‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 522 sur 545 · T. I, pavl. II. — i. Levit., xxiv, M. — 3. Dan., iv, UB · texte numérisé non relu

T. I, pavl. II. — i. Levit., xxiv, M. — 3. Dan., iv, UB

n'est rien de l'exhorter à la clémence ; on le llatte , si on ne lui dit que Dieu lui a entièrement lié les mains contre toutes sortes d'hérésies, et que loin de le servir, il entreprend sur ses droits , dès qu'il ordonne les moindres peines pour les réprimer. La Réforme inonde toute la terre d'écrits, où l'on établit cette maxime, comme un des articles les plus essentiels de la piété. C'est où allait naturellement M. Jurieu, après avoir souvent varié sur cette matière. Pour M. Basnage, il se déclare ouverlement , non-seulement en cet endroit, mais par tout son livre : telle est la règle qu'il prétend donner à tous les Etats prolestants : l'hérétique, dit-il, y est en repos : il parle en termes formels, et de l'hérétiq^ue indistinctement, et des Etats protestants en général : il n'y a qu'à èlre brounisle, anabaptiste, socinien, indépendant, tout ce qu'on voudra; mahomélan si l'on veut; idolâtre, déiste même ou athée : car il n'y a point d'exception à faire, et tous répondront également que le magistrat ne peut rien sur la conscience, ni obliger personne à croire en Dieu, ou empêcher ses sujets de dire sincèrement ce qu'ils pensent : aveugles, conducteurs d'aveugles, en quel abime tombez-vous"? Mais du moins parlez de bonne foi : n'attribuez pas ce nouvel article de réforme à tous les Elats qui se prétendent réformés. Quoil la Suède s'est-elle relâchée de la peine de mort qu'elle a décernée contre les catholiques ? Le bannissement, la confiscation et les autres peines ont-elles cessé en Suisse ou en Allemagne, et dans les autres pays protestants ? Les luthériens du moins ou les calvinistes ont-ils résolu de s'accorder mutuellement le libre exercice de leur religion partout où ils sont les maîtres? L'Angleterre est-elle bien résolue de renoncer à ses lois pénales envers tous les non-conformistes? Mais la Hollande elle-même, d'où nous viennent tous ces écrits , s'est-elle bien déclarée en faveur de la liberté de toutes les sectes, et môme de la socinienne? Avouez de bonne foi, qu'il n'était pas encore temps de nous dire indéfiniment : L'hérétiqu,e n'a rien à craindre dans les Etats protestants, ni de nous donner vos désirs pour le dogme de vos Eglises. ]\Iais quoi! il fallait conserver aux réfugiés de France ce beau titre d'orthodoxie, qu'on fait consister à soulïrir pour la religion : il vaut mieux laisser en repos les sectes les plus impies , que de leur donner la moindre part à la persécution qu'on veut nous faire passer pour le caractère le plus sensible de la vérité ; et afin que Rome soit la seule persécutrice, il faut que tous les Elats ennemis de Rome ouvrent leur sein à tous les impies, et les mettent à l'abri des lois.

V. Le ministre entre en matière : exemples de l'ancienne Eglise qu'il produit en faveur de la révolte : combien ils sont absurdes et hors de propos. — Après quelques autres récriminations qui ne sont pas plus du sujet , et dont nous parlerons ailleurs, M. Basnage vient au fond, et il rapporte les paroles des Variations, où M. de Meaux , A\i-'\\\ oppose notre conduite à celle de l'ancienne Eglise. Pour détruire une opposition si odieuse, il entreprend d'apporter des exemples de l'ancienne Eglise, et il allègue celui de Julien l'Apostat , tué , à ce qu'il prélend, par un chrétien, en haine des maux qu'il faisait soulïrir à l'Eglise; celui de l'empereur

DEFENSE DE L' II [STO l II h: DUS VAIIIATIONS

Anastasc conlrainl de se renfermer dans son palais contre les fureurs d'un peuple soulevé; et celui des Arméniens, qui, lourmcnlés par Cliosroès, se donnèrent aux liomaiiis. Mais d'abord ces exemples lui suiii inutiles pour deux raisons. I-a première, qu'ils ne prouvent rien; la seconde, qu'ils prouvent li'op. Ils ne prouvent rien, car en faisant l'Eglise iiifailliLde, nous ne faisons pas pour cela les peuples et les chrétiens particuliers impeccables. Pour nous produire des exemples de l'ancienne Eglise, qui est notre question , il ne suffit pas de montrer dos faits anciens, il faudrait encore montrer que l'Eglise les ait approuvés, comme nous montrons à nos réformés que leurs Églises en corps ont approuvé leurs révoltes par décrets exprès. Mais le ndnistre ne songe pas seulement à nous donner cette preuve, parce qu'il sait bien en sa conscience, qu'elle est impossible.

Secondement, ces faits qu'il allègue prouveraient trop, puisqu'ils prouveraient, non qu'il soit permis à l'Eglise persécutée de prendre les armes pour se défendre , qui est le point dont il s'agit; mais qu'il est permis non-seulement de changer de maître et se donner à un autre roi , à l'exenqile des Arméniens, ce que nos réformés protestaient dans toutes leurs guerres civiles, qu'ils ne voulaient jamais faire; mais encore, à l'exemple de ce prétendu soldat chrétien , et du peuple de Constantinople, d'attenter sur la personne du prince, et de tremper ses mains dans son sang : ce qui est si abominable, que nos adversaires n'ont encore osé l'approuver, puisqu'ils font encore semblant de détester Gromwel et le cromwélisme'. Que prétend donc aujourd'hui M. Basnage de nous alléguer des exemples manifestement exécrables, qu'il aurait honte de suivre , et ([u'on voit bien aussi que l'ancienne Eglise ne peut jamais avoir approuvés , à moins d'avoir approuvé qu'on attentât sur la vie des princes; ce que je ne crois pas que ce ministre lui-môme, quelque mépris qu'il ait pour elle, ose lui imputer?

VI. Examen des exemples du ministre, et premièrement de celui de l'empereur Anastase, — Vous voyez, mes chers frères, qu'il n'en faudrait pas davantage pour lui fermer la bouche. Mais afin que vous connaissiez comment on vous mène, et avec quelle mauvaise foi on traite avec vous, il faut en descendant au particulier de son discours, vous y montrer sans exagérer plus de faussetés que de paroles. Je commence par l'exemple de l'empereur Anastase, qui est le plus apparent des trois qu'il produit. Car voici comme il le raconte^ : « M. de » Meaux ignore ou dissimule ce qui s'est fait sous « Anastase, où Macédonius, patriarche de Gonstan- » tino|)lc , homme célèbre par ses jeûnes et par sa » iiiétô, voyant que les eutychiens voulaient insérer » dans le Trisagion quelques termes qui semblaient » favoriser leur opinion, se servit de son clergé » pour soulever le peui)le : on tua, on brûla; et » l'empereur, qui n'était plus en sûreté dans son I) palais, fut obligé de paraître en public sans cou- » ronne, et d'envoyer un héraut pour publier qu'il » se démettait de l'empire. » Voilà le peuple, le clergé, les moines émus et le patriarche à la tète , et encore un saint patriarche, qui autorise la sédition, ou plutôt (jui l'excite lui-même : cela pa-

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