‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 306 sur 545 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

ses idées en général. En les appliquant à l'Eucharistie, « son dessein était de faire concevoir en des » paroles un peu vagues, la manière de la présence » de Jésus-Clirist dans l'Eucharistie. Elle trouvait » fort mauvais que par des explications si subtiles » on eût chassé du sein de l'Eglise ceux qui croyaient » la présence corporelle. » El encore' : « Le dessein « était de dresser un ofTice pour la communion, V dont les expressions fussent si bien ménagées, » qu'en évitant de condamner la présence corpo- » relie, on réunît tous les Anglais dans une seule » et même Eglise. »

On pourrait croire peut-être que la reine jugea inutile de s'expliquer contre la présence réelle , à cause que ses sujets se portaient d'eux-mêmes à l'exclure ; mais au contraire , « la plupart des gens 11 étaient imbus de ce dogme de la présence corpo- » relie : ainsi la reine chargea les théologiens de » ne rien dire qui le censurât absolument; mais de » le laisser indécis , comme une opinion spécula- » tive que chacun aurait la liberté d'embrasser ou 11 de rejeter. »

VI. La fol des prétendus martyrs est changée. — C'était ici une étrange variation dans un des principaux fondements de la Réformation anglicane. Dans la Confession de foi de 1551, sous Edouard , on avait pris avec tant de force le parti contraire à la présence réelle, qu'on la déclara impossible et contraire à l'Ascension de Notre Seigneur. Lorsque sous la reine Marie, Cranmer fut condamné comme hérétique, il reconnut que le sujet principal de sa condamnation fut de ne point reconnaître dans l'Eucharistie une j)ri'sencc corporelle de son Sauteur. Ridley, Latimer, et les autres prétendus martyrs de la Réformation anglicane, rapportés par M. Burnet , ont souffert pour la même cause. Calvin en dit autant des martyrs français, dont il oppose l'autorité aux luthériens-. Cet article paraissait encore si important en 1549, et durant le régne d'Edouard, que lorsqu'on y voulut travailler à faire w?!. système de doctrine qui embrassât , dit M. Burnet', tous les points fondamentaux de la religion, on approfondit surtout l'opinion de la présence de Jésus-Christ dans le sacrement. C'était donc alors non-seulement un des points fondamentaux, mais encore parmi les fondamentaux un des premiers. Si c'était un point si fondamental , et le principal sujet de ces martyrs tant vantés, on ne pouvait l'expliquer en termes trop précis. Après une explication aussi claire que celle qu'on avait donnée sous Edouard , en revenir, comme voulait Elisabeth, à des e.xpressions générales qui laissassent la chose indécise , et où les partis opposés troxicassent leur compte , en sorte qu'on en put croire tout ce qu'on voudrait, c'était trahir la vérité et lui égaler l'erreur. En un mot, ces termes vagues , dans une Confession de foi , n'étaient qu'une illusion dans la matière du monde la plus sérieuse, et qui demande le plus de sincérité. C'est ce que les réformés d'Angleterre eussent dû représenter à Elisabeth. Mais la politique l'emporta contre la religion , et l'on n'était plus d'humeur à tant rejeter la présence réelle. Ainsi Varticle XXIX delà Confession d'Edouard, où elle était condamnée, fut fort changé'' : on y ôta tout ce qui mon-

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