LcU. IX, p
CINQUIEME AVERTISSEMENT
semblée, en conscntanl ;ï des lois iniiiiies, ont excède le pouvoir que le peuple leur aviiit donné; ou en tout cas qu'ils en sont déchus, lorsipi'ils ont manqué de rendre à Dieu et au peuple ce qu'ils leur devaient. Voilà ju.'^ciu'où M. Jurieu iiousse les choses par ses séditieux raisonnenicnis. 11 renverse toutes les puissances, et autant celles qu'il défend que celles (|u'il attaque, (le principe de rébellion, qui est caché dans le cieur des peuples , ne peut être déraciné, qu'en étant jusque dans le fond, du moins aux particuliers en ([uelque nombre qu'ils soient , toute opinion qu'il puisse leur rester delà force, ni autre chose que les prières et la patience contre la puissance publi(iue.
XXXIII. Etat de la question impertinemment pose, et l'autorité de Grotius vainement alléguée. — Au reste , notre ministre se tourmente en vain à prouver que le prince n'a pas le droit d'opprimer les peuples ni la religion. Car qui jamais a imaginé qu'un tel droit pût se trouver parmi les hommes , ni qu'il y eut un droit de renverser le droit même, c'est-à-dire , une raison pour agir contre la raison; puisque le droit n'est autre chose que la raison même, et la raison la plus certaine , puisque c'est la raison reconnue par le consentement des hommes? Ainsi, quand le ministre veut prouver qu'on n'a pas le droit de mal faire, parce que le peuple , d'où vient tout le droit, n'a pas celui-là, et ne peut donner ce qu'il n'a pas, il parlerait plus juste et plus à fond , s'il disait qu'il ne peut donner ce qui n'est pas. L'état donc de la question est de savoir, non pas si le prince a droit de faire mal, ce que personne n'a jamais rêvé; maison cas qu'il le fit et qu'il s'éloignât de la raison, si la raison permet anx particuliers de prendre les armes contre lui; et s'il n'est pas plus utile au genre humain, qu'-jl ne reste aux particuliers aucun droit contre la puissance publique. Le ministre, qui soutient le contraire, a beau alléguer pour toute autorité un endroit de Grotius, où il permet dans un Etat, à la partie aflligée de se défendre contre le prince et contre le tout, et n'excepte, je ne sais pourquoi , de cette défense, que la cause de la religion. « Je n'ose pres- » que, » dit cet auteur', (il parle en trendilant et n'est pas ferme en cet endroit comme dans les autres.) « Je n'ose, dit-il, presque condamner les par- » ticuliers, ou la plus petite partie du peuple qui 1) aura usé de cette défense dans une extrême né- » cessité , sans perdre les égards qu'on doit avoir » pour le public. » M. Jurieu a pris de lui les exemples de David et des Machabées dont nous lui avons démontré l'inutilité. Après qu'on lui a oté les preuves que Grotius lui avait fournies, on lui laisse à examiner à lui-môme, si le nom de cet auteur lui sulTit pour appuyer son sentiment, pendant que l'autorité et les exenqiles de l'Eglise primitive ne lui suflisent pas. Pour moi je soutiens sans hésiter, que c'est une contradiction et une illusion manifeste, que d'armer avec Grotius les particuliers contre le public, et de leur imposer en même temps la condition d'y avoir égard; car c'est brouiller toutes les idées et vouloir allier les deux contraires. Le vrai égard pour le [uiblic, c'est que tout ijarticulier doit lui sacrilier sa propre vie. Ainsi sans nous arrêter au sentiment ni à la timidité d'un au-
1 De jure beîli et pacis, lib. i. Gi, n. 7.
leur habile d'ailleurs et bien intentionné, mais qui n'ose en cette occasion suivre ses propres principes, nous conclurons que le seul ])rincipe qui puisse fonder la stabilité des Etals, c'est que tout particulier, au hasard de sa propre vie, doit respecter l'exercice de la puissance légitime et la forme des jugements publics; ou, pour parler plus clairement, qu'aucun particulier ou aucun sujet, ni par conséquent quel(|ue partie du peuple que ce soit, (puisque cette partie du peuple ne peut être, à l'égard du prince et de 1 autorité souveraine , qu'un amas de particuliers et de sujets,) n'a droit de défense contre la puissance légitime; et que poser un autre principe, c'est, avec M. Jurieu, ébranler le fondement des Etats et se déclarer ennemi de la tranquillité publique.
XXXIV. Qu'on n'a rien eu à répondre aux nouvelles preuves des assassinats autorisés dans la Réforme. — J'ai achevé ma démonstration , et la Réforme est convaincue d'avoir eu dès son origine, un esprit contraire à l'esprit du christianisme et à celui du martyre; à quoi on peut ajouter les assassinats concertés visiblement dans le parti; tel qu'a été celui de François , duc de Guise. M. Jurieu voudrait faire entendre que ce sont ici des choses rebattues qu'il ne faudrait plus retoucher : ce qui serait peut-être véritable, si V Histoire des Varialions ne les avait pas établies par des preuves incontestables qui n'avaient jamais été assez relevées'. Elles n'étaient pourtant pas fort cachées, puisqu'on les a prises dans Rèze, dans les autres auteurs du parti, et dans une déclaration signée de Bôze et de l'Amiral, et envoyée à la reine. Voici tlonc les faits avoués par la Réforme : qu'on y parlait publiquement dans les prêches mêmes du duc de Guise, comme d'un ennemi dont il était à souhaiter que la Réforme fût bientôt défaite; qu'aussi, Poltrot ne se cacha pas du dessein qu'il avait conçu de l'assassiner à quelque prix que ce fut , et qu'il en parlait hautement comme d'une chose certainement approuvée; que ce scélérat n'était pas le seul dans l'armée qui s'expliquât d'un tel dessein, mais que d'autres en parlaient de même, au vu et au su des généraux et des ministres, tant il passait jiour constant qu'on approuvait cet attentat; qu'en etïet, loin de reprendre Poltrot ou les autres dont on connaissait les mauvais desseins, les ministres les laissaient agir, et continuaient leurs prêches scandaleux contre le duc; que l'Amiral demeure d'accord qu'il a su tout le complot; qu'il n'en a point détourné l'auteur; qu'il a même approuvé ce noir dessein dans le temps et les circonstances où il fut exécuté; qu'il a donné de l'argent à l'assassin pour l'aider dans son entreprise et faciliter sa fuite; que lui et les autres chefs du parti l'encourageaient par des réponses adroites, qui, sous prétexte de refus, portaient dans son cœur une secrète et puissante instigation à consommer l'entreprise , comme d'Aubigné, témoin oculaire et irréprochable d'ailleurs, le raconte dans son Histoire'^; qu'on lui parlait en elTet de vocations extraordinaires, pour lui laisser croire que l'instinct (|ui le poussait à ce noir assassinat était de ce rang; que Bêze nous le représente comme un homme poussé de Dieu par un secret