‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 452 sur 545 · Epist. I ad Serap. de Sp. S., - 2. Vinc. Lir.Jbid · texte numérisé non relu

Epist. I ad Serap. de Sp. S., - 2. Vinc. Lir.Jbid

n. 2S; (. t,parl. II, p. Ii70.

hGS

PRIiMIER AVERTISSEMENT.

les pcul compter par trois ou quatre : dites-leur, avec tous les Pères, que ce petit nombre est la conviction manifeste de leur nouveauté, et la preuve aussi sensible que démonstrative, ([ue la doctrine qu'ils viennent combattre était l'ancieimc doctrine (le l'Eglise. Car si à Chalcédoine, si à Eplièse, si à Gonstantinople, si à Nicée on a confondu les auteurs des hérésies (|u'on y condamnait par leur petit nomlire , comme par une marque sensible de leur nouveauté : si on les a convaincus, comme on vient de le l'aire voir par les actes les plus authentiques de l'Eglise, que tous les peuples se sont d'abord soulevés contre eux, ce qui montrait invinciblement que la doctrine qu'ils venaient combattre, non-seulement était déjà établie, mais encore avait jeté de [irofondes racines dans tous les esprits : si enfin on leur fermait la bouche, en leur disant qu'ils avaient eux-mêmes été élevés dans la foi qu'ils attaquaient; ce qu'ils ne pouvaient nier, et ce qui était pour eux, et pour tous les autres, une preuve d'expérience de leur nouveauté ; si non-seulement les eutychiens, et plus haut les nestoriens , et plus haut les macédoniens, et plus haut les ariens, mais encore les pélagiens, ont été si clairement confondus par cette marque sensible, par ce moyen positif, par cette preuve expérimentale : concluez que c'était là la preuve commune donnée à l'Eglise contre toutes les nouveautés. Car si on s'est récrié à la nouveauté, lorsque ces nouvelles doctrines ont commencé à paraître, on se serait récrié de même à toute autre innovation. La doctrine , qui est donc venue sans jamais avoir excité ce cri de surprise et d'aversion , porte la marque certaine d'une doctrine qui a toujours été. Jamais il ne viendra de secte nouvelle , qu'on ne convainque de sa nouveauté, par son petit nombre : on lui fera toujours, avec Vincent de Lérins', ce reproche de saint Paul : Est-ce de vous qu'est venue la parole de Dieu? ou bien n' est-elle venue qu'à vous seuls-? Gomme s'il disait, le reste de l'Eglise ne l'entend-il pas? Gomment osez-vous vous opposer au consentement universel? Reconnaissez donc, mes frères, que si on s'est servi dans tous les temps de cet argument , tiré du consentement de l'Eglise, et si on s'en sert encore, c'est à l'exemple des apôtres : et si encore on l'a tiré de l'exemple des apôtres, c'est à l'exemple des Pères. Que si on nous dit, après cela, qu'il n'y a point de sûreté dans l'opinion de la multitude qui pour l'ordinaire est ignorante, nos Pères, ou plutôt l'Ecriture môme , ne nous ont pas laissés sans répartie : car ils nous ont appris à fermer la bouche à ceux qui ne cédaient pas à la multitude du peuple de Dieu, en leur disant : « Pourquoi méprisez-vous » la multitude que Dieu a promise à Abraham? Je » te ferai, dit-il , le père, non de plusieurs hommes, » mais de plusieurs 7iations; et en toi seront bénis » tous kg peuples de la terre'''. » Distinguez donc la multitude abandonnée à elle-même, et livrée à son ignorance par un juste jugement de Dieu, de la multitude choisie, de la multitude séparée, de la multitude promise et bénie, conduite par conséquent avec un soin spécial de Dieu et de son esprit : ou, pour jjarler av(!c saint Athanase^ : Distinguez

1. Yiiic. Lii\, Ibid. — 2. /. Cor., xiv, 3(5. — 3. Yinc, Lir, IHd. — 4. Adv. eos qui ex sola mult. verit. dijudic, t. n, p. SBl e(5B2.

la multitude qui défend l'héritage de ses Pères , telle qu'était la multitude que ce grand homme vient do nous montrer dans l'Eglise', d'avec la multitude qui est éprise de l'amour de la nouveauté, et qui porte par ce moyen sa condamnation sur son front.

XXXVIII. Que le ministre Jurieu a refusé de confondre les sociniens par cette méthode , parce qu'il se serait aussi confondu lui-même. — C'est par cette sûre méthode que tous nos Pères , sans exception, ont fermé la bouche aux hérétiques. Si votre ministre avait considéré , je ne dis pas seulement leur autorité, mais leurs raisons, il ne se serait pas laissé séduire aux illusions des sociniens, et il ne les aurait pas abandonnés jusqu'aux premiers siècles de l'Eglise, sur l'éternité de la personne du Fils de Dieu et l'immutabilité de son éternelle génération. Il n'aurait non plus accordé aux pélagiens et aux autres ennemis de la grâce chrétienne, que la foi en fut imparfaite , flottante et informe àewanl eux. Mais, en prenant tous ces hérétiques dans le point de leur commencement et de leur innovation, où étant en si petit nombre , ils osaient rompre avec le tout, dans lc([uel eux-mêmes ils étaient nés, ils les auraient convaincus que leur doctrine était une opinion particulière; et la contraire, la foi catholique et universelle. Mais s'il avait suivi cette sûre et infaillible méthode, dont nul autre qu'un catholique ne se peut jamais servir, il aurait à la vérité confondu les sociniens; mais il se serait aussi confondu lui-même, puisqu'aussitot nous lui aurions objecté ce qu'il aurait objecté aux autres : c'est pourquoi il a mieux aimé, avec les sociniens, imputer des variations à l'Eglise catholique, que de les confondre en disant avec tous les saints, selon la promesse de Jésus-Christ, que la foi catholique est invariable.

XXXIX. Qu'on mène insensiblement les protestants au socinianisme , et par quels degrés. — Eveillez-vous donc ici, mes trcs-chers frères, et voyez où l'on vous mène pas à pas. Dès que vos auteurs ont paru, on leur a prédit, qu'en ébranlant la foi des articles déjà reçus, et l'autorité de l'Eglise et de ses décrets, tout, jusqu'aux articles les plus importants, jusqu'à celui de la Trinité, viendraient l'un après l'autre en question^; et la chose était évidente, pour deux raisons. La première, que la méthode dont on se servait contre quelques points, comme, par exemple, contre celui de la présence réelle , de recevoir la raison et le sens humain à expliquer l'Ecriture, portait plus loin que cet article, et allait généralement à tous les mystères. La seconde, qu'en méprisant les siècles postérieurs et leurs décisions, les premi(M's ne seraient pas plus en sûreté; de sorte qu'il n\ faudrait enlin venir à renouveler toutes les questions déjà jugées, et à refondre, pour ainsi dire, le christianisme, comme si l'on n'y eût jamais rien décidé. C'est ainsi qu'on l'avait ])rédit , et c'est ainsi qu'il est arrivé. Les sociniens se sont élevés sur le fondement du luthéranisme et du calvinisme, et sont sortis de ces deux sectes : le fait est incontestable, et nous en avon.s fait l'histoire ailleurs'. Mais il y a des opiniâtres et des entêtés qui ne veu-

l. Ci-dessus, n. 30. — 2. Var., liv, v, n. 31; liv. xv, îi. 1^2, 123. — 3 Idi'tn, liv. XV, n. 122, 123,

LE CHRISTIANISME FLÉTRI; LE SOCINIANISME AUTORISÉ

lent pas se rendre à ces preuves. La conduite que tient encore aujourd'hui voire ministre , ne leur laissera aucune réplique; puisque déjà il abandonne aux sociniens, dans les articles les plus pernicieux de leur doctrine, les siècles les plus purs de l'Eglise, et que par-là il se voit contraint contre ses principes à tolérer leur erreur.

XL. Que le minisire Jurieu a rangé les sociniens dans le corps de l'Eglise unicerselle. — Quand je lui ai reproché , dans l'Histoire des Variations , son relâchement manifeste envers les sociniens, jusqu'à leur avoir donné place dans l'Eglise universelle, et à faire vivre des saints et des élus parmi eux; il s'est élevé contre ce reproche d'une manière terrible, et m'u donné un démenti outrageux. « J'a- » voue, dit-il', que j'ai besoin de toute ma patience » pour m'empêcherde dire à M. Bossuet ses vérités » tout rondement. Il ne fut jamais de fausseté plus « indigne, ni de calomnie plus hardie. » Voilà comme il parle, quand il se modère, quand il craint que la patience ne lui échappe : mais il en faut venir au fond. N'est-il pas vrai qu'il a mis les sociniens dans le corps de l'Eglise universelle? La démonstration en est claire à l'endroit où il divise l'Eglise en deux parties, dont l'une s'appelle le corps, et l'autre lame- : « la première est visible, ' » et comprend tout ce grand amas de sectes qui | » font profession du christianisme dans toutes les » provinces du monde. » Il poursuit : « Toutes les » sectes du christianisme, hérétiques, orthodoxes, » schismatiques, pures, corrompues, saines, ma- » lades, vivantes et mortes, sont toutes parties de » l'Eglise chrétienne, et même en quelque sorte I) véritables parties; c'est-à-dire qu'elles sont par- » ties de ce que j'appelle le corps de l'Eglise : » et enfm , « ces sectes qui ont rejeté , ou la foi , ou la » charité , ou toutes les deux ensemble , sont des » membres de l'Eglise, c'est-à-dire véritablement » attachés à son corps, par la profession d'une » même doctrine, qui est Jésus crucillé. Fils de » Dieu, Rédempteur du monde : car il n'y a point » de secte entre les chrétiens, qui ne confesse la » doctrine chrétienne, au moins jusque-là. » Remarquez ; il n'y a, dit-il, aucune secte qui ne le confesse : par conséquent les sociniens le confessent au moins jnsque-là, comme les autres, et sont compris par le ministre parmi les membres véritables de l'Eglise chrétienne.

XLI. Que le corps de l'Eglise chrétienne et le corps de l'Eglise catholique , c'est le même , selon ce ministre, et que les sociniens y sont compris. — Mais peut-être distinguera-t-il le corps de l'Eglise chrétienne d'avec le corps de l'Eglise catholique ou universelle , dont il est parlé dans le Symbole? Point du tout : car, après avoir .rejeté , non-seulement la définition que nous donnons à cette Eglise catholique, mais encore celle que lui voudraient donner les protestants, la sienne est que « l'Eglise » universelle ou catholique, c'est le corps de ceux » qui font profession de croire .Jésus-Christ le véri- » table Messie et le Rédempteur' : corps, ajoute- » t-il, divisé en un grand nombre de sectes, mais qui » conserve une considérable partie , au milieu de » laquelle se trouve toujours un nombre d'élus,

1. Lctt. X, p. 79. — 2. Préj. légit., I. part., ch. i, p. 8, 9. — 3. Idem, p. 29.

» qui croient véritablement , sincèrement et pure- » ment , tout ce que le corps en général fait profes- » sion de croire. » On voit ici , selon son idée , le corps et l'âme de l'Eglise catholique : ce corps est ce grand nombre de sectes divisées , et néanmoins unies en ce point de croire /f'sMs-C/im( le véritable Messie et le Rédempteur : ce qu'aussi il venait de dire qu'on croyait dans toutes les sectes , sans en excepter aucune : de sorte qu'ayant défini le corps de l'Eglise catholique confessée dans le Symbole par ce qui est commun à toutes les sectes, on voit qu'il les y met toutes, et par conséquent celle des sociniens comme les autres. Voilà donc les sociniens, non-seulement chrétiens, mais encore catholiques; et ce nom, autrefois si précieux et si cher aux orthodoxes, est prodigué jusqu'aux ennemis de la divinité du Fils de Dieu.

XLII. Que ce ministre se moque, quand il dit qu'il met les sociniens dans l'Eglise catholique ou universelle , au même sens qu'il y met les mahométans. — Le ministre nous répond ici, qu'il a mis les sociniens parmi les chrétiens , « comme il y a » mis aussi les mahométans, qui croient que Jésus- » Christ , Fils de Marie, a été conçu du Saint-Es- » prit, et qu'il est le Messie promis aux Juifs'. » Mais il nous joue trop ouvertement, quand il parle ainsi. Car veut-il mettre les mahométans dans l'Eglise chrétienne? En sont-ils une véritable partie? Sont-ils compris dans cet article du Symbole : Je crois l' Eglise catholique , comme le ministre y vient de comprendre les sociniens? Et les comptera-t-il encore parmi les membres du corps de l'Eglise catholique? Je ne crois pas qu'il en vienne à cet excès : il faut pourtant y venir, ou cesser de nous faire accroire qu'il ne reçoit les sociniens dans le christianisme, qu'au même titre qu'il y reconnaît les mahométans.

XLIII. Que ce ministre enseigne positicement qu'une société socinienne peut contenir dans sa communion de vrais enfants de Dieu , et qu'on y peut faire son salut. — Le ministre triomphe néanmoins, comme s'il m'avait fermé la bouche , après ce bel exemple des mahométans; et joignant le dédain avec la colère : « Le sieur Bossuet, dit-il^, a lu » cela, et après il dit, qu'à pleine bouche je mets « les sociniens entre les communions véritablement » chrétiennes , dans lesquelles on peut se sauver : » il ne faut que ce seul article et ce seul exemple » pour ruiner la réputation de la bonne foi de cet » auteur. » Mais c'est vainement qu'il s'emporte; et on va voir clairement , pourvu qu'on veuille se donner la peine de considérer sa doctrine, qu'il reconnaît des élus dans la communion des sociniens.

Il pose donc pour certain, que la parole de Dieu, partout où elle est, et partout où elle est prèchée, a son efficace pour la sanctification de quelques âmes. « Il est impossible , dit-il', que la parole de » Dieu demeure absolument inefficace : » d'où 11 conclut : « que la prédication de la parole de Dieu » ne peut demeurer sans produire quelque véritable sanctification, et le salut de quelques-uns. »

Mais peut-être qu'on croira que , pour avoir cet effet, il faudra, selon le ministre, que cette parole soit prèchée dans sa pureté? Point du tout; puis-

1. Lett. X, p. 79. — 2. Idem. — 3. Sysl. de VEql., liv. i, c. 12, p. 98,99, 100.

'RKMIER AVERTISSEMENT.

qu'il met au ncimbro des sociétés où la prédication a son i^lVol, des Eglises séparées entre elles de coniniuiiion et de doctrine, telles que sont VElhiojiienne, Jacobitc, !\'esloriennc, Grecriuc, et généra- Irmeiit toutes fcs communions de l'Orient, quoi- ((u'elles soient dans une grande décadence', d'où il conclut, que Dieu peut se conserver des élus dans des communions et dans des sectes Irès-corrompues ; jusque-là qu'il s'en est conservé dans l'Eglise la plus corrompue et la i)lus perverse de toutes, qui est Vanlichràienne, d'où il fait sortir les cent quarante-quatre mille marqués dans {'Apocalypse, c'està-dire un Irés-grand nombre d'élus; et tout cela l)ar ce principe général, que la parole de Dieu n'est jamais prcclu'e en un pays, que Dieu ne lui donne efficace à V égard de quelques-uns : encore , comme on voit , qu'elle soit si loin d'y être préchôe purement.

Le principe fondamental sur lequel il appuie cette doctrine, c'est, dit-il, que la parole de Dieu, écrite et prêchée, est pour les élus^, et ne serait jamais adressée aux réprouvés, s'il n'y avait parmi eux des élus mêlés : ce qu'il prouve flnalcment, et comme pour mener les choses au premier principe, en disant, que ce ne serait pas concevoir un Dieu sage et miséricordieux , s'il faisait annoncer sa parole à des peuples entre lesquels il n'a pas d'élus; parce que cela ne servirait qu'à les rendre plus inexcusables ; ce qui serait cruauté, et non pas miséricorde.

De principes si généraux il suit clairement, que Dieu conservant parmi les sociniens sa parole écrite et prêchée, il a dessein de sauver quelqu'un parmi eux; autrement celte parole ne leur servirait, non plus qu'aux autres, qu'à les rendre plus inexcusables : ce qui est, selon le ministre, une cruauté qu'on ne peut attribuer, sans égarement, à U7i Dieu sage et miséricordieux. Mais de peur qu'on ne nous reproche que nous imputons à M. Juricu une conséquence qu'il rejette, il la prévoit et l'approuve par ces paroles : « Un ne doit pas dire que par mon » raisonnement, il s'ensuivrait que Dieu pourrait 1) avoir des élus dans les sociétés sociniennes, qui » conservent l'Evangile, le prêchent et le lisent; et » que cependant j'ai mis les sociétés qui ruinent le » fondement, entre celles où Dieu ne conserve point » d'élus'. » Voilà du moins la difficulté bien prévue et bien posée : voyez maintenant la réponse : « Je » réponds, que si Dieu avait permis que le socinia- » nisme se fût autant répandu que l'est, par exem- » pie, le papisme, ou la religion grecque, il aurait » aussi trouvé des moyens d'y nourrir ses élus, et » de les enqiècher de participer aux hérésies mor- 1) telles de cette secte; comme autrefois il a trouvé » bon moyen de conserver dans l'arianisme un 11 nombre d'élus, et de bonnes âmes, qui se garan- » liront de l'hérésie des ariens. Mais comme les » sociniens ne font point de nombre dans le monde, » qu'ils y sont dispersés sans y faire ligure, qu'en » la plupart des lieux ils n'ont point d'assemblées » ou de très-petites assemblées; il n'est point » nécessaire de supposer que Dieu y sauve per- » sonne, parce qu'une si petite exception ne fait » aucun préjudice à la règle générale; » savoir,

1. S'jsl. del'Egl., liv. i, c. li,p. 101,225; PréJ. léyit., p. la. — 2. Sysl.,p. 99. — 3. Idem, p. 102.

que Dieu ne fait jamais prêcher sa parole où il n'a pas d'élus. Voilà le passage entier dans toute sa suite , cl voilà sans difllculté la société socinicnne, par elle-même, en étal d'élever des enfants à Dieu. D'où vient donc, selon le ministre, qu'il ne s'y en trouve point à présent? Ce n'est pas à cause qu'elle rejette des vérités fondamentales, comme il faudrait dire, si on voulait l'exclure par sa propre constitution de donner à Dieu des élus; c'est à cause que les sociniens ne sont pas assez multipliés : tout dépendait du succès; et s'ils trouvent moyen de s'étendre assez pour faire quelque figure dans le monde, ils forceront Dieu à faire naître parmi eux de vrais fidèles.

Mais pourquoi n'y en aurait-il pas eu, et n'y en aurait-il pas encore à présent, puisqu'il est constant qu'ils ont eu des Eglises en Pologne, et qu'ils en ont encore aujourd'hui en Transylvanie? Dieu n'estil cruel qu'à ces sociétés? Mais pourquoi plutôt qu'aux autres? Est-ce à cause qu'il y a aussi d'autres sectes en Transylvanie? Il y en a aussi beaucoup d'autres dans les pays où notre ministre a sauvé les jacobites et les nestoriens. Mais quoil s'il ne restait en Transylvanie que des sociniens, y aurait-il alors de vrais fidèles parmi eux; ou bien, celte nation serait-elle la seule réprouvée de Dieu , où sa parole écrite et prêchée se conserverait sans aucun fruit, et seulement pour la rendre plus inexcusable? Quel motif pourrait avoir cette cruauté , comme l'appelle M. Jurieu? Quoi! ce petit nombre et le peu d'étendue de ces Eglises? Qu'on nous montre donc dans quel nombre et dans quelles bornes sont renfermées les sociétés où Dieu peut être cruel , selon le ministre?

XLIV. Que le ministre avoue qu'on se sauverait parmi les sociniens, s'ils faisaient nombre, et qii'il se moque , en disant que cela veut dire, si , par impossible. — C'est en substance ce que j'avais objecté dans V Histoire des Variations' ; et on n'y répond que par ces paroles : « Il est vrai, dit le ministre-, » j'ai dit quelque part, que si Dieu, par une sup- » position impossible, avait permis que le socinia- » nisme eût gagné tout le monde , ou une partie, » comme a fait le papisme, il s'y serait conservé des » élus : » illusion si grossière, qu'un aveu formel de sa faute ne serait pas plus honteux ni moins convaincant. On n'a qu'à relire le passage de son système , qu'on vient de citer, pour voir s'il y a un mot de supposition impossible, ou rien qui y tende : au contraire , M. Jurieu prend pour exemple une chose déjà arrivée, qui est le salut dans l'arianisme; car enfin il le veut ainsi : à tort, ou à droit, il ne nous importe. Il veut, dis-je , encore un coup, qu'on se soit sauvé dans une société où l'on niait la divinité du Fils do Dieu. Comment donc pouvait-il exclure les sociniens, après un préjugé si favorable, ou s'imaginer que leur nombre ne put jamais égaler celui des calvinistes ou des luthériens , ou le nôtre, ou celui des Grecs, ou celui des nestoriens et des jacobites, ou en tout cas, celui des ariens, parmi lesquels le ministre a reconnu de vrais fidèles-''? Quel privilège avaient-ils de se mulliplier malgré leurs ldasi)liômes contre la divinitédc Jésus-Christ? Et où est-ce (lue Dieu a [irumis ([ue les sociniens ne

1. Var., liv. XV, n. 79. —2. Jiif., Lell. x, ;>. 79. ji. lii; A'yaf., j). 101, 225.

■3. PréJ.

LE CHRISTIANISME FLÉTRI; LE SOCINIANISME AUTORISE

parvicndraicnl jamais à ce nombre? Mais s'il a voulu avoir des élus dans plusieurs sociélùs divisées, où a-t-il dit que le grand nombre lui fut nécessaire pour y en avoir? A quel nombre s'cst-il fixé? Et s'il méprise le petit nombre, pouvait-il avoir des élus parmi les luthériens cl les calvinistes , au commencement de leur secte , où l'on sait que leur nombre était plus petit et leurs sociétés moins formées que ne sont celles qui restent aux sociniens? Ne voit-on pas qu'on se moque , lorsqu'on dit de pareilles choses , et qu'on insulte en soi-même à la crédulité d'un faible lecteur?

XLV. Autre illusion du ministre ; et que, selon sa doctriiie, on se peut sauver, en communiant au dehors avec les sociniens. — Mais voici une seconde réponse : J'ai ajouté , dit-il', en même temps, que s'il y avait des élus (dans une telle société) « Dieu » se les serait conservés par miracle , comme il a 1) fait dans le papisme ; c'est-à-dire , qu'il peut y » avoir des élus et des orthodoxes cachés dans la » communion des sociniens ; mais ce n'est pas à » dire qu'on peut être sauvé dans la communion des » hérésies sociniennes. » Nouvelle illusion : car, que veut dire qu'il peut y avoir des (ftws cachés dans la communion des sociniens? Est-ce à dire qu'il peut y avoir de vrais chrétiens cachés au milieu des sociniens? Ce n'est rien dire : car il y en a bien parmi les Turcs et parmi les autres mahométans. Il faut donc dire , comme il est prouvé dans l'Histoire des Variations'^, qu'il y a des élus dans la communion extérieure des sociniens, qui assistent à leurs assemblées, à leurs prêches, à leur cène, si vous le voulez, sans aucune marque de dctestation, et qui entendent tous les jours blasphémer contre Jésus-Christ dans les assemblées où ils vont pour servir Dieu : c'est ce qu'on a objecté à M. Jurieu dans le livre des Variations : c'est à quoi ce ministre ne répond rien. Mais il demeure muet à une objection bien plus importante.

XLVI. Que le ministre a accordé et accorde encore sa tolérance aux ariens et aux sociniens. — Je lui ai soutenu qu'on pouvait, selon sa doctrine, être du nombre des élus de Dieu , non-seulement en communiant à l'extérieur avec les ariens, mais encore en tolérant leurs dogmes en esprit de paix^. On peut donc étendre la paix et la tolérance jusqu'à ceux qui nient la divinité de Jésus-Christ : ce dogme est devenu indill'érent, ou du moins non fondamental. C'est tout ce que demandent les sociniens, qui gagneront bientôt tout le reste, si on leur accorde ce point. Mais M. Jurieu en a fait le pas; et malgré tout ce qu'il a dit, il ne leur peut refuser la tolérance en esprit de paix, qu'il a déjà accordée à leurs frères les ariens. Le passage en est rapporté dans l'Histoire des Variations '' : il est tiré de mot à mot du livre des Préjugés^ ; et le ministre, qui l'a vu cité dans l'Histoire des Variations , n'y réplique rien dans sept ou huit grandes Lettres qu'il a opposées à ce livre.

Mais qu'aurait-il à y répliquer, puisque dans ces Lettres mômes, il dit pis que tout cela, et qu'il dit qu'on s'est sauvé dans les premiers siècles, et môme qu'on y a eu rang parmi les martyrs , ou niant l'éternité de la personne du Fils de Dieu , et l'immu-

1. Lelt. X. —2. Var.. liv. xv, n. SO. — 3. Idem. — 5. Préj . lêgit., i, p. 2î.

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