‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 341 sur 545 · LIVRE XI. — HISTOIRE DES ALRIUEOIS, DES VAUDÛIS, ETC · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — HISTOIRE DES ALRIUEOIS, DES VAUDÛIS, ETC

» que religion que ce soit; quels sont les préceptes ^> judiciaires et cérémoniaux de la loi de Moïse , s'ils » ont été abolis par Jésus-Christ; et quels sont les » livres canoniques. » Après toutes ces demandes qui confirment si clairement tout ce que nous avons (lit du dogme vaudois, et de l'ignorance brutale où étaient enfin tombés ces hérétiques, leur député parle en ces termes : « Rien ne nous a tant trou- » blés, faibles et imbécillesque nous sommes, que » ce que j'ai lu dans Luther sur le libre arbitre et » la prédestination; car nous croyions que tous les i> hommes avaient naturellement quelque force ou » quelque vertu , laquelle pouvait quelque chose, » étant excitée de Dieu , conformément à cette pa- » rôle : Je suis à la porte, et je frappe; et que celui » qui n'ouvrait pas recevait selon ses œuvres ; mais » si la chose n'est pas ainsi , je ne vois plus, comme » dit Erasme, à quoi servent les préceptes. Pour la 11 prédestination , nous croyons que Dieu avait prévu » de toute éternité ceux qui devaient être sauvés ou » réprouvés , qu'ij avait fait tous les hommes pour » être sauvés , et que les réprouvés devenaient tels » par leur faute. Mais si tout arrive par nécessité, » comme dit Luther, et que les prédestinés ne puis- » sent pas devenir réprouvés , et au contraire; pour- » quoi tant de prédications et tant d'écritures , » puisqu'il n'en sera ni pis ni mieux , et que tout » arrive par nécessité? » Quelque ignorance qui paraisse dans tout ce discours, on voit que ces malheureux avec leur esprit grossier, disaient mieux que ceux qu'ils choisissaient pour réformateurs; et voilà, si Dieu le permet, ceux qu'on nous donne pour les restes et pour la ressource du christianisme.

On ne trouve rien ici de particulier sur l'Eucharistie : ce qui fait croire que la conférence n'est pas rapportée en son entier; et il n'est pas malaisé d'en deviner la raison. C'est, en un mot, que sur ce point, les Vaudois, comme on a pu voir, étaient plus papistes que ne voulaient les zwingliens et les luthériens. Au reste, ce député ne parle à Œcolampade d'aucune Confession de foi dont on usât parmi eux : nous avons aussi déjà vu que Bèze n'en rapporte aucune que celle que les Vaudois firent en 1541 si longtemps après Luther et Calvin : ce qui fait voir manifestement que les Confessions de foi qu'on nous produit, comme étant des anciens Vaudois, ne peuvent être que très-modernes, ainsi que nous le dirons bientôt.

CXX. Les Vaudois nullement calvinistes : preuve par Crespin. — Après toutes ces conférences avec ceux de Strasbourg et de Bâle , en 1536, Genève fut consultée par les Vaudois ses voisins; et c'est alors que commença leur société avec les calvinistes, par les instructions de Farel , ministre de Genève. Mais il ne faut qu'entendre parler des calvinistes eux-mêmes, pour voir combien les Vaudois étaient éloignés de leur Réforme. Crespin, dans l'Histoire des Martyrs', dit « que ceux d'Angrogne , par » longue succession et comme de père en fils avaient » suivi quelque pureté de doctrine. » Mais pour montrer combien à leur gré cette pureté de doctrine était légère, il dit en un autre endroit où il parle des Vaudois de Mérindol : « Que si peu de vraie 9 LUMIÈRE qu'ils AVAIENT, ils tâchaient de l'allumer » davantage de jour en jour, à envoyer çà et là,

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