LIVRE XV. — VARIATIONS SUR L'ARTICLE DU SYMBOLE
l'embrouiller, et ils n'ont pu s'empêcher de tomber dans les contradictions que nous allons raconter.
Exposons avant toutes choses leurs confessions de foi; et pour commencer par celle d'Augsbourg, qui est la première et comme le fondement de toutes les autres, voici comme on y posait l'article de l'Eglise : « Nous enseignons qu'il y a une Eglise sainte, I) qui doit subsister élernellemenl'. » Quelle est maintenant celte Eglise dont la durée est éternelle? Les paroles suivantes l'expliquent : « L'Eglise c'est » l'assemblée des saints, où l'on enseigne bien l'E- » vangile, et où l'on administre bien les sacre- » monts. »
On voit ici trois vérités fondamentales : 1" que l'Eglise subsiste toujours ; il y a donc une succession inviolable. 2» Qu'elle est essentiellement composée de pasteurs et de peuple, puisqu'on met dans sa définition l'administration des sacrements et la prédication de la parole. 3° Que non-seulement on y administre la parole et les sacrements, mais qu'on les y administre bien, rectè , comme il faut : ce qui entre pareillement dans l'essence de l'Eglise, puisqu'on le met, comme on voit, dans sa définition.
V. Cette doctrine, avouée par les protestants , est la ruine de leur réforme et la source de leur embarras. — La question est, après cela, comment il peut arriver qu'on accuse l'Eglise d'erreur ou dans la doctrine ou dans l'administration des sacrements; car, si cela pouvait arriver, la définition de l'Eglise où l'on met non-seulement la prédication, mais la vraie prédication de l'Evangile , et non-seulement l'administration , mais la droite administration des sacrements, serait fausse; et si cela ne peut arriver, la réforme, qui accusait l'Eglise d'erreur, portait sa condamnation dans son propre titre.
Qu'on remarque la difficulté : car ça été dans les églises protestantes la première source des contradictions que nous avons à y remarquer : contradictions au reste où les remèdes qu'ils ont cru trouver au défaut de leur origine n'ont fait que les enfoncer davantage. Mais en attendant que l'ordre des faits nous fasse trouver ces vains remèdes , tâchons de bien faire sentir le mal.
VI. A quoi précisément les protestants se sont obligés par cette doctrine. — Sur ce fondement de l'article vu de la Confession d'Augsbourg , on demandait aux luthériens ce qu'ils venaient réformer. L'Eglise romaine, disaient-ils. Mais avez-vous quelque autre Eglise où la doctrine que vous voulez établir soit professée ? C'était un fait bien constant qu'ils n'en pouvaient montrer aucune. Où était donc cette Eglise , où par votre article vu devait toujours subsister la véritable prédication de la parole de Dieu et la droite administration des sacrements ? Nommer quelques docteurs par-ci par-là, et de temps en temps, que vous prétendiez avoir enseigné votre doctrine ; quand le fait serait avoué , ce ne serait rien ; car c'était un corps d'Eglise qu'il fallait montrer, un corps où l'on prêchât la vérité , et où l'on administrât les sacrements; par conséquent un corps composé de pasteurs et de peuple ; un corps à cet égard toujours visible. Voilà ce qu'il faut montrer, et montrer par conséquent dans ce corps visible une manifeste succession et de la doctrine et du ministère.