‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 403 sur 545 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

Vai'iations sur l'article du Symbole : Je crois rEfllisc calholique. Fermeté inébranlable de l'Eglise romaine.

Sommaire. — Histoire des variations sur la matière de l'Eglise. On reconnaît naturellement l'Eglise visible. La difficulté de montrer où était l'Eglise oblige à inventer l'Eglise invisible. La perpétuelle visibilité nécessairement reconnue. Divers moyens de sauver la Réforme dans cette présupposition. Etat où la question se trouve à présent par les disputes des ministres Claude et Jurieu, On est enfin forcé d'avouer qu'on se sauve encore dans l'Eglise romaine , comme on s'y est sauvé avant la Réforme prétendue. Etranges variations, et les Confessions de foi méprisées. Avantages qu'on donne aux catlaoliques sur le fondement nécessaire des promesses de Jésus-Christ en faveur de la perpétuelle visibilité. L'Eglise est reconnue pour infaillible. Ses sentiments avoués pour une règle infaillible de la foi. Vaines exceptions. Toutes les preuves contre l'autorité iufailUbte de l'Eglise réduites à rien par les ministres. Evidence et simplicité de la doctrine catliolique sur la matière de l'Eglise. l!a Réforme abandonne son premier fondement, en avouant que la foi ne se forme point sur les Ecritures. Consentement des ministres Claude et Jurieu dans ce dogme. Absurdités inouies du nouveau système de l'Eglise, nécessaires pour se défendre contre les objections des catholiques. L'uniformité et la contenance de l'Eglise catholique opposée aux variations des Eglises protestantes. Abrégé de ce quinzième livre. Conclusion de tout l'ouvrage.

I. La cause des variations des Eglises protestantes , c'est de n'avoir pas connu ce que c'était que l'Eglise. — Comme après avoir observé les effets d'une maladie, et le ravage qu'elle l'ait dans un corps, on en recherche la cause pour y appli(|uer les remèdes convenables; ainsi, après avoir vu celle perpétuelle inslabililé des Eglises protestâmes, fâcheuse maladie de la chrétienté, il l'aul aller au principe , pour apporter, si l'on peut , un secours proportionné à un si grand mal. La cause des varialions , que nous avons vues dans les sociétés séparées, est de n'avoir pas connu l'autorité de l'Eglise, les promesses qu'elle a reçues d'eii-haul , ni en un mol, ce que c'est que l'Eglise même. Car c'était là le point fixe sur lequel il l'allail appuyer toutes les démarches qu'on avait à faire; et faute de s'y être arrêtés , les hérétiques curieux ou ignorants ont élé livrés aux raisonnements humains , à leur chagrin , à leurs juissions particulières; ce qui a fait qu'ils né sont allés ([u'à talons dans leurs propres Confessions de foi, et qu'ils n'ont pu éviter les deux inconvénients marqués par saint Paul dans les faux

docteurs, dont l'un est de se condamner eux-mêmes par leur propre jugement' : et l'autre, d'apprendre toujours , sans jamais pouvoir parvenir à la connaissance de la vérité^.

II. L'Eglise catholique s'est toujours connue ellemême, et n'a jamais varié dans ses décisions. — Ce principe d'instabilité de la réformation prétendue a paru dans toute la suite de cet ouvrage : mais il est temps de le remarquer avec une attention particulière, en montrant, dans les sentiments confus de nos frères séparés, sur l'article de l'Eglise, les variations qui ont causé toutes les autres ; après quoi nous finirons ce discours, en faisant voir une contraire disposition dans l'Eglise catholique, qui, pour avoir bien connu ce qu'elle était par la grâce de Jésus-Christ, a toujours si bien dit d'abord dans toutes les questions qu'on a émues tout ce qu'il en fallait dire pour assurer la foi des fidèles, qu'il n'a jamais fallu, je ne dis pas varier, mais délibérer de nouveau, ni s'éloigner tant soit peu du premier plan.

III. Doctrine de l'Eglise catholique sur l'article de l'Eglise. Quatre points esseyUiels et inséparables les uns des autres. — La doctrine de l'Eglise calholique consiste en quatre points dont l'enchaineraenl est inviolable : l'un, que l'Eglise est visible, l'autre, qu'elle est toujours; le troisième, que la vérité de l'Evangile y est toujours professée par toute la société; le quatrième , qu'il n'est pas permis de s'éloigner de sa doctrine : ce qui veut dire en autres termes, qu'elle est infaillible.

Le premier point est fondé sur un fait constant : c'est que le terme d'Eglise signifie toujours dans l'Ecriture, et ensuite dans le langage commun des fidèles, une société visible^. Les catholiques le posent ainsi , et il a fallu que les protestants en convinssent, comme on verra.

Le second point, que l'Eglise est toujours, n'est pas moins constant; puisqu'il est fondé sur les promesses de Jésus-Christ , dont on convient dans tous les partis.

De là on infère très-clairement le troisième point, que la vérité est toujours professée par la société de l'Eglise : car l'Eglise n'étant visible que par la profession de la vérité, il s'ensuit que si elle est toujours , et qu'elle soit toujours visible, il ne se peut qu'elle n'enseigne et ne professe toujours la vérité de l'Evangile : d'où suit aussi clairement le quatrième point, qu'il n'est pas permis de dire que l'Eglise soit dans l'erreur, ni de s'écarter de sa doctrine; et tout cela est fondé sur la promesse, qui est avouée dans tous les partis; puisque la même promesse, qui fait que l'Eglise est toujours, fait qu'elle est toujours dans l'étal qu'emporte le terme d'Eglise : par conséquent toujours visible, et toujours enseignant la vérité. Il n'y a rien de plus simple, ni de plus clair, ni de plus suivi que cette doctrine.

IV. Sentiments des Eglises protestantes sur la perpétiielle visibilité de l'Eglise. La confession d'Augsbourg.— Cette doctrine est si claire, que les Prolestants ne l'onl jm nier; elle emporte si clairement leur condamnation , qu'ils n'ont pu aussi la reconnaiire : c'est pourquoi ils n'ont songé qu'à

1. TH., III, 11. — -'. IJ- Tim., m, 7. — 3. Conf. avec M. Cl., p. 13 et suiv.

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