Cor., XI, 19. — 2. // Tim., m
caractère, qu'ils se condamnent eux-mêmes par leur propre jugement ' .
C'est ce qui parait manifestement par les continuelles variations des hérésies, qui ne cessent de se condamner elles-mêmes en innovant tous les jours, en tombant d'absurdités en absurdités; en sorte qu'on voit bientôt, comme dit le même saint Paul, que ceux qui en entreprennent la défense, n'entendent , ni ce qu'ils disent eux-mêmes , ni les choses dont ils parlent avec assurance'^. En effet, plus ils sont hardis à décider, plus ils montrent qu'ils n'entendent pas ce qu'ils disent. Ce qui se pousse à la tin de tels excès, que leur folie est connue à tous, selon la prédiction du même Apôtre'; et c'est alors qu'on peut espérer avec lui, qu'tîs ne passeront pas plus avant, et que l'excès de l'égarement sera la marque du terme où il devra prendre fin : Ils n'iront pas jjIus loin, dit ce grand Apôtre, et ils cesseront de tromper les peuples, parce que leur folie sera manifeste à toute la terre.
IL Que ces caractères conviennent manifestement au ministre Jurieu. — Ne vous fâchez pas , mes
l.Til., m. II. —2. /. Tim., 1. 7. — 3. II Tim., lu. 9.
PREMIER AVERTISSEMENT
frères , si j'entreprends de vous faire voir que ces caraolèrcs marqués jiar saint Paul, paraissent maiiifestenient au milieu de vous. Le seul <\m s'y fait enlendre depuis tant d'années, et à qui , par un si grand silence , tous les autres seral.ilent laisser la défense de votre cause , c'est le ministre Jurieu , qui , outre qu'il est revêtu de toutes les qualités qui donnent de l'autorité dans un parti, ministre, professeur en théologie, écrivain fameux parmi les siens, qui seul , par ses prétendues Lettres pastorales , exerce la fonction de pasteur dans un troupeau dispersé; ajoute à tous ces titres celui de prophète, par la témérité de ses prédictions : mais en même temps il n'avance que des erreurs manifestes; il favorise les sociniens; il autorise le fanatisme, il n'inspire que la révolte, sous prétexte de llalter la liberté; sa politique met la confusion dans tous les Etals : au reste, il n'y a personne contre qui il parle plus que contre lui-même, tant sa doctrine est insoutenable; et il vous pousse si loin, qu'il est temps enfin d'en revenir.
Cinq ou six avertissements semblables à celui-ci le convaincront de tous ces excès. Vous lui allez voir aujourd'hui déchirer les siècles les plus purs , llétrir le christianisme dès son origine, soutenir les sociniens, montrer le salut dans leur communion; et pour défendre la Réforme contre les variations dont on l'accuse, elTaccr toute la gloire de l'Eglise et de la doctrine chrétienne.
III. Le ministre entreprend de soutenir que l'Eglise daiis ses plus beaux siècles a toujours varié dans sa foi. — J'avais donné pour fondement à V Histoire des Variations, que varier dans l'Exposition de la foi , était une marque de fausseté et d'inconséquence dans la doctrine exposée' ; que l'Eglise n'avait aussi jamais varié dans ses décisions : et (ju'au contraire, les protestants n'avaient cessé de le faire dans leurs actes, qu'ils appellent symboliques, c'est-à-dire dans leurs propres Confessions de foi, et dans les décrets les plus authentiques de leur religion-. Sans qu'il soit besoin de défendre ce que j'avance sur le sujet des protestants, il faut bien que ces messieurs se sentent coupables des variations dont je les accuse; autrement il n'y aurait eu qu'à convenir avec nous de la maxime générale, et se défendre sur l'application qu'on en fait à la doctrine protestante. Mais, mes frères, ce n'est pas ainsi qu'on procède. Ce que votre ministre trouve insupportable', c'est que j'ai osé avancer que la foi no varie pas dans la vraie Eglise , et que la vérité venue de Dieu a d'abord sa perfection" . Ce ministre fait l'étonné, comme si j'avais inventé quelque nouveau jirodige, et non pas répété lidèlement ce (|u'ont dit nos Pères, que la doctrine catholique est celle qui est toujours, et partout : Quod ubique , quod scmper : c'est ce que disait le docte Vincent de Lêrins^, une des lumières du quatrième siècle; c'est ce <|u'il avait posé pour fondement de ce célè- Jjre avertissement , où il donne le vrai caractère de l'hérésie, et un moyen général pour distinguer la saine doctrine d'avec la mauvaise. Les orthodoxes avaient , comme lui , toujours raisonné sur ce beau principe ; les hérétiques mômes n'avaient jamais
1. Préf. des Var., n. 2 el suiv. — a. Idem, n. 8. — 3. Lettre VI, i. an., p. 12. — 4. Préf. des Var., n. S. — 5. Vinc. Lirin.,
Co'rimontt. I. inît.
osé le rejeter ouvertement, et l'obscurcissaient plutôt (pi'ils ne le niaient ; mais lorsque je l'avance , M. Jurieu ne peut le soulfrir. « Je suis, dit-il', » tenté de croire que M. Rossuet n'a jamais jeté les » yeux sur les quatre premiers siècles : » ce sont donc les quatre premiers siècles, c'est-à-dire le plus beau temps du christianisme, dont il entreprend de montrer que la doctrine est incertaine et variable. « Comment, poursuit-il, se pourrait-il » faire qu'un homme savant pût donner une marque » d'une si profonde ignorance? » Je ne suis pas seulement dans une ignorance grossière , ma témérité, dit-il-, tient du prodige; elle va même jusqu'à l'impiété. « On ne sait, dit-il , si l'on dispute avec » un chrétien ou avec un païen : car c'est ainsi pré- » cisément que pourrait raisonner le plus grand » ennemi du christianisme : » et il m'accuse d'avoir livré la religion chrétienne, pieds et poings liés, aux infidèles^, parce que j'ai osé dire , « que la vé- » rite venue de Dieu a eu d'abord sa perfection, » c'est-à-dire qu'elle a été très-bien connue et très- » heureusement expliquée d'abord. C'est le contraire » de cela, continuc-t-iP, qui est précisément vrai : » et pour le nier, il faut avoir un front d'airain, ou » être d'une ignorance crasse et surprenante. » Ainsi, pour bien parler de la vérité , au gré de votre ministre, il faut dire « qu'elle n'a pas été bien connue » d'abord, ni heureusement expliquée. La vérité » de Dieu, poursuit-il, n'a été connue que par par- » celles : » la doctrine chrétienne a été composée par pièces ; elle a eu tous les changements , et le plus essentiel de tous les défauts des sectes humaines ; et lui donner, comme j'ai fait, ce beau caractère de divinité , d'avoir eu d'abord sa perfection , ainsi qu'il appartenait à un ouvrage parti d'une main divine , non-seulement ce n'est pas la bien connaître, mais encore c'est un prodige de témérité, une erreur et une ignorance jusqu'au dernier excès, et une impiété manifeste.
IV. Ce ministre ne se souvient plus d'un passage de Vincent de Lérins qu'il avait produit ailleurs. — Mais, mes frères, prenez-y garde : ces étonnements alfectés de votre minisire, ces airs de confiance qu'il se donne, et les injures cpi'il dit à ses adversaires, comme s'ils n'avaient, ni foi, ni raison, ni même le sens commun , sont des artifices pour vous éblouir, ou pour cacher sa faiblesse : on en a ici une preuve bien convaincante. Ce ministre, qui fait l'étonné lorsqu'on lui dit que la foi ne varie jamais, et, comme un ouvrage divin, qu'elle a eu d'abord sa perfection, ne peut ignorer que ce ne soit la doctrine commune des catholiques ; et pour venir aux anciens , dont on pourrait ])roduire une inlinité de passages, il ne peut du moins ignorer cet endroit célèbre de Vincent de Lérins'\ où il dit que « l'Eglise de Jésus-Christ, soigneuse gardienne » des dogmes qui lui ont été donnés en dépôt, n'y » change jamais rien : elle ne diminue point; elle » n'ajoute point; elle ne retranche point les choses » nécessaires; elle n'ajoute point les superilues. » Tout son travail, continue ce Père, est de polir » les choses qui lui ont été anciennement données, » de conlirmer celles qui ont été sunisamment cxpli- » quées, de garder celles qui ont été conlirmées et
1. Lelt. VI, p. 42, col. S. —2. Idem, p. 42, col. i. — 3. Ibid col. 2, — 4. Ibid., p. 43. —5. Vinc. Lirin., Corn, i
LE CHRISTIANISME FLÉTRI: LE SOCINIANISME AUTORISÉ
» définies, de consigner à la postérité par l'Ecri- •> lurc, ce qu'elle avait reçu de ses ancêtres par la 1) seule Tradition. » M. Jurieu reconnaît ce passage, qu'il cite lui-même avec honneur dans son livre de l'Unité'. J'aurais peut-être pu le mieux traduire; mais j'aime mieux le réciter simplement, comme il l'a lui-même traduit. « Cela est précis , dit ce » ministre ; et rien ne le peut être davantage : l'E- » glise n'ajoute rien de nouveau; elle ne fait donc » pas de nouveaux articles de foi. » Je l'avoue, cela est précis; mais contre lui. Les conciles confirment, dit-il après Vincent de Lérins, ce qui a toujours été enseigné. Il n'y a rien de plus précis pour démontrer que l'Eglise ne varie jamais dans sa doctrine. M. Jurieu n'était pas d'humeur à contester alors cette vérité, puisqu'il ne trouve rien à redire dans ce beau passage de \'incent de Lérins , et qu'au contraire il s'en sert pour confirmer sa doctrine.
V. Que ma proposition, que le ministre trouve si nouvelle, est précisément celle que Vincent de Lérins a enseignée. — Mais ce n'est pas assez à ce Père d'établir la même vérité que j'ai posée pour fondement ; il l'établit par le même principe, qui est que la vérité venue de Dieu , a d'abord sa perfection, comme un ouvrage divin : « Je ne puis » assez m'étonner, dit-il-, comment il y a des » hommes si emportés , si aveugles, si impies et si » portés à l'erreur, que non contents de la règle de la » foi, une fois donnée aux fidèles, et reçue de toute » antiquité, ils cherchent tous les jours des nou- » veautés , et veulent toujours ajouter, changer, » oter quelque chose à la religion; comme si ce n'é- » tait pas un dogme céleste , qui , révélé , une fois, » NOUS suffit; mais une institution humaine qui ne » puisse être amenée à sa perfection qu'en la réfor- » niant; où , à dire le vrai, en y remarquant tous » les jours quelque défaut. » Voilà dans Vincent de Lérins un étonnement bien contraire à celui de M. Jurieu. Ce saint docteur s'étonne qu'on puisse penser à varier dans la foi : le ministre s'étonne qu'on puisse dire que la foi ne varie jamais. Le saint docteur traite d'aveugles et d'impies ceux qui ne veulent pas reconnaître que la religion soit une chose où l'on ne peut jamais ôter, ni ajouter, ni changer, en quelque temps que ce soit : le ministre impute, au contraire, à aveuglement et à impiété de n'y vouloir point connaître de changement, ni de progrès. Mais afin de mieux comprendre la pensée de Vincent de Lérins, il faut encore entendre ses preuves. Pour combattre toute innovation , ou variation qui pourrait arriver dans la foi, il dit « que les oracles divins ne cessent de crier : Ne » remuez point les bornes posées par les anciens^ ; » et , iVe vous mêlez point de juger par-dessus le njuge*; » c'est-à-dire, visiblement, par-dessus l'Eglise : et il soutient cette vérité par cette sentence apostolique, « qui, dit-lF, à la manière d'un » glaive spirituel , tranche tout-à-coup toutes les » criminelles nouveautés des hérésies. 0 Timothée, » gardez le dépôts ; c'est-à-dire, comme il l'expli- » que, non ce que vous avez découvert, mais ce qui » vous a été confié; ce que vous avez reçu par » d'autres , et non pas ce qu'il vous a fallu inventer
1. Tr. VII, ch. i, p. 626. — 2. Vinc. Lir.. Coni. i. — 3. Proi\, XXII. 2S. — 4. Eccli., wm. 17. — 5. Vinc. Lir,, Com., — 6. /. Tim., VI. 20.
» vous-même; une chose qui ne dépend pas de » l'esprit, mais qu'on apprend de ceux qui nous i> ont devancés; qu'il n'est pas permis d'établir par » une entreprise particulière, mais qu'on doit avoir » reçue de main en main par une tradition publi- ■1 que; où vous devez être, non point auteur, mais » simple gardien; non point instituteur, mais sec- » tateur de ceux qui vous ont précédés; c'est-à-dire, » non pas un homme qui mène , mais un homme ') qui ne fait que suivre les guides qu'il a devant » lui, et aller par le chemin battu. » Selon la doctrine de ce Père, il n'y a jamais rien à chercher ni à trouver en ce qui concerne la religion : non-seulement elle a été bien enseignée par les apôtres, mais encore elle a été bien retenue par ceux qui les ont suivis: et la règle, pour ne se tromper jamais, c'est, en quelque temps que ce soit, de suivre ceux qu'on voit marcher devant soi. Voilà précisément ma proposition : il n'y a jamais rien à ajouter à la religion, parce que c'est un ouvrage divin, qui a d'abord sa perfection. Loin de s'étonner, avec M. Jurieu, de ce qu'on reconnaît cette perfection de la doctrine chrétienne dès les premiers temps ; ce grave auteur s'étonne de ce qu'on peut ne la pas reconnaître; et il n'y a rien, en elTet, de plus étonnant que de voir des chrétiens, qu'on veut vous donner pour réformés, qui sont encore à savoir cette vérité, et à qui leur plus célèbre ministre la donne comme un prodige inouï parmi les fidèles.
VI. Que les variations introduites par le ministre , regardent le fond de la croyance , même dans les dogmes priyicipaux : la Trinité informe seloji lui. — Mais peut-être que ce qui manque, selon ce ministre, à la religion chrétienne, dans ses plus beaux temps , et dès les premiers siècles du christianisme, ce n'est pas des dogmes, mais des manières de les expliquer, et des termes pour les faire entendre; en sorte que la difl'érence entre les Pères et nous, ne soit que dans les expressions; ou, si elle est dans les dogmes mômes , ce ne sera pas dans les dogmes les plus importants. C'est ce que M. Jurieu semblait d'abord avoir voulu dire, car il n'osait déclarer tout ce qu'il avait dans le cœur; mais il a bien vu que s'en tenir là, ce ne serait pas se tirer d'afl'aire sur tant d'importantes variations dont les Eglises protestantes sont convaincues : c'est pourquoi il est contraint d'aller plus avant. Premièrement, pour les termes, il s'en l'ait luimême l'objection par ces paroles ' : « On dira que » toutes ces variations n'étaient que dans les termes, » et que dans le fond l'Eglise a toujours cru la » même chose : » mais il rejette bien loin cette réponse : « Il n'est pas vrai, poursuit-il, que ces » variations ne fussent que dans les termes ; car les » manières dont nous avons vu que les anciens ont » exprimé la génération du Fils do Dieu, et son » inégalité avec son Père, donnent des idées très- » fausses et très-ditïérentes des noires. » Il ne s'agit donc pas de termes, mais de choses; ni de manières d'expliquer, mais du fond; ni dans une matière peu importante, mais dans la plus essentielle, puisque c'est V inégalité du Père et du Fils , sur laquelle les anciens avaient des idées si fausses et si différentes des nôtres. C'est , en effet , par ce grand mystère, par le mystère de la Trinité, que