‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 304 sur 545 · LIVRE IX. - DOCTRINE ET CARACTÈRE DE CALVIN · texte numérisé non relu

LIVRE IX. - DOCTRINE ET CARACTÈRE DE CALVIN

les calvinistes à recevoir de nouveau dans une telle assemblée toute la Confession d'Augsbourg , à la réserve du seul article de la Cène ; puisque , comme nous avons vu , ils renonçaient par ce moyen à tant de points importants de leur doctrine. Béze néanmoins trancha le mot, et en fit solennellement la déclaration du consentement de tous ses collègues. Mais quoi que la politique et le désir de s'appuyer autant qu'ils pouvaient de la Confession d'Augsbourg leur aient fait dire en cette occasion, comme en Ijeaucoup d'autres, ils avaient toute autre chose dans le cœur; et on n'en peut douter, quand on voit quelle instruction ils reçurent de Calvin môme durant le colloque. « Vous devez , » dit-il', prendre garde, vous autres qui assistez » au colloque, qu'en voulant trop soutenir votre bon » droit , vous ne paraissiez opiniâtres, et ne fassiez » rejeter sur vous toute la faute de la rupture. » Vous savez que la Confession d'Augsbourg est le « flandjeau dont se servent vos furies pour allumer » le feu dont toute la France est embrasée; mais il » faut bien prendre garde pourquoi on vous presse » tant de la recevoir, vu que sa mollesse a toujours » déplu aux gens de bon sens; que Mélanchton son » auteur s'est souvent repenti de l'avoir dressée; et » qu'enfin elle est tournée en beaucoup d'endroits » à l'usage de l'Allemagne : outre que sa brièveté » obscure et défectueuse a cela de mal, qu'elle » omet plusieurs articles de très- grande impor- » tance. »

On voit donc bien que ce n'était pas le seul article de la Cène, mais en général tout le gros de la Confession d'Augsbourg qui lui déplaisait. On n'exceptait néanmoins que cet article : encore, quand il s'agissait de l'Allemagne, souvent on ne trouvait pas à propos de l'excciiter.

CIL Combien de diffcrenls personnages jouèrent alors Cakin et les calvinistes sur la Confession d' Augsbourg . — C'est ce qui parait par une autre lettre du môme Calvin écrite pareillement durant le colloque, afin que l'on voie combien de dilTérents personnages il faisait dans le même temps. Ce fut donc en ce même temps, et en l'an 1561, qu'il écrivit aux princes d'Allemagne pour ceux de la ville de Strasbourg une lettre, où il leur fait dire d'abord, « qu'ils sont du nombre de ceux qui reçoivent en » tout la Confession d'Augsl)ourg , môme dans l'ar- » ticle de la Cène-, » et ajoute que la reine d'Angleterre, (c'était la reine Elisabeth,) quoiqu'elle approuve la Confession d'Augsbourg, rejette les façons de parler charnelles d'Heshusius , et des autres qui ne pouvaient supporter ni Calvin, ni Pierre Martyr, ni Mélanchton môme, qu'ils accusaient de relâchement sur le sujet de la Cône.

cm. Pareille dissimulation dans l'électeur Frédéric IH. — On voit la môme conduite dans la Confession de foi de l'électeur Frédéric III , comte palatin, rapportée dans le Recueil de Genève : Confession toute calvinienne et ennemie, s'il en fut jamais, de la présence réelle, puisque ce prince y déclare que Jésus-Christ n'est dans la Cène « en '1 aucune sorte, ni visible, ni invisible, ni incom- " préhensible , ni compréhensible ; mais seulement » dans le cieF. » Et toutefois son lils et son succes-

saur, Jean Casimir, dans la préface qu'il met à la tète de cette Confession, dit expressément que son père « ne s'est jamais départi de la Confession d'Augsbourg, ni même de l'Apologie qui y fut jointe : » c'est celle de Mélanchton, que nous avons vue si précise pour la présence réelle; et si on ne voulait pas en croire le fils, le père même dans le corps de sa Confession, déclare la môme chose dans les mêmes termes.

CIV. Ménagement de Calvin sur l'article X de la Confession d'Augsbourg. — C'était donc une mode assez établie, môme parmi les calvinistes, d'approuver purement et simplement la Confession d'Augsbourg quand il s'agissait de l'Allemagne; ou par un certain respect pour Luther, auteur de toute la Réformation iirétendue; ou parce qu'en Allemagne la seule Confession d'Augsbourg avait été tolérée par les Etats de l'Empire : et hors de l'Empire môme, elle avait une si grande autorité, que Calvin et les calvinistes n'osaient dire qu'ils s'en éloignaient, qu'avec beaucoup d'égards et de précautions; puisque môme dans l'exception qu'ils faisaient souvent du seul article de la Cène, ils se sauvaient plutôt par les éditions diverses et les divers sens de cet article, qu'ils ne le rejetaient absolument'.

En effet, Calvin , qui traite si mal la Confession d'Augsbourg quand il parle confidcmment avec les siens, garde un respect apparent pour elle partout ailleurs, môme à l'égard de l'article de la Cène, en disant qu'il le reçoit en l'expliquant sainement, et comme Mélanchton, auteur de la Confession, l'entendait lui-même-. Mais il n'y a rien de plus vain que celte défaite; parce qu'encore que Mélanchton tint la plume lorsqu'on dressa celte Confession de foi, il y exposait, non pas sa doctrine particulière, mais celle de Luther et de loul le parti, dont il était l'interprète et comme le secrétaire, ainsi qu'il le déclare souvent.

Et quand, dans un acte public, on pourrait s'en rapporter tout à fait au sentiment particulier de celui qui l'a rédigé, il faudrait toujours regarder, non ]ias ce que ^lélanchlon a pensé depuis, mais ce que Mélanchton pensait alors avec tous ceux de sa secte; n'y ayant aucun sujet de douter qu'il n'ait lâché d'expliquer naturellemenl ce qu'ils croyaient lous; d'autant plus que nous avons vu qu'en ce temps il rejetait le sens figuré d'aussi bonne foi que Luther; et qu'encore que dans la suite il ail biaisé en plusieurs manières, jamais il ne l'a ouvertement approuvé.

Il n'y a donc point de bonne foi à se rapporter au sens de Mélanchton dans cette matière; et on voit bien que Calvin , quoiqu'il se vante partout de dire ses sentiments sans aucune dissimulation, a voulu llatter les luthériens.

Au reste, celle llalleric parut si grossière, qu'à la fin on en eut honte dans le parti , et c'est pourquoi on y résolut dans les actes que nous avons vus, et notamment au colloque de Poissy , d'excepter l'arlicle de la Cène, mais celui-là seul, sans se mettre en peine, en approuvant les autres, de l'atteinte que donnait cette approbation à la propre Confession de foi qu'on venait de présenter à Charles IX.

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