‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 5 sur 545 · MÉMOIRE · texte numérisé non relu

MÉMOIRE

» Cyprien csl le preuiiLT qui ail parlé bion clairc- » ment du péché originel , cl de la nécessité de la » grAce de .lésus-Christ '. » Ce qui rend sa faute plus grande , c'est qu'après avoir élé averti de son erreur par les Pères de Saint-\ Cannes, non-sculeuieul il y persiste , mais encore il enchérit dessus , puis(iu'en discutant l'alVaire dans le détail, il ne donne à un dogme si important, aucun auteur qui soit clair, avant saint Cyprien, et quant à ceux qu'on produit pour le soutenir, non content d'éluder le témoignage des uns, comme de saint Juslin et de saint Irénée , il compte les autres pour contraires , comme Terlullicn, Origène, et saint Clément d'Alexandrie. C'est ce qu'il s'efïorce de prouver depuis la p. 50 jusqu'à la CO de sa Réponse aux Remarques. Ainsi , la foi du péché originel n'est qu'un senlimcnt commun , une doctrine commune du temps de saint Cyprien; et devant, ce n'est qu'obscurité et incerlilude dans quelques auteurs, et opposition manifeste dans la plus grande partie. 'Voilà à quoi se réduit la tradition du péché originel, selon notre auteur.

Et ce qui marque l'excès de sa prévention contre la doctrine catholique, c'est qu'il n'y a en ce point , aucune difficulté , ni aucune partie de la tradition qui soit plus claire que celle-ci, comme on le fera voir par un mémoire particulier; de sorte que s'en éloigner, c'est vouloir gratuitement favoriser les hérétiques. Ainsi on n'a pas pu s'empêcher de s'élever contre lui, surtout après qu'on a vu , par sa Réponse, non-seulement qu'il persistait dans son erreur, mais encore qu'il insultait à ceux 'qui l'en reprenaient, et s'emportait à de plus grands excès.

Sur le Piu'gatoii'c.

Dans V Abrégé de la Discipline^, notre auteur est tombé dans plusieurs fautes. C'en est une assez considérable d'avoir dit généralement , « qu'on ne » donnait point le nom d'autel à la table sur la- » quelle on célébrait l'Eucharistie^. » C'est une prévention qui n'a pu venir à notre auteur, que du langage des hérétiques, le contraire paraissant partout, et surtout dans saint Cyprien, à toutes les pages.

La faute de notre auteur est encore plus grande, lorsqu'après avoir parlé de la discipline connue d'une chose variable selon les temps et selon les lieux'^, à l'opposite de la foi, qui ne varie jamais, il range parmi ses articles de discipline variable, « ((u'on i)riait pour les morts , qu'on faisait des » oblations pour eux , qu'on célébrait le sacrifice » de la messe en leur mémoire, qu'on priait les » saints, et qu'on était persuadé qu'ils priaient » Dieu pour les vivants^ : » comme si toutes ces choses étaient d'une discipline variable et indifférente.

Mais ce qu'il y a de plus remarquable, c'est d'avoir entièrement passé sous silence la doctrine du purgatoire; et au lieu de dire qu'on otTrait le sacrilice iiour le soulagement des morts, d'avoir atl'eclé de dire qu'on célébrait le sacrifice en leur mémoire, qui est la façon de parler de saint Augustin et de l'Eglise dans la messe des martyrs et des saints,

1. Tom. I. sur S. Cyprien, p. ilô. — 2. Tom. i , p. 61,^.— 3. l>lem,r, 625. — 4. Ihid., p. 1)18. — 5. Ibid., p. 61(i.

mais qui ne sullit point du tout jiour les autres morts.

Ce qui est encore plus mauvais , c'est que les l'ères de Saint-Vannes ayant relevé une aiïeclation si grossière, M. Dupin leur a dit pour toute réponse , « qu'à la vérité il n'a point ]iarlé du jiurga- » toire, parce qu'en effet on n'en trouve rien positi- » vement dans les Pères des trois premiers siô- » clés'; » de sorte qu'en cet endroit la tradition de l'Eglise demeure défectueuse; et les hérétiques ont cet avantage , que les passages allégués par tous nos docteurs, pour leur i)rouver le soulagement des âmes, ce qui ne diffère point du purgatoire, sont, non-seulement abandonnés, mais encore combattus par M. Dupin.

Siu" les Livres canoniques.

Notre autour, sur ce sujet ne diffère en rien du tout des calvinistes. Dans son Abrégé de la Doctrine-, il dit aussi décisivement et aussi crûment qu'eux, « que les Pères des trois premiers siècles » n'ont point reconnu d'autres livres canoniques de 0 l'Ancien Testament, que ceux qui étaient dans le » canon des Hébreux. »

Pour montrer qu'ils en avaient reconnu d'autres, les catholiques ont produit, entre autres choses, le témoignage d'(,)rigène sur l'histoire de Suzanne , dans l'épitre à Julius Africanus; mais notre auteur leur préfère le ministre Vcslemius, qui dit « qu'O- » rigène a défendu la vérité de cette histoire , sans » assurer pourtant qu'elle fût canonique. » Il veut, comme lui , un passage formel, ou qu'Origène ait dit qu'elle est canonique^; comme si ce n'était pas le dire assez, que de dire, comme fait ce Père, qu'elle est une véritable partie d'un livre prophétique, qu'elle est d'un auteur inspiré de Dieu , tel qu'était sans doute Daniel, et qu'en cela il faut préférer la tradition de l'Eglise chrétienne à celle des Juifs falsificateurs des livres saints.

Les catholiques objectent encore aux hérétiques le témoignage de saint Jérôme, qui assure que le concile de Nicée a compris le livre de Judith parmi les saintes Ecritures; mais notre auteur aime mieux en donner le démenti à saint Jérôme'', que de laisser cet avantage à l'Eglise catholique. Sans doute il sait mieux que saint Jérôme ce qui s'est passé dans ce concile ; il en a mieux vu que lui, non-seulement les lettres et les canons qui nous sont restés, mais encore les autres pièces qui en sont émanées. Je ne m'amuserai pas à réfuter ses conjectures, qui sont bien faibles; et il me suffit de faire voir le grand soin qu'il a de favoriser les hérétiques, et de désarmer l'Eglise. Malgré la décision expresse du concile de Trente, qui oblige précisément, sous peine d'anathème, à recevoir les livres de l'Ecriture sainte , avec toutes leurs parties , ainsi que l'Eglise catholique a accoutumé de les lire , et qu'ils sont contenus dans l'édition Vulgalc , il rejette hardiment les derniers chapitres d'Esther : il tâche d'ôter à l'Eglise l'avantage qu'elle peut tirer de l'autorité d'drigène, en disant « qu'on prouve invincin blcmcnt ([u'Origène a eu tort de croire que ces

1. liép. aux Rem., part. II, p. 61. — 2. Abrégé de la Doctr., iom. I ,}). 612. — 3. iîep. ««.r Keni., (. vtr, p 13. —4. Tom. i. Dissert, prel., p. 57.

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