Pm-ii.. Cril. des Var., p. 32, n. II
» son sujet'. » M. Jurieu en a dit autant : ces messieurs voudraient bien qu'on crût que ce prélat, embarrassé à trouver des variations dans leur doctrine, se jette sans cesse à l'écart , et ne songe qu'à grossir son livre de matières qui ne sont pas de son sujet; mais ils ne font qu'amuser le monde. La soumission duc au prince ou au magistrat , est constamment une matière de religion, que les protestants ont traitée dans leurs Confessions de foi, et qu'ils se vantent d'avoir éclaircie. Si au lieu de l'éclaircir, ils l'ont obscurcie; si contre l'autorité des Ecritures, ils ont entrepris la guerre contre leur prince et leur patrie, et qu'ils l'aient fait par maxime, par principe de religion, par décision expresse de leurs synodes , comme Vllisloire des Variations l'a fait voir plus clair que le jour, qui peut dire que cette matière n'appartienne pas à la religion, et que varier sur ce sujet , comme on leur démontre qu'ils ont fait, non pas en particulier, mais en corps d'Eglise, ce ne soit pas varier dans la doctrine? Voilà donc dès le premier mot, M. Basnage convaincu de vouloir faire illusion à son lecteur. Poursuivons. Ce ministre se jette d'abord sur la récrimination, et il objecte à l'Eglise qu'elle persécute les hérétiques. Il sufQrait de dire que ce reproche est hors de propos; c'est autre chose que les souverains puissent punir leurs sujets hérétiques, selon l'exigence du cas; autre chose que les sujets aient droit de prendre les armes contre leurs souverains, sous prétexte de religion : cette dernière question est celle que nous traitons, et l'autre n'appartient pas à notre sujet. Voilà comme M. Basnage , qui m'accuse de me jeter sur des questions écartées, fait lui-même ce qu'il me reproche. Mais enfin , puisqu'il veut parler contre le droit qu'ont les princes de punir leurs sujets hérétiques : écoutons.
III. L'exemple de Calcin et de Servet. Réponse de M. Basnage pour soutenir sa récrimination. — Il y a ici un endroit fâcheux à la Réforme qui se présente toujours à la mémoire, lorsque ces mes- ■ sieurs nous reprochent la persécution des héréti- I ques : c'est l'exemple de Servet et des autres, que Calvin fit bannir et brûler par la république de C\,enève , avec l'ajiprobation expresse de tout le parti, comme on le peut voir sans aller loin dans l'Histoire des Variations^. La réponse de M. Basnage est surprenante : « On ne peut, dit-il', repro- > cher à Calvin que la mort d'un seul homme, qui » était un impie et un blasphémateur, cl au lieu » de le justifier, on avoue que c'était là un reste » du papisme. » Il est vrai : c'est là un bon mot de M. .Turicu , et une invention admirable d'attribuer au papisme tout ce qu'on voudra blâmer dans Cal-
I. r. I , pari. II, cil. VI , p. 491. — )!. Fui'., lie. x, n 5G. — 3. T. I, pnrl. ir,p. 49a.
DEFENSE DE L' HISTOIRE DES VARIATIONS
vin. Car cet hérésiarque était si plein de complaisance pour la papauté, qu'à quelque prix que ce fût , il en voulait tenir quelque chose : quoi qu"il en soit, M. Basnage, qui peut-être n'a pas toujours pour M. Jurieu toute la complaisance possible, a pris de lui ce bon mot. Mais vous n'y pensez pas, M. Basnage : permettez-moi de vous adresser la parole : Sercet est un impie blasphémateur : ce sont vos propres paroles ; et néanmoins, selon vous , c'est un reste de papisme de le punir : c'est donc un des fruits de la Réforme, de laisser l'impiété et le blasphème impunis; de désarmer le magistrat contre les blasphémateurs et les impies : on peut blasphémer sans craindre , à l'exemple de Servet : nier la divinité de Jésus-Christ avec la simplicité et la pureté inllnie de l'Etre divin , et préférer la doctrine des Mahomctansàcello des chrétiens. Mais écoutons tout de suite le discours de notre ministre, et la belle idée qu'il nous donne de la Réforme. « On ne » peut accuser Calvin que de la mort de Servet, » qui était un impie blasphémateur, et au lieu de » justifier cette action de Calvin , on avoue que c'é- » lait là un reste du papisme : l'hérétique n'a pas » besoin d'édits pour vivre en repos dans les Etats » réformés; et si on lui en a donné quelques-uns, » il n'est point troublé par la crainte de les voir » abolis : on est tranquille quand on vit sous la do- » mination des prolestants'. » Après celle pompeuse description où M. Basnage prend le ton dont on célèbre l'âge d'or, il ne reste plus qu'à s'écrier : Heureuse contrée, où l'hérétique est en repos aussi bien que l'orthodoxe, où l'on conserve les vipères, comme les colombes et les animaux innocents, où ceux qui composent les poisons , jouissent de la même tranquillité que ceux qui préparent les remèdes ; qui n'admirerait la clémence de ces Etats réformés ? On disait dans l'ancienne loi : Chasse le blasphémateur du camp, et que tout Israël l'accable à coups de pierre^. Nabuchodonosor est loué pour avoir prononcé dans un édit solennel : Que toute langue qui blasphémera contre le dieu de Sidrac , Misac et Abdénago, périsse, et que la maison des blasphémateurs soit renversée^. Mais c'était là des ordonnances de l'ancienne loi ; et l'Eglise romaine les a trop grossièrement transportées à la nouvelle : où la Réforme domine, l'hérétique n'a rien à craindre, fùl-il aussi impie qu'un Servet, et aussi grand blasphémateur. Jésus-Christ a retranché de la puissance publique la partie de cette puissance qui faisait craindre aux blasphémateurs la peine de leur impiété ; ou si on perce la langue à ceux qui blasphémeront par emportement, on se gardera bien de toucher à ceux qui le feront par maximes et par dogme; ils n'ont besoin d'aucun édit pour être en sûreté; et si par force, ou par politique, ou par quelque autre considération on leur en accorde quelques-uns, ce seront les seuls qu'on tiendra pour irrévocables, et sur lesquels la puissance des princes qui les auront faits ne pourra rien. Que le blasphème est privilégié I Que l'impiété est heureuse I IV. Mauvaise foi de M. Basnage dans celle récrimination. — Voilà sérieusement où en viennent les fins réformés : ils prononcent sans restriction , que le prince n'a aucun droit sur les consciences, et ne peut faire des lois pénales sur la religion : ce