Tlieol. dogm.. t. ii, Prœf., c
rm
PREMIER AVERTISSEMENT
concile a atlrnirôes; c'est ce que fail ce concile mi-iiio; el il n'approuve la Lettre de saint Léon qu'k cause qu'elle est conforme il saint Atluuiase, à saint Ililaire, à saint Basile, à saint (;rét;:oirc de Nazianze , à saint Arabroise, à saint C.hrysostonie, ii saint Augustin, à saint Cyrille, et aux autres que saint L6on avait cités'.
Mais peut-être qu'on crut ajouter la perfection (jui manquait au.K décisions des conciles précédents"? Point du tout : car on commence par les rapporter au long et à les poser pour fondement; puis le saint concile parle ainsi : « Cette sainte » assemblée suit el embrasse la règle de la foi éta- » blie à Nicée, celle qui a été conlirmée à Constan- » tinoplc, celle qui a été posée à Ephèse, celle que » suit saint Léon , homme apostolique et Pape de » l'Eglise universelle, et n'y veut ni ajouter ni » diminuer^. » La foi était donc parfaite; et si l'on se lut avisé de dire à ces Pères, comme fait aujourd'hui votre ministre, qu'avant leur décision elle était informe, ils se seraient récriés contre cette parole téméraire, comme contre un blasphème. C'est pourquoi ils commencent ainsi leur délinition de foi : « Nous renouvelons la foi infaillible de nos » Pères qui se sont assemblés à Nicée, à Constan- » linople, à Ephèse, sous Céleslin et Cyrille^. » Pourquoi donc font-ils eux-mêmes une nouvelle délinition de foi? Est-ce que celle des conciles précédents n'était pas suffisante? Au contraire, « elle » sufTisail, continuent-ils, pour une pleine déclara- » tion de la vérité. Car on y montre la perfection » de la Trinité et de l'Incarnation du Fils de Dieu. » Mais parce que les ennemis de la vérité, en dé- » bilant leurs hérésies, ont inventé de nouvelles » expressions; les uns en niant que la sainte Vierge » fût Mère de Dieu , et les autres en introduisant » une prodigieuse confusion dans les deux natures » de Jésus-Christ : ce saint et grand concile ensei- » gnant que la prédication de la foi est dès le com- » mencement toujours i.mmu.\ble, a ordonné que la » foi des Pères demeurerait ferme , et qu'il n'y a » rien a y ajouter, comme s'il y manquait quelque » chose. » Ainsi la délinition de ce concile n'a rien de nouveau , qu'une nouvelle déclaration de la foi des Pères et des conciles précédents , appliquée à de nouvelles hérésies.
XXX. Suite de la preuve, en remontant du concile de Chalce'doine aux conciles précédents , et jusqu'à l'origine du christianisme. — Passage de saint Athanase. — Ce (|u'on lit alors à Chalcédoine, on l'avait fail à Ephèse. On commença par y faire voir contre Nestorius, que saint Pierre d'Alexandrie, saint Athanase, le pape saint .Jules, le jiape saint Félix et les autres Pères avaient reconnu Jésus- Christ comme Dieu et homme loul ensemble, et par conséquent sa sainte Mère comme étant vraiment Mère de Dieu''; en sorte que saint Grégoire de Nazianze n'hésitait pas à anatliématiser ceux qui le niaient^ : on renouvela la foi de Nicée, comme pleinement suffisante pour expliquer le mystère, et on montra que les saints Pères l'avaient entendu comme on faisait à Ephèse; on décida sur ce fondement que saint Cyrille « était défenseur de l'an-
l.Conc. Chili.. Acl. 2. La',h.,i. iv,col. 32j el scq —2. \rl. 4. lol. idù et seq. — 3. i).-Aii. Chulced., Acl. 5, col. 3B1. — 4. Conc. Eph., acl. I. Lahb., t. m , col. DIS. — 5. Ch-eg. tfaz., Epist. ad Cledon. i, p. 738.
» cicnne foi, et que Nestorius était un novaleur qui » devait être chassé do l'Eglise. Nous délestons, » disait-on, son impiété : tout l'univers l'analhé- » nuUisu : que celui (|ui ne l'analhématise jias, soil » analhème'. »
On vous dira qu'on n'entend parler que des Pères et des conciles, et que c'est trop négliger l'Ecriture sainte. Détrompez-vous de celle erreur : loin de négliger par-là l'Ecrilure, c'est le moyen qu'on prenait pour en fixer l'interprétation, et ne varier jamais : on ne trouvait point de plus sûre interprétation, que celle qui avait toujours été publique et solennelle dans l'Eglise. Ainsi on faisait gloire à Clialcédoine d'entendre l'Ecriture sainte , comme on avait fait à Ephèse , et à Ephèse comme on avait fait à Constantinople et à Nicée. Mais est-il vrai qu'à Nicée la foi de la Trinité fut encore informe, et qu'elle ne l'ut formée qu'à Constantinople, où l'on dérinit la divinité du Saint-Esprit 'Ml est vrai qu'on ne déllnit expressément à Nicée que ce qui était expressément révoqué en doute, qui élait la divinité du Fils de Dieu : car l'Eglise, toujours ferme dans sa foi , ne se presse pas dans ses décisions; et sans vouloir émouvoir de nouvelles difTicultés, elle ne les résout par décrets exprès, qu'à mesure qu'on les lui fait : de sorte qu'on ne prononça aucun décret particulier sur la divinité du Saint-Esprit, dont on ne disputait pas encore alors. Cependant , comme dit très-bien le concile de Chalcédoine^, « LA FOI de la Trinité était parfaite; » puisqu'après avoir déclaré qu'on croyait au Père 1) et au Fils, comme son égal; lorsqu'on disait » avec 1;^ même force et la même simplicité : Je » crois au Saint-Esprit; on nous apprenait suffi- » sarament à y mettre noire confiance, comme on » la met en Dieu : mais parce que dans la suite on » fit à l'Eglise une nouvelle querelle sur le Saint- » Esprit, il en fallut déclarer plus expressément » la divinité dans le concile de Constantinople; » non que la foi de Nicée lut informe el insuffisante : à Dieu ne plaise; mais afin de fermer la bouche plus expressément aux esprits contentieux.
En effet , il est bien certain que saint Athanase, qui était l'oracle de l'Eglise, avait parlé aussi pleinement de la divinité du Saint-Esprit, qu'on lit depuis à Constantinople; et il fail voir clairement dans sa Lettre, où il expose la foi à l'empereur Jovien , que les Pères de Nicée en avaient parlé de môme-'. Aussi les Pères de Constantinople firent profession de n'exposer que la foi ancienne, dans laquelle tous les fidèles avaient été baptisés*. Par ce moyen, on n'innovait rien à Constantinople : J mais on n'avait pas plus innové à Nicée. Saint Allia- ^ nase a fait voir aux ariens que la foi de ce saint concile était celle dans laquelle les martyrs araient versé leur sang''. Ce grand homme avait vu la per- J séculion ; il en restait dans l'Eglise un grand nom- 1 brc de saints confesseurs avec qui il conversait Ions les jours, et personne n'ignorait la foi des martyrs. 11 démontre, dans un autre endroit, que la foi de la divinité de Jésus-Christ avait passé de père en
I. Conc. Eph., acl. i, col. 501. — 2. Alloc. ad Marc. Imp. Conc. Clmlc. p. 3; Labb., t. iv,col. Sil. — 3. Ath. fxpos. /id., to,n. i,p. 100. Episl. Ciitli. Oral, i et seq. conl. Arian. passim. Ep. I. ad Serap. de Spir. S , l. l, part. Il, pag. 518 el seq. Idem, p. ITi. Ep. adAnlioc/i. Ep. ad Serap. 3, 4. Ilnd., p. ô'Jl et seq. — 4. Conc. Constant. Labb., t. iv et v. — 5. Ep. a'i. Jov, imp., t. i,])arl. II, p. 7S0.
LE CHRISTIANISME FLÉTRI; LE SOCINIANISME AUTORISÉ
père jusqu'à nous'. Il prouve qu'Origène même, que les ariens vantaient le plus comme un des leurs , avait très-bien expliqué la saine doctrine sur l'éternité et la consubstantialité du Fils de Dieu-, C'est cette foi , dit-il^, qui a été de tout temps; et c'est pourquoi, continue-t-il, « toutes les Eglises » la suivent (en commençant par les plus éloi- » gnées) , celles d'Espagne , de la Grande-Breta- » gne , de la Gaule, de l'Italie, de la Dalmatie, » Dacie , Mysie , Macédoine , celles de toute la » Grèce , de toute l'Afrique , les iles de Sardaigne , » de Chypre, de Crète, la Pamphylie, la Lycie, » l'Isaurie, l'Egypte, la Lybie , le Pont , la Cappa- » doce : les Eglises voisines ont la même foi , et » toutes celles d'Orient , à la réserve d'un très-petit » nombre : les peuples les plus éloignés pensent de » même; » et cela, c'était à dire, non-seulement tout l'Empire romain, mais encore tout l'univers. Voilà l'état où était l'Eglise sous l'empereur Jovien, un peu après la mort de Constance; afin qu'on ne s'imagine pas que ce dernier prince, pour avoir été défenseur des ariens , ait pu réduire l'Eglise à un petit nombre par ses persécutions; au contraire, poursuit saint Athanase , « tout l'univers embrasse » la foi catholique , et il n'y a qu'un très-petit » nombre qui la combattent. » C'est ainsi que l'ancienne foi et la foi des Pères s'était non-seulement conservée, mais encore répandue partout. Pour vous, disait-il, o ariens, « quels Pères nous nom- » merez-vous ? » Il met en fait « qu'ils n'en peuvent » produire aucun , ni nommer pour leur doctrine » aucun homme sage , ni d'autres prédécesseurs » que les Juifs et Caïphe''. » Voilà comme parlait saint Athanase au commencement du quatrième siècle, dans le temps que la mémoire des trois premiers siècles était récente, et qu'on en avait tant d'écrits que nous n'avons plus. Après que les ariens ont été condamnés par toute la terre , et que le fait de leur nouveauté, objecté en face à ces hérétiques par saint Athanase, a passé pour constant; nous serions trop incrédules et trop malheureux, si nous avions encore besoin qu'on nous le prouvât, ou qu'il fallût renouveler le procès avec M. Jurieu , et mettre en compromis la foi des premiers siècles sur l'éternité du Fils de Dieu.
Mais ce fait de la nouveauté des ariens étant avéré, le même saint Athanase en conclut, dans un autre endroit^ « que leur doctrine n'étant point » venue des Pères, et au contraire, qu'ayant été » inventée depuis peu, on ne les pouvait ranger )) qu'au nombre de ceux dont saint Paul avait pré- » dit qu'it viendrait dans les derniers temps quel- « ques gens qui abandonneraient la foi, en s'alla- » chant à des esprits d'erreur*^ : » remarquez ces mots , quelques gens, et ces mots, abandonneraient la foi, et ces mots, dans les derniers temps. Les hérétiques sont toujours des gens qui abandonnent la foi ; je dis même leur propre foi , comme remarque ici saint Athanase, depuis qu'ils se séparent de leurs maîtres et de la foi qu'ils en avaient euxmêmes reçue ; des gens qui par conséquent trouvent établi ce qu'ils quittent et ce qu'ils attaquent ; qui sont donc, non pas le tout qui demeure , mais
1. De Dec. /!d. lYic, t. i.p. 208. — 2. IiUm, n 27. — 3. Epist. nd Jov. sup. — 4. De Dec. Ific. fid., Ibid., n. 27, p. 233. — 5. Oyat. 2 iiiArian. nuncOrat, l, n. 8, tom. t,p. 412. — 6. / Tiin., IV, I.
B. — T,. III
quelques-uns qui innovent et qui se détachent , qui viennent aussi dans les derniers temps , après tous les autres, dans les temps postérieurs, èv toîç uœtépoiç xaipotç, et qui n'ont pas été dès le commencement. Il n'en faut pas davantage pour les convaincre. Pour convaincre les ariens avec toutes les autres sectes, qui voulaient gagner Théodose le Grand, un saint évèque conseilla à cet empereur de leur demander s'ils s'en voulaient rapporter aux anciens Pères' : ce qu'ils refusèrent tous , tant ils étaient assurés d'y trouver leur condamnation ; et dès qu'Arius parut, Alexandre d'Alexandrie, son évèque, lui reprocha la nouveauté de sa doctrine et le chassa de l'Eglise comme un inventeur de fables impertinentes; reconnaissant hautement « qu'il n'y » avait qu'une seule Eglise catholique et apostoli- » que , que tout le monde ensemble n'était pas ca- " pable de vaincre, quand il se réunirait pour la » combattre^. »
XXXI. Manière abrégée et de fait, pratiquée dans les conciles pour prouver la nouveauté des hérétiques. — C'était donc, sans aller plus loin , et sans qu'il fût nécessaire de remuer tant de livres , une preuve, courte et convaincante de la nouveauté des hérétiques; c'en était, dis-je, une preuve, que lorsqu'ils venaient , tout le monde se récriait contre leur doctrine, comme on fait des choses inouïes. Pourquoi venez-vous nous inquiéter? leur disait-on, avant vous on ne parlait point de votre doctrine , et vous-mêmes vous avez cru comme nous. On disait aux eutychiens : « Vous avez rompu avec tous les » évêques du monde , avec nos Pères et avec tout » l'univers' : » que ne gardiez-vous la foi que vous aviez vous-mêmes reçue avec nous ? Pour nous , nous ne changeons pas : « nous conservons la foi, » dans laquelle nous avons été baptisés, et nous y » voulons mourir comme nous y sommes nés : nous «baptisons en cette foi, disaient les évêques, » comme nous y avons été baptisés : c'est ce que » nous avons cru et ce que nous croyons encore. Le » pape Léon croit ainsi : Cyrille croyait de même : » c'est la foi qui ne change pas, et qui demeure 1) TOUJOURS^. » Il n'y a donc point de variations : « tout le monde est orthodoxe : qui sont ceux qui » contredisent^'? » A peine paraissent-ils dans le grand nombre de catholiques.
On en disait autant à Ephèse aux nestoriens. Tout l'univers anathémalise l'impiété des nestoriens. « Quoi! préférera-t-on un seul évoque à six » mille évoques? » Et ailleurs, « ils ne sont que » trente qui s'opposent à tout l'univers^. » On en dit autant à Nicée contre Arius et les siens : à peine avaient-ils cinq ou six évêques; encore ce peu d'évêques avaient-ils cru autrefois comme les autres : aussi ne prenaient-ils point d'autre parti « que de » mépriser la simplicité de tous leurs collègues, et » de se vanter d'être les seuls sages , les seuls ca- » pables d'inventer de nouveaux dogmes' : » louanges que les orthodoxes ne leur enviaient pas.