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AVERTISSEMENT
chercher après. — Sur ce fondement inébranUible de raïUiquilc de la foi et de l'innovation des lioréliiiuos, jusliliéc si évidemment par leur petit nombre, les conciles prenaient aisément la résolution qu'ils devaient prendre, qui était de conllrmcr l'ancienne foi, qu'ils avaient trouvée établie partout, lorsque les hérésies s'élaieut élevées. On estimait autant les derniers conciles que les premiers, parce qu'on savait qu'ils allaient tous sur les mêmes vestiges. Dans cet esprit , on disait aux eutycbiens : « C'est 1) en vain que vous réclamez les anciens conciles : » le concile de Ghalcédcine vous doit suffiue; puis- » que par la vertu du Saint-Esprit, tous les conciles » orthodoxes y sont renfermés', » et si après cela on voulait douter, ou faire de nouvelles questions , « c'en est assez, disait-on : après que les choses ont » été si bien discutées, ceux qui veulent encore » chercher trouvent le mensonge^.
XXXIII. Ce que c'est que la catholicité. Que l'hérésie a toujours été une opinion particulière, et celle du petit nombre contre le grand. — Cette courte histoire des quatre premiers conciles ne contient que des faits constants et incontestables, qui suffisent pour faire voir que loin ((ue la foi de la Trinité et celle de l'Incarnation fut informe, comme on vous le dit, avant leurs décisions; au contraire, ces décisions la supposent déjà formée et parfaite de tout temps. On voit aussi très-clairement, par les mêmes faits, que les hérésies n'ont jamais été que des opinions particulières , puisqu'elles ont commencé par cinq ou six hommes , par quelques-wis , nous disait saint Paul', qui abandonnaient la foi qu'ils trouvaient reçue, enseignée, établie par toute la terre, et de tout temps; puisque les hérétiques mômes, quelque ell'ort qu'ils fissent, n'ont jamais pu marquer la date de son commencement, comme l'Eglise la montrait à chacun d'eux. De cette sorte, lorsque les hérésies se sont élevées, il n'a jamais pu être douteux quel jiarti l'Eglise avait à prendre;personne ne pouvant douter raisonnablement, comme dit Vincent de Lérins'*, qu'on ne dut préférer l'antiquité à la nouveauté , et l'unicersalité aux opinions particulières.
XXXIV. La même chose est prouvée dans la matière de la yrdce, et contre les pélagiens. — Mais ce qui parait dans ces hérésies , qui ont attaqué la foi de la Trinité et celle de l'Incarnation, ne paraîtrait pas moins clairement dans les autres , s'il était question d'en faire l'histoire. Votre ministre apporte comme un exemple de variations, la doctrine du Ijéché originel et de la grâce : mais c'est précisément sur cet article que saint Augustin, qu'il a cité comme favorable à sa prétention, lui dira que la foi chrétienne et l'Eglise catholique n'ont jamais earié^. En elTet, on ne peut nier que lorsque Pelage et Célestius sont venus troubler l'Eglise sur celte matière, leurs pn'ofancs nouveautés n'aient fait horreur par toute la terre , comme parle saint Augustin^, à toutes les oreilles catholiques; et cela, autant fi?i Orient qu'en Occident, comme dit le même l'ère "; puisque même ces hérésiarques ne se sauvèrent
1. Conc. Chalc, ri- 3 , n. 30. — 2. Edict. Val. et Marc. ih. n. 3. — 3. 7. rm. IV. 1. —4. Com. I, p. 369, e(c. . Aug.,l., i, conl.Jul., c. 6, n. 23. tom. x, col, 511. — 5. Lih. iv. ad lionif.. c. 12, n. 32. col. 492; et n. 20, col. 493. — 0. Lib. de lieU. Pelug. ». 22, 23, lom. x, col. 203 , et seq. et alibi.
dans le concile de Diospolis en Orient, qu'en désavouant leurs erreurs : encore trouva-t-on mauvais que ces évêques d'Orient se fussent laissés surprendre aux équivoques de ces hérésiarques, et ne les eussent [kis fraiipés d'anathème. Voilà le sort qu'eut l'hérésie de Pelage d'abord qu'elle coinmenra de paraître : à peine put-elle gagner cinq ou six évêques, qui furent bientôt chassés par l'unanime consentement de tous leurs collègues , avec l'applaudissement de tous les peuples et de toute l'Eglise catholique; jusque-là que ces hérétiques étaient contraints d'avouer, comme le rapporte saint Augustin, premièrement, qu'un dogme insensé et impie avait été reçu dans tout l'Occident ' : et quand ils virent que l'Orient n'était pas moins déclaré contre eux, ils dirent en général qu'un dogme populaire prévalait, que l'Eglise avait perdu la raison, et que la folie y avait pris le dessus : ce qui était, ajoutait-il, la inarque de la fin du monde- : tant eux-mêmes ils craignaient de dire que ce malheur y eût duré, ou y pût durer longtemps. Telle est la plainte commune de toute hérésie : et Julien le pélagien la faisait en ces propres termes, pour lui et ses compagnons : en sorte qu'il ne leur restait que la malheureuse consolation de se dire euxmêmes ce petit nombre de sages qu'il fallait croire plutôt que la multitude, qui était pour l'ordinaire ignorante et insensée^, ce qui était, même en se vantant, un aveu formel de la singularité, et par conséquent de la nouveauté de leur doctrine. Aussi n'eut-on point de peine à les convaincre de s'être opposés à la doctrine des Pères. Saint Augustin leur en a produit des passages, où la foi de l'Eglise se trouve aussi claire avant la dispute des pélagiens, qu'elle l'a été depuis'' ; d'où ce grand homme concluait très-bien qu'il n'y avait jamais eu de variation sur ces articles, puisqu'il était bien constant que ces saints docteurs n'avaient fait rien autre chose « que de conserver dans l'Eglise ce qu'ils y » avaient trouvé; d'enseigner ce qu'ils y avaient » appris , et de laisser à leurs enfants ce qu'ils » avaient reçu de leurs pères''. » Qu'on nous allègue après cela des variations sur ces matières. Mais quand on ne voudrait pas en croire saint Augustin , témoin si irréprochable en cette occasion , sans avoir besoin de discuter les passages particuliers qu'il a produits, personne ne niera ce fait public , que les pélagiens trouvèrent toute l'Eglise en possession de baptiser les petits enfants en la rémission des péchés, et de demander dans toutes ses prières la grâce de Dieu, comme un secours nécessaire, non-seulement à bien faire, mais encore à bien croire et à bien prier : ce qui étant supposé comme constant et incontestable, il n'y aurait rien de plus insensé que de soutenir après cela, que la foi de l'Eglise ne fût point parfaite sur le péché originel et sur la grâce.
X.X.\V. Comment l'Eglise profite des hérésies , et si c'est dans le fond de la doctrine. — Si maintenant ou demande, avec le ministre, comment donc il sera vrai de dire que l'I'.glise a profité par les hérésies? Saint Augustin répondra jiour nous, « que
1. Aug., l. IV, ad Bonif., c. 8, n. 20, col. 480. — 2. Ep. imperf. cont. Jul., l. i, c. 12. Ibid., t. ii, c. 2.— 3. Aug., ibid, — 4. Lib, I et u cont. Jul. Lib. iv ab lionif. 8 et seq. De prœd. SS., c. 14, n. 28. De don. Per.'i. 4, 5, 19, n. 7 et seq. — 5. Lib. ucont. .lui., c. 10, «. 34, col. 519.
LE CHRISTIANISME FLÉTRI; LE SUGINIANISME AUTORISÉ
» chaque hérésie introduit dans l'Eglise de nou- » veaux doutes, contre lesquels on défend l'Ecriture » sainte avec plus de soin et d'exactitude, que si » on n'y était pas forcé par une telle nécessité'. » Ecoutez ; on la défend avec jtlus de soin, et non l>as, on l'enlend mieux dans le fond. Le célèbre Vincent do Lérins prendra aussi en main notre cause, en disant-, que « le prolitde la religion con- » siste à profiler dans la foi , et non pas à la chan- » ger; qu'on peut y ajouter l'intelligence, la science, )i la sagesse : mais toujours dans son propre genre, » c'est-à-dire, dans le même dogme, dans le même » sens , dans le môme sentiment; » ce qui tranche en un mol toute cette question , que a les dogmes » peuvent: recevoir avec le temps la lumière , l'évi- » dence, la distinction; mais qu'ils conservent toun JOURS la plénitude, l'intégrité, la propriété, » c'est-à-dire, comme il l'explique, « que l'Eglise ne » change rien, ne diminue rien, n'ajoute rien, ne » perd rien de ce qui lui était propre , et ne reçoit •> rien de ce qui était étranger. » Qu'on nous dise après cela qu'elle varie.
Que si l'on nous presse encore, et qu'on nous demande, en quoi donc ont profité à l'Eglise les nouvelles décisions, le môme docteur répondra', que « les décisions des conciles n'ont fait autre » chose que de donner par écrit à la postérité ce » que les anciens avaient cru par la seule Tradi- » tion; que de renfermer en peu de mots le prin- » cipe et la substance de la foi, et souvent, pour » faciliter l'intelligence , d'exprimer par quelque » tenue nouveau, mais propre et précis, la doctrine » qui n'avait jamais été nouvelle : » en sorte, comme il venait de l'expliquer encore plus précisément en deux mots, « qu'en disant quehiuel'ois les choses » d'une manière nouvelle, on ne dit néanmoins ja- » mais do nouvelles choses : Ut ciïm dicas novè , » non dicas nova. »
XXXVI. Téméraire raisonnement et grossière erreur de M. Jurieu. — Et c'est encore en ceci que se fait paraître la profonde ignorance de votre savant. « L'évèque de Meaux, nous dit-il'', osera-t-il » bien me nier que la plus sûre marque dont les » savants de l'un et de l'autre parti se servent pour » distinguer les écrits supposés et faussement attri- » hués à quelques Pères, est le caractère et la ma- » nière de la théologie qu'on y trouve? La théologie » chrétienne, poursuit-il, se perfectionnait tous les » jours; et ceux qui sont un peu versés dans la » lecture des anciens, reconnaissent aussitôt de » quel siècle est un ouvrage, parce qu'ils savent en » quel état était la théologie et les dogmes en cha- » que siècle. » Il ne sait assurément ce qu'il veut dire, et confond ignoramment le vrai et le faux. Car, s'il veut dire qu'on discerne ces ouvrages, parce qu'il parait dans les derniers de nouveaux dogmes qui ne fussent point dans les anciens, il compose le christianisme de pièces mal assorties , et il dément tous les Pères. Que s'il veut dire qu'après la naissance des erreurs, on trouve l'Eglise plus attentive, et, pour ainsi dire , mieux armée contre elles; qu'on emploie des termes nouveaux, pour en confondre les auteurs, et qu'on répond à leurs subtilités par des preuves accommodées à
1 Lett. VI .■( VII. Dti don. Pers., c. SO, n. 53, col, 851. — 2. Coin. I. — 3. Coin. i. — 4. Lett. vu, p. Jl.
leurs objections, il dit vrai; mais il s'explique mal, et ne fait rien pour lui, ni contre nous.
X.XXVII. Que celle mélhode de convaincre les hérétiques par leur nouveauté et par leur petit nombre, est ancienne et apostolique. — Que ce docteur, enllé de sa vaine science, apprenne donc des anciens maîtres du christianisme, que l'Eglise n'enseigne jamais des choses nouvelles; et qu'au contraire, elle confond tous les hérétiques, en ce que, lorsqu'ils commencent à paraître , la surprise et l'étonnement où tous les peuples sont jetés, fait voir que leur doctrine est nouvelle, qu'ils dégénèrent de l'antiquité et de la croyance reçue. C'est la méthode de tous les Pères; et Vincent de Lérins, qui l'a si bien expliquée, n'a fait au fond que répéter ce que Tertullien, saint Athanase, saint Augustin, et les autres avaient dit aux hérétiques de leur temps, et par des volumes entiers. Je ne veux ici rapporter que ce peu de mots de saint Alhanase : « La foi de l'Eglise catholique est celle » que Jésus-Christ a donnée, que les apôtres ont » publiée, que les Pères ont conservée : l'Eglise » est fondée sur celte foi; et celui qui s'en éloigne » n'est pas chrétien'. » Tout est compris en ces quatre mots : Jésus-Christ, les apôtres, les Pères, nous et l'Eglise catholique : c'est la chaîne qui unit tout; c'est le fil qui ne se rompt jamais; c'est là enfin notre descendance, notre race, notre noblesse, si on peut parler de la sorte, et le titre inaltérable où le catholique trouve son extraction : titre qui ne manque jamais aux vrais enfants, et que l'étranger ne peut contrefaire.
Quand nous parlons des saints Pères, nous parlons de leur consentement et de leur unanimité : si quelques-uns d'eux ont eu quelque chose de particulier dans leurs sentiments, ou dans leurs expressions , tout cela s'est évanoui, et n'a pas fait tige dans l'Eglise : ce n'était pas là ce qu'ils y avaient appris, ni ce qu'ils avaient tiré de la racine. Ce qui demeure, ce qu'on voit passer en décision aussitôt qu'on trouble l'Eglise en le contestant; ce qu'on marque du sceau de l'Eglise, comme vérité reçue de la source, et qu'on transmet aux âges suivants avec cette marque : c'est ce qui a fait et fera toujours la règle certaine de la foi.
Selon cette méthode si simple et si sûre , toutes les fois qu'il parait quelqu'un qui tient dans l'Eglise ce hardi langage : « Venez à nous , ô vous » tous ignorants et malheureux, qu'on appelle vul- » gairement catholiques ; venez apprendre de nous » la foi véritable, que personne n'entend que de » nous; quia été cachée pendant plusieurs siècles, » mais qui vient de nous être découverte^. » (Prêtez l'oreille, mes frères, reconnaissez qui sont ceux qui disaient au siècle passé, qu'ils venaient de découvrir la vérité qui avait été Inconnuo durant plusieurs siècles.) Toutes les fois que vous entendrez de pareils discours , toutes les fois que vous entendrez de ces docteurs qui se vantent de réformer la foi qu'ils trouvent reçue, préchée et établie dans l'Eglise quand ils paraissent; revenez à ce dépôt de la ï'oi dont l'Eglise catholique a toujours été une lidèle gardienne; et dites à ces novateurs, dont le nombre est si petit quand ils commencent , qu'on