. On n'est pas ferme sur le dogme : on parle tantôt bien, et lanlôl mal ; on imite en quelque façon Nestorius même, à qui le Pape écrivait : Vera iîivolvis obscuris : rursus utraque confundens , vel confiteri negata vel nitens negare confessa-. On n'est pas nestorien ; mais on flatte par certains endroits ceux qui le sont, et on les endurcit dans leur erreur.
DIXIÈME REMARQUE
Sentiments de l'auteur sur les partisans de Nestorius. Premièrement sur Jean d'AntiocIic.
Pour ce qui est des partisans de Nestorius, M. Dupin est le leur trop déclaré. Il veut toujours supposer qu'ils n'erraient que dans le fait'' : ce qui est vrai de quelques-uns; mais je le nie de Jean d'Anlioche : et je le nie encore, mais par un principe différent, d'Alexandre d'iliéraple et des autres qui persistèrent dans le schisme.
Pour Jean d'Antioche , sa lettre à Nestorius'', dont il a déjà été parlé, nous donne tout sujet de croire qu'il était orthodoxe, mais qu'il ne pouvait pas croire, comme l'assure M. Dupin'', que Nestorius le fut tout à fait. Car il ne se contente pas de lui faire voir simplement dans cette lettre, comme l'interprète notre auteur", qu'on pouvait dire que la sainte Vierge était mère de Dieu, et que cette proposition est vraie en un sens. S'il avait parlé si
1 Episi. ad Cyr., I. part., cap. xv, col. 34S. — 2. Epist. ad .V.sf ., /. pari., c. xvili, col. 35fi. — 3. Pag. 774, 781, 782, 7S3. — l Conc. F.ph., I. part.,c. xxv, col. 387. — ,5. P. 781. — 0. P. lr.7.777,7,Sl.
DES CONCILES D'ÉPHÈSE ET DE CHALGÉDOLNE
.aiblement, je ne serais pas de l'avis de M. Dupin, et je le croirais mauvais calliolique; mais il parle bien d'une autre sorte, et il démontre que ce terme, Mère de Dieu, était « véritable, propre à expliquer » le mystère, reçu de plusieurs saints Pères et des » plus illustres, contredit d'aucun, sans aucun in- » convénient, prouvé par saint Paul; nécessaire, » puisqu'on ne pouvait rejeter ce qu'il signifiait , » sans nier que Jésus-Christ fut Dieu , et renverser » tout le mystère de l'Incarnation; ni le taire, sans » scandaliser l'Eglise, et y introduire le schisme et » la nouveauté, contre le précepte de l'Apotre. »
Celte lettre étant venue à la connaissance de saint Cyrille, il dit qu'il avait en main une lettre de Jean d'Antioche, a oii il reprenait vivement Nestorius » d'introduire des dogmes nouveaux et impies, et » de renverser la doctrine laissée aux Eglises par » les évangélisles et par les apôtres'. » Il avait raison, et tout cela se trouvait dans la lettre de Jean d'Antioche à Nestorius.
Il est vrai aussi qu'il présupposait alors, que dans le fond Nestorius avait de bons sentiments', selon le rapport qu'on lui en avait fait ; et c'est pourquoi il le pressait, en lui disant : « Quelle diffî- » cuUé à confesser ce qu'on pense dans le fond. Un )) m'a rapporté que vous avez dit souvent que vous » ne rejetteriez point le terme de Mère de Dieu , si » quelque célèbre auteur s'en était servi. Il y en a » des plus célèbres qui l'ont fait : il est inutile de » vous les nommer. Vous les savez aussi bien que 1) nous, et vous vous glorifiez comme nous d'être 1) leur disciple. » Comment pouvait-il donc croire qu'il fût tout à fait orthodoxe, lorsqu'il le vit manquer à la parole qu'il avait donnée, mépriser ouvertement l'autorité des Pères auxquels il avait promis de se soumettre, et refuser si obstinément le terme de Mère de Dieu, que lorsqu'il sembla vouloir l'admettre, personne ne crut qu'il le fit sincèrement^. Cependant après l'avoir si bien conseillé, Jean d'Antioche se laisse entraîner dans sa faction, et préfère l'ami à la foi. Cela n'est que trop ordinaire. M. Dupin connaît des esprits à peu près de ce caractère, qui après avoir repris leur ami, lorsqu'il méprise leurs conseils , ne laissent pas de le soutenir et de l'approuver.
J'en dirai autant de Théodoret, qui, comme nous avons vu, avait approuvé la lettre de Jean d'Antioche. On voit par ces lettres qu'il s'était lié d'une amitié étroite avec Nestorius et avec Alexandre d'Hiéraple , le plus intime de ses conlldents. Nous avons déjà remarqué, que d'abord il ne vit rien de mauvais dans les anathématismes de saint Cyrille. Il entra ensuite dans la passion de son ami, et aigri contre saint Cyrille, son style si beau d'ailleurs ne produisit que chicanes. On a pitié de Théodoret, un si grand homme, et on voudrait presque, pour l'amour de lui, que Nestorius, qu'il défendit si longtemps avec tant d'opiniâtreté, eut moins de tort, ilais il en faut revenir à la vérité, et se souvenir qu'après tout un grand homme entêté devient bien petit. Théodoret a bien parié depuis des dogmes de Nestorius. Ce n'est pas ([u'il ait rien appris de nouveau ; mais tant qu'on est entêté, on ne veut pas voir ce qu'on voit.
Epist. ad Cler.
<:f.ip. xxxiii.