‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 356 sur 545 · CXCVII. Disposition des frères de Bohême. — Je · texte numérisé non relu

CXCVII. Disposition des frères de Bohême. — Je

1. Pylicd. cont. Vald., c. 15, t. iv, Bibl. PP., II. part., p. "85. — 2. F. sup. l. VIII, n. 18. Sijnt. Conf., I. part., p. 16t). //. part., p. 72. — 3. Idem, p. U6. — 4. V. sup. l. viii, n. 18. Sy/i(. Conf., I. part., p. \in.

ne m'étonne pas que les Bohémiens aient souscrit sans peine à cet accord. Séparés depuis quarante à cinquante ans de l'Eglise catholique , et réduits à ne trouver le christianisme que dans le coin qu'ils occupaient en Bohème, quand ils virent paraître les protestants, ils ne songèrent qu'à s'appuyer de leur secours. Ils surent gagner Luther par leurs soumissions : on avait tout de Bucer par des équivoques : les zwingliens se laissaient flatter aux expressions générales des frères , qui disaient , sans néanmoins le pratiquer, qu'il ne fallait rien ajouter aux ternies dont Notre Seigneur s'était servi. Calvin fut plus difficile. Nous avons vu , dans la lettre qu'il écrivit aux frères Bohémiens réfugiés en Pologne', comme il y blcàme l'ambiguïté de leur Confession de foi, et déclare qu'on n'y peut souscrire sans ouvrir la porte à la dissension ou à l'erreur.

CXGVni. Réflexions sur cette union. — Contre son avis tout fut souscrit, la Confession Helvétique, la Bohémique et la Saxonique, la présence substantielle avec la présence par la seule vertu, c'est-àdire les deux doctrines contraires avec les équivoques qui les flattaient toutes deux. On ajouta tout ce qu'on voulut aux paroles de Notre Seigneur; et en même temps on approuva la Confession de foi où l'on posait pour maxime qu'il n'y fallait rien ajouter : tout passa, et parce moyen on fit la paix. On voit comment se séparent et comment s'unissent toutes ces sectes séparées de l'unité catholique : en se séparant de la chaire de saint Pierre, elles se séparent entre elles et portent le juste supplice d'avoir méprisé le lien de leur unité. Lorsqu'elles se réunissent en apparence, elles n'en sont pas plus unies dans le fond; et leur union, cimentée par des intérêts politiques , ne sert qu'à faire connaître par une nouvelle preuve, qu'elles n'ont pas seulement l'idée de l'unité chrétienne, puisqu'elles n'en viennent jamais à s'unir dans les sentiments, comme saint Paul l'a ordonné^.

CXGIX. Réflexions générales sur l'histoire de toutes ces sectes. — Qu'il nous soit maintenant permis de faire un peu de réflexion sur cette histoire des Vaudois, des Albigeois et des Bohémiens. On voit si les protestants ont eu raison de les compter parmi leurs ancêtres; si cette descendance leur fait honneur; et en particulier s'ils ont dû regarder la Bohème depuis Jean IIus comme la mère des Eglises réformées^. Il est plus clair que le jour, d'un côté, qu'on ne nous allègue ces sectes que dans la nécessité de trouver dans les siècles passés, des témoins de ce qu'on croit être la vérité; et de l'autre, qu'il n'y a rien de plus misérable que d'alléguer de tels témoins , qui sont tous convaincus de faux en des matières capitales, et qui au fond ne s'accordent ni avec les protestants, ni avec nous, ni avec euxmêmes. C'est la première réflexion que doivent faire les prolestants.

ce. Autre réflexion sur ce que des sectes si contraires se fondent toutes sur l'évidence de l'Ecriture. — La seconde n'est pas moins importante. Ils doivent considérer que toutes ces sectes si différentes entre elles , et si opposées à la fois tant à nous qu'aux protestants , conviennent avec eux du

l.Ep.ad Vald.. p. m. —2. Philip., 11. 2. — 3. Jur., Avis aitx protest, de l'Europe, à la tête des préj. légitimes , p. 9.

llISTdlllE DES VARIATIONS.

coaiiiuin principe de se régler par les EcriUires; non pas comme l'Eglise les aura entendues de tout temps, car celte règle est très-véritable; mais comme chacun les pourra entendre par lui-même. Voilà ce ([ui a produit toutes les erreurs et toutes les contrariétés que nous avons vues. Sous le nom de l'Ecriture chacun a suivi sa pensée; et l'Ecriture prise en cette sorte, loin d'unir les esprits, lésa divisés , et a fait adorer à chacun les illusions de son cœur sous le nom de la vérité éternelle.

CGI. Dernière et plus importante réflexion sur r accomplissement de la prédiction de saint Paul. — Mais il y a une dernière et beaucoup plus importante rétle.xion à faire sur toutes les choses qu'on vient de voir dans cette Histoire abrégée des Albigeois et des Vaudois. On y découvre la raison pour laquelle le Saint-Esprit a inspiré à saint Paul cette prophétie'. « L'Esprit dit expressément, que dans » les derniers temps , quelques-uns abandonneront » la foi, en suivant des esprits d'erreur et des doc- » trines de démons; qui enseigneront le mensonge » avec hyi)ocrisie , et dont la conscience sera llétrie )> d'un cautère; qui défendront de se marier, et » obligeront de s'abslenir des viandes que Dieu a )' créées pour être reçues avec action de grâces par » les lidèles et par ceux qui connaissent la vérité, » parce que tout ce que Dieu a créé est bon ; et on » ne doit rien rejeter de ce qui se mange avec action » de grâces, puisqu'il est sanctifié par la parole de » Dieu et par la prière. » Tous les saints Pères sont d'accord qu'il s'agit ici de la secte impie des marcionites et des manichéens qui enseignaient deux principes, et attribuaient au mauvais la création de l'univers; ce qui leur faisait détester et la propagation du genre humain, et l'usage de beaucoup de nourritures qu'ils croyaient immondes et mauvaises par leur nature, comme l'ouvrage d'un créateur qui était lui-même imi)ur et mauvais. Saint Paul désigne donc ces sectes maudites par deux pratiques si marquées; et sans parler d'abord du principe d'où on tirait ces deux mauvaises conséquences , il s'attache à exprimer les deux caractères sensibles par lesquels nous avons vu que ces sectes infâmes ont été reconnues dansions les temps.

CGII. La doctrine des deux principes, marquée par saint Paul : pourquoi cette doctrine est appelée une doctrine de démons. — Mais encore (jue saint Paul n'exprime pas d'abord la cause profonde ])our laquelle ces aliuscurs défendaient l'usage de deux choses si naturelles, il la marque assez dans la suite, lorsqu'il dit pour combattre ces erreurs, que tout ce que Dieu a créé est bon- ; renversant par ce principe le détestable sentiment de ceux qui trouvaient de l'impureté dans l'œuvre de Dieu, et ensemble nous faisant voir que la racine du mal était de ne pas connaître la création et de blasphémer le Créateur. C'est aussi ce (pic saint Paul appelle en particulier plus que toutes les autres doctrines, des doctrines de démons', parce qu'il n'y a rien de plus convenable à la jalousie de ces esprits séducteurs contre Dieu et contre les hommes, que d'attaquer la création, condamner les oeuvres de Dieu, blasphémer contre l'auteur de la loi et contre la loi elle-même, el souiller la nature humaine par toutes sortes d'impuretés et d'illusions. Car c'est là ce que

1. /. Tim., IV. 1, 2, 3, 4, 5. — a. Idem, iv. 4. — 3. Jbid., i.

faisait le manichéisme : et voilà une vraie doctrine de démons; surtout si on ajoute les enchantements el les prestiges dont il est constant par tous les auteurs , qu'on a si souvent usé dans cette secte. De détourner maintenant ce sens si simple et si naturel de saint Paul contre ceux qui reconnaissant et le mariage et toutes les viandes comme une institution et un ouvrage de Dieu, s'en abstiennent volontairement pour mortifier les sens et purifier l'esprit, c'est une illusion trop manifeste; et nous avons vu que les saints Pères s'en sont luoqués avant nous. On voit donc très-clairement à qui saint Paul en voulait, et on ne peut pas méconnaître ceux qu'il a si bien mar(]ués par leurs propres caractères.

(.ICIII. Question : Pourquoi le Saint-Esprit , de toutes les hérésies n'a prédit en particulier que le seul manichéisme? Caractère de cette hérésie. L'hypocrisie. L'esprit de mensomje. /.a conscience cautérisée. — Pourquoi parmi tant d'hérésies, le Saint- Esprit n'a voulu marquer expressément que celle-ci ; les saints Pères en ont été étonnés et en ont rendu des raisons telles qu'ils l'ont pu en leur siècle. Mais le temps, fidèle interprète des prophéties, nous en a découvert la cause profonde; et on ne s'étonnera plus que le Saint-Esprit ait pris un soin si particulier de nous prémunir contre cette secte, après qu'on a vu que c'est celle qui a le plus longtemps et le plus dangereusement infecté le christianisme : le plus longtemps, par tant de siècles qu'on lui a vu occuper; et le plus dangereusement, parce que sans rompre avec éclat comme les autres , elle se tenait cachée autant qu'il était possible dans l'Eglise môme, el s'insinuait sous les apparences de la même foi, du même culte, et encore d'un extérieur étonnant de piété. C'est pourquoi l'apôtre saint Paul a marqué si expressément son hypocrisie. Jamais l'esprit de mensonge , que cet apôtre remarque, n'a été plus justement attribué à aucune secte; parce qu'outre que celle-ci enseignait comme les autres une fausse doctrine, elle excellait au-dessus des autres à dissimuler sa croyance. Nous avons vu que ces malheureux avouaient tout ce qu'on voulait : le mensonge ne leur coûtait rien dans les choses les plus essentielles; ils n'épargnaient pas le parjure pour cacher leurs dogmes ; la facilité qu'ils avaient à trahir leurs consciences y faisait voir une certaine insensibilité, que saint Paul exprime admirablement par le cautère, qui rond les chairs insensibles en les mortifiant, comme le docte Théodoret l'a remarqué en ce lieu'; et je ne crois pas que jamais une proidiéiie ait pu être vérifiée par des caractères plus sensibles que celle-ci l'a été.

CCIV. Suite des raisons pourquoi le Saint-Esprit a marqué cette hérésie plutôt que les autres. — Il ne faut plus s'étonner pourquoi le Saint-Esprit a voulu que la prédiction de cette hérésie fut si particulière et si précise. C'était plus que toutes les autres hérésies l'erreur des derniers temps, comme l'appelle saint Paul*; soit que nous prenions pour les derniers temps, selon le style de l'Ecriture, tous les temps de la loi nouvelle; soit que nous l)reuions pour les derniers temps la fin des siècles, où Satan devait être déchaîné de nouveau'. Dès le

1. Comm. in hune locum, t iii,;). 479. — 2. /. Tim.,i\. — 3. Apoc, XX. 3,7.

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