Lelt. XVI, p. 12-1. — 2. Jdem
LE FONDEMENT DES EMPIRES RENVERSÉ
» de rompre tout lien et loiUe communion, de ré- » sister en un mot à toutes ses volontés. » Ne dirait-on pas que le mariage est rompu, et que ce n'est plus seulement l'adultère qui l'anéantit, selon la Réforme, mais encore toute violence d'un mari? Que si malgré tout cela, le mariage subsiste, qui peut dire sans être insensé que tout lien et toute communion soit rompue, et qu'une femme acquiert le beau droit de résister à toutes les colonies d'un mari'? Mais n'est-il pas vrai, dit-il, que les enfants et les femmes sont autorisés par les lois divines et humaines, à résister aux injustes volontés d'un mari et d'un père? N'est-il pas vrai que le pouvoir des mailres sur les esclaves les plus vils a des bornes? Qui ne le sait? Mais qui ne sait en même temps que ce n'est point en vertu d'une convention volontaire , qui ne fut jamais ni n'a pu être, mais d'un ordre supérieur? c'est que Dieu, qui a prescrit certains devoirs aux femmes, aux enfants , aux esclaves en a prescrit d'autres aux maîtres , aux pères, aux maris ; c'est que la puissance publique, qui renferme toute autre puissance sous la sienne, a réglé les actions et les droits des uns et des autres : c'est qu'où il n'y a point de loi, la raison, qui est la source des lois, en est une que Dieu impose à tous les hommes : c'est que les devoirs les plus légitimes, comme, par exemple ceux d'une femme ou d'un fils, peuvent bien être suspendus envers un mari et envers un père que son injustice et sa violence empêchent de les recevoir; mais que le fond d'obligation puisse être altéré, ou que la disposition du cœur puisse être changée, on ne peut le dire sans extravagance.
LUI. Application aux droits des rois et des peuples : téméraire proposition de M. Jurieu. — J'avoue donc, selon ces principes, à M. Jurieu, qu'il y a des obligations mutuelles entre le prince et le sujet; de sorte qu'à cet égard il n'y a point de pouvoir sans bornes, puisque tout pouvoir est borné par la loi de Dieu et par l'équité naturelle : mais que de telles obligations soient fondées sur un pacte mutuel, loin que M. Jurieu nous l'ait prouvé, il n'allègue pour le prouver que de faux principes, que lui-même ne peut soutenir de bonne foi dans son cœur, et que par conséquent il n'entend point quand il les avance.
Depuis qu'on se mêle d'écrire, je ne crois pas qu'on ait rien écrit de plus téméraire que ce qu'a écrit JI. Jurieu' : « Qu'on ne voit point d'érections » de monarchies, qui ne se soient faites par des trai- » tés, où les devoirs des souverains soient exprimés » aussi bien ([ue ceux des sujets. » Qui ne croirait à l'entendre qu'il lui a passé sous les yeux beaucoup de semblables traités? Il en devrait donc rapporter quelqu'un; et surtout s'il avait trouvé ce contrat primordial du roi et du peuple qu'on prétend que le roi d'Angleterre a violé, il n'aurait pas dû le dissimuler ; car il aurait relevé la convention dont il entreprend la défense, d'un grand embarras; surtout si 1 on trouvait dans ce traité qu'il serait nul en cas de contravention de part ou d'autre , et que le peuple reviendrait en même état, que s'il n'avait jamais eu de roi. Mais par malheur M. Jurieu , qui avance qu'on ne voit point d'érection de monarchie où l'on ne trouve de tels traités, non-