SUR LES MATIÈRES DE CONTROVERSE
I. Dessein de ce Traite'. — Après plus d'un siècle de conlcsialion avec messieurs de la religion prélenduu réformée, les matières dont ils ont fait le sujet de leur rupture doivent être éclaircies, et les esprits disposés à concevoir les sentiments de l'Eglise catholique. Ainsi il semble qu'on ne puisse mieux faire, que de les proposer simplement, et de les bien distinguer de ceu.x qui lui ont été faussement imputés. En effet, j'ai remarqué en différentes occasions, que l'aversion que ces messieurs ont, pour la plupart de nos sentiments, est allachéo
aux fausses idées qu'ils en ont conçues, cl souvent à certains mots qui les choquent tellement, que s'y arrêtant d'abord , ils ne viennent jamais à considérer le fond des choses. C'est pourquoi j'ai cru qm; rien ne leur pourrait être plus utile, quo de leur expliquer ce que l'Eglise a délini dans le concile do Trente, touchant les matières qui les éloignent le plus de nous, sans m'arrèter à ce qu'ils ont accouluinê d'objecter aux docteurs particuliers, ou contre les choses ([ui ne sont ni nécessairement ni universellement reçues. Car tout le monde convient , et M
DE L'EGLISE CATIK iLInUE.
Baillé même', <]ue c'est une chose déraisonnable d'imputer les sentiments des particuliers à un corps entier ; et il ajoute c|u'on ne peut se séparer, que pour des articles établis authentiquement , à la croyance et observation desquels toutes sortes de personnes sont obligées. Je ne m'arrêterai donc qu'aux décrets du concile de Trente, puisque c'est là que l'Eglise a parlé décisivement sur les matières dont il s'agit : et ce que je dirai , pour faire mieux entendre ces décisions , est approuvé dans la môme Eglise, et paraîtra manifestement conforme à la doctrine de ce saint concile.
Cette exposition de notre doctrine produira deux bons effets : le premier, que plusieurs disputes s'évanouiront tout à fait, parce qu'on reconnaîtra qu'elles sont fondées sur de fausses explications de notre croyance : le second, que les disputes qui resteront, ne paraîtront pas , selon les principes des prétendus réformés, si capitales qu'ils ont voulu d'abord le faire croire ; et que , selon ces mêmes principes, elles n'ont rien qui blesse les fondements de la foi.
IL Ceux de la religion prétendue réformée acouent que l'Eglise catholique reçoit tous les articles fondamentaux de la religion chrétienne. — Et pour commencer par ces fondements et articles principaux de la foi, il faut que messieurs de la religion prétendue réformée confessent qu'ils sont crus et professés dans l'Eglise catholique.
S'ils les font consister à croire qu'il faut adorer un seul Dieu Père, Fils et Saint-Esprit, et qu'il faut se conûer en Dieu seul par son Fils incarné , crucifié et ressuscité pour nous; ils savent en leur conscience, que nous professons celte doctrine. Et s'ils veulent y ajouter les autres articles qui sont compris dans le Symbole des apôtres, ils ne doutent pas non plus que nous ne les recevions tous sans exception, et que nous n'en ayons la pure et véritable intelligence.
M. Daillé a fait un traité, intitulé : La Foi fondée sur les Ecritures , où , après avoir exposé tous les articles de la croyance des Eglises prétendues réformées , il dit- , qu'ils sont sans contestation ; que l'Eglise romaine fait profession de les croire; qu'à la vérité il ne tient pas toutes nos opinions , mais que nous tenons toutes ses créances.
Ce ministre ne peut donc nier que nous ne croyions tous les articles principaux de la religion chrétienne, à moins qu'il ne veuille lui-même détruire sa foi.
Mais quand M. Daillé ne l'aurait pas écrit, la chose parle d'elle-même, et tout le monde sait que nous croyons tous les articles que les calvinistes appellent fondamentaux; si bien que la bonne foi voudrait qu'on nous accordât, sans contestation, que nous n'en avons en elTet rejeté aucun.
Les prétendus réformés, qui voient les avantages (jue nous pouvons tirer de cet aveu , veulent nous les ôter, en disant que nous détruisons ces articles, parce que nous en posons d'autres qui leur sont contraires. C'est ce qu'ils tâchent d'établir par des conséquences qu'ils tirent de notre doctrine. Mais le même il. Daillé que je leur allègue encore, moins pour les convaincre par le témoignage d'un de leurs plus doctes ministres, que parce que ce qu'il dit est