‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 440 sur 545 · Lett. VI, p · texte numérisé non relu

Lett. VI, p

PUEMIKI! AVEUÏISSKMENT.

le ministre commence à vous montrer les variations de l'Eglise. « Ce mystère, vous tlit-il', est de la » dernière importance, et est essentiel au cliristia- » nisme ; cependant, continue ce hardi docteur, j) chacun sait cyniliien ce mystère demeura informe » jusqu'au iircmier concile de Nicée , et même jus- » qu'à celui de Constanlinople. » Le mystère de la Trinité informel Ue& frères, je vous le demande, eussiez-vous cru devoir entendre cette parole d'une autre bouche que de celle d'un socinien? Si dès le commencement on a adoré distinctement un seul Dieu en- trois personnes égales et coéternelles, le mystère de la Trinité n'était pas informe : or, selon votre ministre, il était informe, non-seulement jusqu'à l'an 325, où se tint le concile de Nicée, mais encore cinquante ans après , et jusqu'au premier concile de Gonslanlinople , qui se tint en l'an 381. Donc les premiers chrétiens, dans la plus grande ferveur de la religion , et lorsque l'Eglise enfantait tant de martyrs, n'adoraient pas distinctement un seul Dieu en trois personnes égales et coéternelles : saint Athanase lui-même, et les Pères de Nicée n'entendaient pas bien cette adoration ; le concile de Constantinople a donné la forme au culte des chrétiens : jusqu'à la lin du quatrième siècle , le christianisme n'était pas formé , puisque le mystère de la Trinité, si essentiel au christianisme, ne l'était pas : les chrétiens versaient leur sang pour une religion encore informe, et ne savaient s'ils adoraient trois dieux ou un seul Dieu.

■VU. Selon M. Jurieu, les premiers chrétiens ne croyaient pas que la personne du Fils de Dieu et toute la Trinité fût éternelle. — Pour prouver ce qu'il avance, le ministre fait enseigner aux Pères des premiers siècles, « que le Verbe n'est pas n éternel en tant que Fils; qu'il était seulement » caché dans le sein de son Père, comme sapience, » et qu'il fut comme produit , et devint une per- » SONNE DISTINCTE de celle du Père, peu devant la » création, et qu'ainsi la trinité des personnes ne » COMMENÇA qu'un peu avant le inonde^. » Il n'y a personne qui n'ait ouï parler de l'hérésie des sabelliens, qui ne faisaient du Père et du Fils qu'une seule et môme personne, et qui par là anéantissaient jusqu'au l)aplônie; on sait combien cette hérésie fut détestée : mais elle était véritable jusqu'au moment que le monde fut créé. « Telle était, du » moins, selon M. Jurieu', la théologie des anciens, » celle de l'Eglise des trois premiers siècles sur la » Trinité , celle d'Athénagoras , contemporain do » Justin, martyr, qui écrivait quarante ans après » la mort des derniers apôtres, celle de Tatien, dis- » ciple de Justin , martyr; et il est clair (|ue le dis- » ciple avait ap[)ris cela de son maître; » c'était la foi des martyrs , et c'était en cette foi qu'ils versaient leur sang.

\'1I1. Aneuf/leinent du ministre, qui décide que celte erreur, qu'il attribue aux anciens, n'est pas fondamentale. — C'est aussi en conséquence de cet aveu que le ministre est contraint de dire qu'une si insigne variation dans la doctrine de l'Eglise , n'est pas essentielle, ni fondamentale ''. Ce n'est pas une erreur fondamentale de dire que le Fils de Dieu n'est pas de toute éternité une personne dis-

1. Letl. VI. p. -15, col. 2. — 2. Idem, p. il. — 3. lOid., p. 43, 44. — 4. Ibid., p. 44, c. 2.

lincle de celle du Père, et que cette distinclion de personne entre le Père et le Fils, et enlin, pour trancher plus net, la trinité des personnes, nonseulement a commencé, mais encore n'a commencé qu'un peu avant la création du monde; en sorte (|ue l'univers est presque aussi ancien que la Trinité qui l'a fait, et que ce qui est adoré comme Dieu par les chrétiens, est nouveau.

Je n'ai pas besoin de remarquer ici l'avantage que celle doctrine donne aux ariens et aux sociniens ; le ministre Fabien senti , mais il s'en sauve d'une étrange sorte : « C'est, dit-il, que les ariens » faisaient le Fils produit du néant, sans rien re- » connaître d'éternel en lui, ni l'essence, ni la » personne; » et les anciens le faisaient produit de la substance du Père, et de môme substance avec lui : « seulement, poursuit le ministre, ils vou- » laient que la génération de la personne se fut » faite AU COMMENCEMENT du monde; » et ce monstre de doctrine, selon lui, n'a rien qui combatte l'essence du christianisme , ce n'est pas là variation essentielle et fondamentale. On peut être un vrai chrétien, et dire qu'une personne divine, et en un mol, ce qui est Dieu , et vrai Dieu , autant que le Père, a commencé.

IX. Selon M. Jurieu , les premiers chrétiens ne croyaient pas que Dieu fût immuable. — Mais la cause qu'il attribue à celle erreur des anciens, est pire que leur erreur même; car leur erreur, poursuit le ministre', « venait en partie d'une méchante » philosophie, parce qu'ils n'avaient pas une juste )i idée de l'immutabilité de Dieu. » En etTet, puisqu'il survenait à Dieu quelque chose, et encore quelque chose de substantiel, une nouvelle génération et une nouvelle personne qui n'y avait point été de toute éternité, la substance de Dieu se changeait et s'altérait avec le temps. Aînsi ce qu'on croit Dieu est nouveau, et ne prévient la créature que de quelques heures : ce qui n'est pas seulement, comme l'avoue le ministre, 7i avoir pas une juste idée de l'immutabilité de Dieu, mais la détruire en termes formels : de sorte que tout le secours que donne votre ministre aux chrétiens des trois premiers siècles, pour les distinguer des ariens, c'est de les faire plus impies; puisque c'est une impiété beaucoup plus grande d'ôter à Dieu l'immutabilité de son cire, qui était connue même des philosophes , que de lui ôter seulement avec les ariens la personne de son lils, bien moins nécessaire à connaître la perfection de son être , que son immutabilité, sans quoi on ne peut pas même le concevoir comme Dieu.

L'eussiez-vous cru, mes chers frères, qu'on dût jamais vous débiter cette doctrine dans des lettres qu'on ose nommer Lettres pastorales? Est-ce un pasteur qui écrit ces choses, ou bien un loup ravissant, qui vient ravager le troupeau? N'csI-il pas temps de vous réveiller, lorsque celui qui fait parmi vous le docteur et le prophète , et à qui vous avez remis la défense de votre cause, en vient à cet excès d'égarement, de ne distinguer les chrétiens des trois premiers siècles, et les martyrs mômes d'avec les ariens, qu'en les faisant plus impies, (lu'en leur faisant rejeter non-seulement le dogme le plus essentiel du christianisme , qui est l'éternité

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