‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 357 sur 545 · LIVRE XI. — HISTOIRE DES ALBIGEOIS, DES VAUDOIS, ETC · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — HISTOIRE DES ALBIGEOIS, DES VAUDOIS, ETC

second et le iroisième siècle l'Eglise a vu naître et Gerdon, et llarcion, et Manès, ces ennemis du Gi'éateur. On trouve partout des semences de cette doctrine : on en trouve chez Tatien , qui condamnait et le vin et le mariage, et qui dans sa concordance des Evangiles, avait rayé tous les passages oii il est porté que Jésus-Glirist est sorti du sang de David'. Cent autres sectes infâmes avaient attaqué le Dieu des Juifs, mais avant Manès et Marcion; et nous apprenons de Théodoret que ce dernier n'avait l'ait que tourner d'une autre manière les impiétés de Simon le Magicien ^. Ainsi cette erreur a commencé dès l'origine du christianisme : c'était le vrai mystère d'iniquité, qui commençait du temps de saint Paul 3 : mais le Saint-Esprit, qui prévoyait que cette peste se devait un jour déclarer d'une ma-

^ nière plus manifeste, l'a fait prédire par cet apolre avec une précision et une évidence étonnantes. Marcion et Manès ont mis dans une plus grande évidence ce mystère d'iniquité : la détestable secte a toujours eu depuis ce temps-là sa suite funeste. Nous l'avons vu; et jamais erreur n'avait plus longtemps troublé l'Eglise, ni étendu plus loin ses branches. Mais lorsque, par l'éminente doctrine de saint Augustin, et par les soins de saint Léon et de saint Gélase, elle fut éteinte dans tout l'Occident, cl dans Iiome mémo où elle avait tâché de s'établir, on voit (inlin arriver le terme fatal du déchaÎ7ieinent de Satan. Mille ans après que ce fort armé eût été lié par Jésus-Glirisl venu au monde '', l'esprit d'erreur l'evicnt plus que jamais; les restes du manichéisme Irop bien conservés en Orient, se débordent sur l'Eglise latine. Qui nous empêche de regarder ces malheureux temps comme un des termes du déchaiiiomenl de Satan, sans préjudice des autres sens plus cachés? Si pour accomplir la prophétie il ne

• faut que Gog et Mayog^ , nous trouverons dans l'Arménie, près de Samosate, la province nommée Gogarène où demeuraient les pauliciens, et nous trouverons Magog dans les Scythes dont les Bulgares sont sortis ". C'est de là que sont venus ces ennemis innombrables de la cité sainte'' , par qui l'Italie est attaquée la première. Le mal est porté en un instant jusqu'à l'extrémité du Nord : une étincelle allume un grand feu ; l'embrasement s'étend pres-

i- que par toute la terre. On y découvre partout le venin caché : avec le manichéisme, l'arianisme et loutes les hérésies reviennent sous cent noms bizarres et inouïs. A peine peut-on éteindre ce feu iluraut trois à quatre cents ans, et on en voyait encore des restes au quinzième siècle.

GGV. Comment les Vaudois sont, sortis des Albigeois manichéens. — Après qu'il n'en resta plus ([ue la cendre , le mal ne tinit pas pour cela. Satan avait mis dans la secte impie, de quoi renouveler l'incendie d'une manière plus dangereuse que jamais. La discipline ecclésiastique s'était relâchée par toute la terre; les désordres et les abus jiortés jusqu'aux environs de l'autel faisaient gémir les bons, les humiliaient, les pressaient à se rendre encore meilleurs : mais ils tirent un autre effet dans les esprits aigres et superbes. L'Eglise romaine, la mère et le lien des Eglises, devint l'ob-

1. Epiph., hœr. xlvi, p. 390, etc.; Theod.y t. iv. hœr. fab. 20, /). 208. — 2. Theod., ibid., c. 24. — 3.//. Thi:ss., ii, 7. — 4. Apoc, XX, 2,3, 7; Matth., xii, 29; Luc. xi, 21,22. —5. Apoc, XX, 7, 8. — 6. Boch. Phal., lib. ut. 13. — 7. Apoc , ihid.

jet de la haine de tous les esprits indociles : des satyres envenimées animent le monde contre le clergé; l'hypocrite manichéen en fait retentir tout l'univers, et donne le nom d'Antéchrist à l'Eglise romaine : car c'est alors qu'est née cette pensée, parmi les ordures du manichéisme, et au milieu des précurseurs de l'Antéchrist même. Ces impies s'imaginent paraître plus saints, en disant qu'il faut être saint pour administrer les sacrements. L'ignorant Vaudois avale ce poison. On ne veut plus recevoir les sacrements par des ministres odieux et décriés : le filet se rompt* de tous côtés, et les schismes se multiplient. Satan n'a plus besoin du manichéisme : la haine contre l'Eglise s'est répandue. La damnable secte a laissé une engeance semblable à elle, et un principe de schisme trop fécond. N'importe que les hérétiques n'aient pas la même doctrine : l'aigreur et la haine les dominent, et les réunissent contre l'Eglise : c'en est assez. Le Vaudois ne croit pas comme l'Albigeois ; mais comme l'Albigeois il hait l'Eglise, et se publie le seul saint, le seul ministre des sacrements. Wiclef ne croit pas comme les Vaudois ; mais Wiclef publie comme les Vaudois que le Pape et tout son clergé est déchu de toute autorité par ses dérèglements. Jean Hus ne croit pas comme "Wiclef, quoiqu'il l'admire : ce qu'il en admire le plus, et ce qu'il en suit presque uniquement, c'est que les crimes font perdre l'autorité. Ces petits Bohémiens prirent cet esprit, comme on a vu; et ils le liront paraître principalement, lorsqu'ils osèrent, une poignée d'hommes ignorants, rebaptiser toute la terre.

CGVI. Comment Luther et Calmn sont sortis des Albigeois et des Vaudois. — Mais une plus grande apostasie se préparait par le moyen de ces sectes. Le monde rempli d'aigreur enfante Luther et Gaivin, qui cantonnent la chrétienté. Les tours sont ditïérents; mais le fond est le même : c'est toujours la haine contre le clergé et contre l'Eglise romaine; et nul homme de bonne foi ne peut nier que ce n'ait là été la cause visible de leur progrès étonnant. Il fallait se réformer : qui ne le reconnaît? Mais il était encore plus nécessaire de ne pas rompre. Ceux qui prêchaient la rupture étaient-ils meilleurs que les autres? Ils en faisaient le semblant; et c'était assez pour tromper et gagner comme la gangrène, selon l'expression de saint Paul^. Le monde voulait condamner et rejeter ses conducteurs : cela s'appelle Réforme. Un nom spécieux éblouit les peuples; et pour exciter la haine , on n'épargne pas la calomnie : ainsi notre doctrine est déligurée; on la hait devant que de la connaître.

GCVII. Les Eglises protestantes cherchent en vain la succession des personnes dans les sectes précédentes. — Avec de nouvelles doctrines on bâtit de nouveaux corps d'Eglises. Les luthériens et les Calvinistes font les deux plus grands : mais ils ne peuvent trouver dans toute la terre une seule Eglise qui croie comme eux, ni d'où ils puissent tirer une mission ordinaire et légitime, les Vaudois et les Albigeois, que quelques-uns nous allèguent, ne servent de rien. Nous venons de les faire voir de purs laïques, aussi embarrassés de leur envoi et de leur titre que ceux qui ont recours à eux. On sait que ces hérétiques toulousains ne sont jamais par-

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