‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 6 sur 545 · SUR LA BIBLIOTHÈQUE ECCLÉSIASTIQUE DE M. DUPIN · texte numérisé non relu

SUR LA BIBLIOTHÈQUE ECCLÉSIASTIQUE DE M. DUPIN

«pièces étaient autrefois dans l'original' : » il s'imagine se sauver par l'aulorilc de Sixie de Sienne-; mais il est bien plus naturel de condamner cet auteur, que d'absoudre M. Dupin, qui méprise si visiblement l'autorité du^concile de Trente.

Enfin on ne peut rien du tout alléguer en faveur de la tradition de l'Eglise , que notre auteur ne se soit étudié à le détruire; ce qui me fait dire qu'il faudra examiner bien soigneusement ce qu'il donnera sur l'Ecriture sainte, puisqu'il parait d'humeur à. donner beaucoup dans le rabbinisme, et à alTaiblir beaucoup les interprétations ecclésiastiques.

Je ne dois pas oublier ici , qu'encore qu'il semble dire que « les livres des Machabées étaient ') tenus pour canoniques en Afrique du temps de ' saint Augustin , » il ne laisse pas d'ajouter que ce Père « ne les a pas crus tout à fait de la même » autorité que les autres livres canoniques' ; » sous prétexte que ce saint docteur a dit qu'en certains endroits, il les fallait entendre sobrement; ce qu'on pourrait dire aussi inen de beaucoup d'autres Écritures canoniques, comme de Y Ecclésiastc et du Cantique des cantiques. Dans la suite de cet endroit, notre auteur fait de nouveaux elTorts pour affaiblir les témoignages anciens qui autorisent les livres que les hérétiques rejettent, jusqu'à dire que « les décisions des conciles de Carthage et de Rome, » et Ij déclaration d'Innocent I"'''', » n'étaient pas regardées comme obligatoires, même en Occident , 011 elles étaient si solennellement publiées. Personne n'ignore le passage qu'il allègue de saint Grégoire; mais il en fallait lirer une tout autre conséquence, plutôt que de faire révoquer en doute à ce saint Pape, l'autorité de saint Innocent et de saint Gélase ses prédécesseurs , et celle de son Siège même , eni:ore que personne n'eût réclamé contre.

Sui" l'éternité des peines.

CH.4.CUN sait l'erreur des sociniens sur cette matière , et combien elle est pernicieuse, à cause qu'elle llatte les sens. Cependant notre auteur n'a pas craint de leur donner pour patrons deux saints martyrs, et deux auteurs aussi importants que saint Justin et saint Irénée^; et cela sans nécessité, comme on va voir. Ce qu'il y a de plus mal, c'est que l'objeclion lui étant faite à l'égard de saint Irénée , il enchérit sur son erreur, selon sa coutume.

On lui objecte que ce saint martyr reconnaît manifestement que les peines des damnés sont éternelles, et il répond en ces termes ; « Je l'avoue, et i> saint Justin leur donne aussi ce nom, conformé- » ment à la manière de parler de l'Ecriture et de » l'Eglise; mais cela n'empêche pas qu'ils n'eus- » sent leurs sentiments particuliers; et sans doute, 1) que si on leur eût demandé ce qu'ils entendaient » par des peines éternelles, ils eussent répondu n qu'ils entendaient des peines de longue durée, et " que le terme d'éternité se prend souvent dans ÎE- » criture pour un temps bien long, quoiqu'il ait sa '> lin^. » En vérité c'en est trop, et l'on ne peut

1. Eép. aux Rem., p. 19. — 2. Idem, p. 23 — 3. Ibid., p. 31. — 4. Diss. prélim., lom. i, p. 60. — 5. Sur S. Justin et S. Irène;, lom. I, p. 161 , laj. — 6. liép. aux Rem , p. lia.

comprendre comment un théologien, non content il'altribuer à deux martyrs les plus pernicieux senliments des sociniens, ose encore deviner leurs pensées , pour leur faire répondre précisément ce que disent ces hérétiques.

La difficulté pourtant n'était pas grande; car il n'y avait qu'à lire saint Irénée, qui dit en termes formels, « que les biens qui viennent de 0 Dieu sont éternels et sans fin , et que pour la » même raison la perte aussi en est éternelle et » sans fin ; » et il compare cette perte à l'aveuglement, qui est une privation de la lumière dans un sujet qui existe ; en sorte qu'il est visible, par ce passage de saint Irénée, que la privation des biens est aussi éternelle dans les damnés, que les biens mêmes sont éternels dans les justes ; et le même saint dit encore, « que la peine des incré- » dules est augmentée, et a été faite non-seulement » temporelle, mais encore éternelle; parce que tous » ceux à qui le Seigneur dira ; Allez aux feux e'ter- » nels, seront toujours damnés, comme ceux à qui » il dira : Venez, les bénis de mon Père, etc., rece- » vront le royaume, et y protiteront toujours. » Soit qu'il veuille dire que leur félicité aura un accroissement perpétuel, ou que le terme proficiunt ait un autre sens dont il ne s'agit pas ici, c'est assez qu'il paraisse clairement que \e toujours et Ve'ternel des méchants, est égal au toujours et à Ycternel des bons ; or est-il que l'éternité promise aux bons , constamment et de l'aveu même des sociniens, est une éternité véritable, et non pas seulement un long temps : donc l'éternité malheureuse n'est pas un long temps, mais une éternité véritable.

Cet argument n'a point de réplique; et saint Irénée inculque tellement ces mêmes choses , et dans cet endroit et dans beaucoup d'autres, qu'il ne serait pas possible d'y résister, pour peu qu'on eiit lu avec attention les livres de ce grand homme. Mais les critiques de notre temps n'appuient que sur les endroits qui leur peuvent donner occasion de se distinguer des autres par des sentiments particuliers.

Il n'eût pas été plus difficile de trouver la même doctrine dans saint Justin , puisque non content d'attribuer une infinité de fois l'éternité au feu d'enfer, avec autant de forces qu'à la vie future , il en fait expressément la comparaison, en disant « que Dieu revêtira les justes d'incorruptibilité , » et enverra les injustes avec les mauvais esprits, « dans un feu éternel , avec un perpétuel senti- » ment', » ou de leurs misères, ou du remords de leur conscience; ce qu'il prouve par ces paroles de l'Evangile ; Leur ver ne cessera point , et leur feu ne s éteindra point. Il dit aussi, dans un autre endroit 2, « que Dieu donnera un royaume éternel » aux saints, et qu'il enverra tous les infidèles dans « la damnation d'un feu qui ne s'éteindra jamais. » Il parait donc qu'il entend de même l'éternité de l'enfer que celle du royaume céleste; par conséquent qu'il entend une éternité véritable et proprement dite ; ce qui n'empêche pourtant pas que dans les mômes endroits il ne dise que les méchants ne seront plus, conformément aux passages de l'Ecriture, où il est dit que les impies ne ressusciteront pas, ne seront pas, seront dissipés, anéantis ; parce

Page 1