‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 448 sur 545 · Lett. VI, p. 45; vu, p. 49. Ci-dessus, n · texte numérisé non relu

Lett. VI, p. 45; vu, p. 49. Ci-dessus, n

PREMIER AVERTISSEMENT

XXV. Les Pères calomnk's par M. Juricu, justifiés noti-seulemcni par les calhoUqucs , mais encore par les pruUslants : la calomnie du minisire contre Al)H'iia(j07'as. — Mais après loul , que vous dit-on pour vous prouver les variations qu'on attribue aux anÈiens? Pour vous faire croire, par exemple, que les anciens admettaient en Dieu du changement, on vous produit Atliénagoras : mais cet auteur, dans le propre endroit qu'on vous allègue', répète trois et quatre fois que Dieu est non-seulement un être immense, éternel, incorporel, qui ne peut être entendu que par l'esprit et par la pensée; mais encore ce qui est précisément ce qu'on nous conteste, indicisible, immuable; ou qu'on me montre ce que veut dire ce mot aTtaQïjç, si ce n'est inaltérable, inuiiuable, imperturbable, incapable de rien recevoir de nouveau en lui-même, ni d'être jamais autre chose que ce qu'il a été une fois. Voilà, ce me semble, assez clairement, l'immulabilité de l'Etre divin , et en passant son immense perfection, que votre ministre ne veut pas qu'on ait connue distinctement en ces temps-là. Il ne me serait pas plus difficile de défendre les autres Pères d'une si grossière erreur; et si je parle d'Athénagoras à votre ministre, c'est à cause que c'est le premier qu'il a cité, et le premier de ces saints auteurs qui m'est tombé sous la main : mais à Dieu ne plaise, mes frères , que j'aie à défendre la doctrine des premiers siècles contre vous, sur l'éternelle génération du Fils de Dieu.

Si votre ministre en doute, et qu'il ne veuille pas lire les doctes traités d'un Père Thomassin-, qui explique si profondément les anciennes traditions, ou la savante Préface d'un père Pétau^, qui est le dénouement do toute sa doctrine sur cette matière; je le renvoie à BuUus^, ce savant protestant anglais , dans le Traité où il a si bien défendu les Pères qui ont précédé le concile de Nicée. Vous devez, ou renoncer, ce qu'à Dieu ne plaise, à la foi de la sainte Trinité , ou présupposer avec moi que cet auteur a raison. L'antiquité n'a pas moins connu les autres points; et sans m'arrêter ici à vous nommer tous les Pères, le seul saint Gyprien sufïirait pour confondre M. Jurieu. .Te le délie de nie faire voir dans ce grave auteur la moindre teinture des erreurs dont il accuse les trois premiers siècles : au contraire, il serait aisé de lui faire voir toutes ces erreurs condamnées dans ses écrits, si c'en était ici le lieu; et vous pouvez en faire l'essai dans un des passages que votre ministre produit.

XXVI. Calomnie de M. Jurieu contre saint Cyprien. — Pour vous montrer que saint Gyprien n'entendait pas la satisfaction de Jésus-Ghrist , il a l)roduit un jiassage', où il dit que « la rémission » des péchés se donne dans le baptême par le sang » de .lésus-Ghrist ; mais que les péchés qui suivent » le baptême sont elTacés par la pénitence et par " les bonnes œuvres". » Il voudrait vous faire croire (|uc la rémission des péchés, que saint Gyprien altriluie à la pénitence et aux bonnes ccuvres, est opposée à celle qu'il attribue au sang du Sauveur; mais c'est à quoi ce saint martyr ne songeait pas. Il ne fait que rapporter les passages de l'Ecri-

l,Athenag., Légat, pra Christ. Edit. Bened. inter Opéra Just., n. 8, p. ^5. — 2. Dogm. Theol. Thomass., tom. m. — a. Petail., Prccf.. t. II. Theot. dogm. — 4. Bull. Def. PP. — 5. Leit. vil, p. 50, c. 2. — G. Cypr., Tr. de Oper.et Kteemos.

ture , où la rémission des péchés est attribuée à l'aumône et aux bonnes œuvres. Si ces exjjressions emportaient l'exclusion du sang de Jésus-Ghrist , il faudrait donc faire le môme procès, non plus à saint Gyprien, mais à Salomon , qui a dit que le péché a été nettoyé par la foi et par l'aumône'; à l'Ecclésiastique, qui enseigne que comme l'eau éteint le feu ardent, ainsi l'aumône résiste aux péchés^; à Daniel qui a dit ; Rachetez vos péchés par vos aumônes^; au livre de Tobie, où il est écrit, que l'aumône délivre de la mort,, et qu'eiie lace les péchés''; à .Jésus-Ghrist même, qui dit : Faites l'aumône et tout est pur pour vous'^. Mais si dans ces passages célèbres, que saint Gyprien produit, et qu'il proiluit tous sous le nom d'Ecriture sainte, même ceux de l'Ecclésiastique et de Tobie, ne veulent pas dire que l'auraonc sauve indépendamment du sang de Jésus-Ghrist, pourquoi inqniter cette erreur à saint Gyprien, qui ne fait que les répéter? Si donc il attribue particulièrement à Jésus-Christ la rémission des péchés dans le baptême, c'est à cause qu'il y agit seul, et sans qu'il soit nécessaire d'y joindre nos bonnes œuvres , ou , comme parle saint Gyprien", nos satisfactio7is particulières, ainsi qu'il parait dans les enfants : mais au surplus quand il dit qu'ii faut satisfaire; qu'il faut MÉnrrER ia bienveillance de notre Juge , le fléchir par nos bonnes œuvres, et le faire notre débiteur, il n'entend pas pour cela que la rémission des péchés , et la grâce que nous acquérons par ce moyen , ne viennent pas de son sang; car au contraire, il reconnaît que lorsque ce juste Juge donnera à nos bonnes œuvres et A nos mérites les récompenses qu'il leur a promises , la vie éternelle que nous obtiendrons , nous sera donnée par son sang. Il faut, dit-il', SATISFAIRE à Dieu pour ses péchés : mais il faut aussi que la satisfaction soit reçue par Notre Seigneur. Il faut croire que tout ce qu'on fait n'a rien de parfait ni de suffisant en soi-même; puisqu'après tout, quoi que nous fassions, nous ne sommes que des serviteurs inutiles, et que nous n'avons pas môme à nous glorifier du peu que nous faisons; puisque, comme nous l'avons déjà rapporté, tout nous vient de Dieu par Jésus-Ghrist, en qui seul nous avons accès auprès du Père'.

Voilà les paroles de saint Gyprien; et vous voyez bien , mes chers frères , que sa doctrine est la notre. Nous distinguons avec lui la grâce pleinement donnée dans le baptême, d'avec celle qu'il faut oblenir par do pistes satisfactions, comme parle le môme Père", et néanmoins qu'il ne faut attendre, dit-il encore dans le même endroit, que de la divine miséricorde.

Votre ministre vous a donc fait voir que saint Gyprien ne connaissait pas, non plus que les autres Pères, la justillcalion protestante. Il a raison, et il vous confirme ce que j'ai fait ailleurs'", que votre justification, par pure imputation, est un mystère inconnu à toute l'anliriuité; comme nous avons démontré que les protestants, et Mélanchton même, le plus zélé défenseur de cette doctrine, en demeurent d'accord. Ainsi saint Gyprien n'avait garde de

1. Prov., IV. 27. — 2. EcclL, m. .'iS. — 3. Dan., iv. 24. — 4. ï'o'i., XII. U. — 5. Lue., xi. 41. — 6. Cypr., de Op. et Eleem., p. 237 et seq. — 7. Epist. 26. — 8. Testim, m. 4, p. 305; Testim. II. 27. p. 293 et 291. — 9. Epist., xi., p. 51. — 10. Var., liv. v, n. 29. 39.

LE CHRISTIANISME FLÉTRI; LE SOCINIANISME AUTORISÉ

parler en ce [joinl-là coaiiae vous faites; et tout ce qu'a gagné votre ministre en vous citant ce saint martyr, ça été de vous montrer la condamnation , non d'une vérité vraiment chrétienne , mais d'un article particulier de votre Réforme.

XXVII. Passage de saint Augustin , pour montrer que l'Eglise apprend de nouveaux dogmes : que ce passage est falsifié, et prouve tout le contraire. — Mais enlln, dircz-vous encore, il cite un passage exprès de saint Augustin , où ce sublime théologien reconnaît qu'en combattant les hérétiques, « l'Eglise apprend tous les jours de nouvelles vé- » rites; ce ne sont donc pas, conclut le ministre', n de nouvelles explications et de nouvelles manières » que les hérétiques donnent moyen à l'Eglise d'ap- » prendre , mais de nouvelles vérités. » Ce passage est concluant, direz-vous. Il est vrai : mais par malheur pour votre ministre, ces nouvelles vérités sont de son invention. Voici ce que dit saint Augustin dans le passage qu'il allègue : « Il y a, dit-il 2, plu- » sieurs choses qui appartiennent à la foi catholi- » que , lesquelles étant agitées par les hérétiques, » dans l'obligation où l'on est de les soutenir contre » eux, sont considérées plus soigneusement, plus » clairement entendues, plus vivement inculquées; » en sorte que la question émue par les ennemis de » fEglise, est une occasion d'apprendre. » Voilà tout ce que dit saint Augustin, sans y rien ajouter ni diminuer. Si j'avais eu à choisir dans tous ses ouvrages un passage exprès contre ce ministre , j'aurais préféré celui-ci à tous les autres; puisqu'il est clair, selon les paroles de ce saint docteur, qu'apprendre , dans cet endroit, n'est pas découvrir de nouvelles vérités , comme le ministre l'ajoute du sien; mais se confirmer dans celles qu'on sait, s'y rendre plus attentif, les mettre dans un plus grand jour, les défendre avec plus de force ; ce qui présuppose manifestement ces vérités déjà reconnues. Après cela, flez-vous à votre ministre, quand il vous cite des passages. Non, mes frères, il ne les lit pas, ou il ne les lit qu'en courant : il y cherche des dilTicultés et non pas des solutions; de quoi embrouiller les esprits et non de quoi les instruire; et il n'épargne rien pour vous surprendre.

XXVIII. Qu'un passage du Père Pétau , produit par M. Jurieu, dit encore tout le contraire de ce que prétend ce ministre. — Gomme quand pour vous faire accroire, que la théologie des Pères était imparfaite sur le mystère de la Trinité, il fait dire au Père Pétau en propres termes, qu'ils ne 7ious en ont donné que les premiers linéaments^. Mais ce savant auteur dit le contraire à l'endroit que le ministre produit, qui est la préface du tome II des Dogmes théologiques : car il entreprend d'y prouver que la doctrine catholique a toujours été constante sur ce sujet; et dès le premier chapitre de celte préface, il démontre que le principal et la substance du mystère a toujours été bien connu par la Tradition; que les Pères des premiers siècles conviennent avec nous dans le fond, dans la substance , dans la chose même, quoique non toujours dans la manière de parler'' : ce qu'il continue à prouver au second chapitre, par le témoignage de

1. Le«. VI, p. 43, c. i. —i. Aug., de Civ. Dei.lib. xvi.cap. l'. n. 1 , lom. vit, col. 415. — 3. Lell. vi, p. 45. — 4. Ttieol. <iojin., t. H, Prœf., c. i, n. 10, 12.

saint Ignace, de saint Polycarpe, et de tous les anciens docteurs ; enlin dans le troisième chapitre, qui est celui que le ministre nous objecte en parlant de saint Justin, celui de tous les anciens qu'on veut rendre le plus suspect, ce savant Jésuite décide que ce saint martyr a excellemment et clairement proposé ce qu'il y a de principal et de substantiel dans ce mystère : ce qu'il prouve aussi d'Athénagoras , et de Théophile d'Antioche, des autres , qui tous ont tenu, dit-il', le principal et la substance du dogme sans aucune tache; d'où il conclut que s'il se trouve dans ces saints docteurs quelque passage plus obscur, c'est à cause qu'ayant à traiter avec « les païens et les philosophes, ils ne décla- » raient pas avec la dernière subtilité et précision , » l'intime et le secret du mystère dans les livres » qu'ils donnaient au public; et pour attirer ces » philosophes, ils le tournaient d'une manière plus » conforme au platonisme qu'ils avaient appris , de » même qu'on a fait encore longtemps après dans » les catéchismes, qu'on faisait pour instruire ceux » qu'on voulait attirer au christianisme, à qui au » commencement on ne donnait que les premiers » traits, ou, comme le ministre le traduit, les pre- » miers linéaments des mystères : » non qu'ils ne fussent bien connus, mais parce qu'on ne jugeait pas que ces âmes, encore infirmes, en pussent soutenir tout le poids; en sorte qu'on jugeait à propos de les introduire dans un secret si profond, avec un ménagement convenable à leur faiblesse : voilà, en proijres termes , ce que dit ce Père. Votre ministre lui fait dire tout le contraire en propres termes. Il lui fait dire que la théologie était imparfaite, à cause qu'il dit qu'elle se tempérait, et qu'elle s'accommodait à la capacité des ignorants; et il prend pour ignorance dans les maîtres , le sage tempérament dont ils se servaient envers leurs disciples.

XXIX. Erreur grossière du ministre, qui croit que la foi de la Trinité et de l' Incarnation s'est formée quand on a fait des décisions : preuve du contraire par le concile de Chalcédoine. — Et pour vous découvrir encore plus clairement les illusions dont on tâche de vous élilouir, y en a-t-il une plus grossière que celle d'avoir voulu faire accroire que la foi de l'Eglise n'a été formée, que lorsqu'à l'occasion des hérésies survenues, il a fallu en venir à des décisions expresses? Mais au contraire , on n'a fait les décisions qu'en proposant la foi des siècles passés. Par exemple, votre ministre a osé vous dire que la foi de l'Incarnation n'a été formée qu'après qu'on eut essuyé les disputes des nestoriens et des eulychiens, c'est-à-dire, dans le concile de Chalcédoine : mais ce n'est pas ce qu'en a pensé le concile même. Car par où a-l-on commencé cette vénérable assemblée, et par où a commencé saint Léon, qu'elle a eu pour conducteur? Par dire peutêtre que jusqu'alors on n'avait pas bien entendu ce mystère, ni assez pénétré ce qu'en avait dit l'Ecriture. A Dieu ne plaise : on commence par faire voir que les saints docteurs l'avaient toujours entendue comme on faisait encore alors, et qu'Eutychôs avait rejeté la doctrine et les expositions des Pères. C'est par-là que commença saint Léon , comme on le voit par ses divines Lettres, que ce

Page 1