Act. VIII
EXPOSITION DE LA Dt)CTRINE
ûlre rejetée par nos adversaires , sous prétexle que le Saint-Esprit ne descend plus visiblement sur nous. Aussi toutes les Eglises chrétiennes l'onl-elles religieusement retenue depuis le temps des apôtres, se servant aussi du saint chrome, ])our démontrer la verlu de ce sacrement par une représentation plus expresse de l'onction intérieure du Saint-Es- I)ril.
La Pénitence, et la Confession sacr amentale. — Nous croyons qu'il a plu à .lésus-Clirist, que ceux qui se sont soumis à l'autorité de l'Eglise par le BaiHème, et qui depuis ont violé les lois de l'Evangile, viennent subir le jugement de la même Eglise dans le tribunal de la pénitence, où elle exerce la puissance qui lui est donnée de remettre et de retenir les péchés '.
Les termes de la commission qui est donnée aux ministres de l'Eglise pour absoudre les péchés, sont si généraux, qu'on ne peut, sans témérité, la réduire aux péchés publics. Et comme, quand ils prononcent l'absolution au nom de Jésus-Christ, ils ne font que suivre les termes exprès de celte commission, le jugement est censé rendu par .Jésus- Christ même , pour lequel ils sont établis juges. C'est ce ponlil'e invisible qui absout intérieurement le pénitent, pendant que le prêtre exerce le ministère extérieur.
Ce jugement étant un frein si nécessaire à la licence, une source si féconde de sages conseils, une si sensible consolation pour les âmes affligées de leurs péchés, lorsque non-seulement on leur déclare en termes généraux leur absolution, comme les ministres le pratiquent, mais qu'on les absout en elTet par l'autorité de Jésus-Christ, après un examen particulier et avec connaissance de cause : nous ne pouvons croire que nos adversaires puissent envisager tant de biens, sans en regretter la perle, et sans avoir quelque honte d'une réformation qui a retranché une pratique si salutaire et si sainle.
L'E.rlrême-Onction. — Le Saint-Esprit ayant attaché h rExtrème-Onclion , selon le témoignage de saint Jacques-, la promesse expresse de la rémission des péchés, et du soulagement du malade, rien ne manque à celte sainle cérémonie pour être un véritable sacrement. Il faut seulement remarquer, que, suivant la doctrine du concile de Trente^ le malade est plus soulagé selon l'àme que selon le corps; et que comme le bien spirituel est toujours l'objet principal de la loi nouvelle, c'est aussi celui que nous devons attendre absolument de cette sainle onction, si nous sommes bien disposés : au lieu que le soulagement dans les maladies nous est seulement accordé par rapport à notre salut éternel , suivant les dispositions cachées de la divine Providence, et les divers degrés de préparation et de foi qui se trouvent dans les fidèles.
Le Mariaf/e. — Quand on considérera que Jésus- Christ adonné une nouvelle forme au mariage, en réduisant cette sainle société h deux personnes imnniablemenl et indissolublement unies*; et quand on verra que cette inséparable union est le signe de son union éternelle avec son Eglise-^; on n'aura pas de peine à comprendre que le mariage des fidèles
1. 3Iatth.. XVIII. 18; Joan., xx. 23. — 2. Jac, v. 14, 1.5. — 3. Sess. XIV, c. 2, de 3acf. txlr. Un».— i. Matth., xix. 5. — û. Ephes., V. 32.
est accompagné du Saint-Esprit et de la grAce; et on louera la bonté divine de ce qu'il lui a plu de consacrer de cette sorte la source de notre naissance.
L'Ordre. — L'imposition des mains, que reçoivent les ministres des choses saintes, étant accompagnée d'une vertu si présente du Saint-Esprit , et d'une infusion si entière de la grâce ' , elle doit être mise au nombre des sacrements. Aussi faut-il avouer que nos adversaires n'en excluent pas absolument la consécration des ministres, mais qu'ils l'excluent simplement du nombre des sacrements, qui sont communs à toute l'Eglise-.
X. Doctrine de l'Eglise touchant la présence réelle du corps et du sang de Jésus-Christ dans l'Eucharistie , et la manière dont l'Eglise entendues paroles : Ceci est mon cokps. — Nous voilà cnlin arrivés à la question de l'Eucharistie, où il sera nécessaire d'expliquer plus amplement notre doctrine, sans toutefois nous éloigner trop des bornes que nous nous sommes prescrites.
La présence réelle du corps et du sang de Noire Seigneur, dans ce sacrement, est solidement établie par les paroles de l'inslitution , lesquelles nous entendons à la lettre; et il ne nous faut non plus demander pourquoi nous nous attachons au sens propre et littéral, qu'à un voyageur pourquoi il suit le grand chemin. C'est à ceux qui ont recours aux sens figurés, et qui prennent des sentiers détournés, à rendre raison de ce qu'ils font. Pour nous qui ne trouvons rien , dans les paroles dont Jésus- Christ se sert pour l'inslitution de ce mystère, qui nous oblige à les prendre en un sens figuré, nous estimons que celte raison sufTit pour nous déterminer au sens propre. Mais nous y sommes encore plus fortement engagés, quand nous venons à considérer dansée mystère, l'intenlion du Fils de Dieu, que j'expliquerai le plus simplement qu'il me sera possible , et par des principes dont je crois que nos adversaires ne pourront disconvenir.
Je dis donc que ces paroles du Sauveur : Prenez , mangez, ceci est mon corps donné pour rous^, nous font voir ([ue , comme les anciens Juifs ne s'unissaient pas seulement en esprit à l'immolation des victimes qui étaient offertes pour eux, mais qu'en effet ils mangeaient la chair sacrifiée; ce qui leur était une marque de la part qu'ils avaient à celte oblation : ainsi Jésus-ChrisI , s'étanl fait lui-même notre victime , a voulu que nous mangeassions effectivement la chair de ce sacrifice , afin que la communication actuelle de cette chair adorable fût un témoignage perpétuel à chacun de nous en particulier, que c'est pour nous qu'il l'a prise, et que c'est pour nous qu'il l'a immolée.
Dieu avait défendu aux Juifs de manger l'hostie qui élail immolée pour leurs péchés '' , afin de leur apprendre que la véritable expiation des crimes ne se faisait pas dans la loi, ni par le sang des animaux : tout le peuple élail comme en interdit par cette défense , sans [jouvoir actuellement participer à la rémission des péchés. Par une raison opposée, il fallait que le corps de Notre Sauveur, vraie hostie immolée ])our le péché, fûl mangé |)ar les fidèles, afin de leur nionlrer, par cette manducation, que la
1. T.Thn.,iv. \i;rr. Tim.,i.û. — 2. Confes. de foi, art.3ô. — 3. Matlh., XXVI. 26; Luc, xxii. 19. —4. Levil., \i.SQ.
DE L'EGLISE CATHOLIQUE
rémission des péchés était accomplie dans le Nouveau Testament.
Dieu défendait aussi au peuple juif de manger du sang; et Tune des raisons de cette défense, était , que le sang nous est donné pour l'expiation de nos âmes'. Mais au contraire notre Sauveur nous propose son sang à boire , à cause qu'il est répandu pour la rémission des péchés-.
Ainsi la manducation de la chair et du sang du Fils de Dieu est aussi réelle , à la sainte table , que la grâce , Lexpiation des péchés, et la participation au sacrifice de Jésus-Christ est actuelle et effective dans la nouvelle alliance.
Toutefois, comme il désirait exercer notre foi dans ce mystère, et en même temps nous ôter l'horreur de manger sa chair et de boire son sang en leur propre espèce , il était convenable qu'il nous les donnai enveloppés sous une espèce étrangère. Mais si ces considérations l'ont obligé de nous faire manger la chair de notre victime d'une autre manière que n'ont fait les Juifs, il n'a pas dû pour cela nous rien ôter de la réalité et de la substance.
Il parait donc que pour accomplir les hgures anciennes, et nous mettre en possession actuelle de la victime otïerte pour notre péché, Jésus-Christ a eu dessein de nous donner en vérité son corps et son sang: ce qui est si évident, que nos adversaires mêmes veulent que nous croyions qu'ils ont en cela le même sentiment que nous, puisqu'ils ne cessent de nous répéter qu'ils ne nient ni la vérité ni la participation réelle du corps et du sang dans l'Eucharistie. C'est ce que nous examinerons dans la suite, où nous croyons devoir exposer leur sentiment, après que nous aurons achevé d'expliquer celui de l'Eglise. Mais, en attendant, nous conclurons que si la simplicité des paroles du Fils de Dieu les force à reconnaître que son intention expresse a été de nous donner en vérité sa chair, quand il a dit : Ceci est mon corps , ils ne doivent pas s'étonner si nous ne pouvons consentir à n'entendre ces mots qu'en figure.
En elTet, le Fils de Dieu, si soigneux d'exposer à ses apôtres ce qu'il enseigne sous des paraboles et sous des figures, n'ayant rien dit ici pour s'expliquer, il parait qu'il a laissé ses paroles dans leur signification naturelle. Je sais que ces messieurs prétendent que la chose s'explique assez d'ellemême , parce qu'on voit bien , disent-ils , que ce qu'il présente n'est que du pain et du vin; mais ce raisonnement s'évanouit, quand on considère que celui qui parle est d'une autorité qui prévaut aux sens, et d'une puissance qui domine toute la nature. Il n'est pas plus difficile au Fils de Dieu de faire que son corps soit dans l'Eucharistie , en disant : Ceci est mon corps , que faire qu'une femme soit délivrée de sa maladie, en disant : Femme, tu es délixrée de ta maladie^; ou de faire que la vie soit conservée à un jeune homme, en disant à son père : Ton fils est vivant^; ou enfin de faire que les péchés du paralytique lui soient remis , en lui disant ; Tes péchés te sont remis^.
Ainsi n'ayant point à nous mettre en peine comment il exécutera ce qu'il dit , nous nous attachons précisément à ces paroles. Celui qui fait ce qu'il
1. Lfvil., STii. 11. —2. MaWi., xxvi. 2S. — 3. Luc, xiii. 12. — 4. Joan., IV. 50. — 5. Matili., ix. 2.
; veut, en parlant , opère ce qu'il dit; et il a été plus aisé au Fils de Dieu de forcer les lois de la nature pour vérifier ses paroles, qu'il ne nous est aisé d'accommoder notre esprit à des interprétations
^ violentes , qui renversent toutes les lois du dis-
' cours.
Ces lois du discours nous apprennent que le signe qui représente naturellement , reçoit souvent le nom de la chose, parce qu'il lui est comme naturel d'en ramener l'idée à l'esprit. Le même arrive aussi , quoiqu'avec certaines limites , aux signes d'institution, quand ils sont reçus, et qu'on y est accoutumé. Mais qu'en établissant un signe qui de soi n'a aucun rapport à la chose ; par exemple, un morceau de pain pour signifier le corps d'un homme, on lui en donne le nom , sans rien expliquer, et avant que personne en soit convenu , comme a fait Jésus-Christ dans la Cène, c'est une chose inouïe, et dont nous ne voyons aucun exemple dans toute l'Ecriture sainte, pour ne pas dire dans tout le langage humain.
Aussi messieurs de la religion prétendue réformée ne s'arrêtent pas tellement au sens figuré qu'ils ont voulu donner aux paroles de Jésus-Christ, qu'en même temps ils ne reconnaissent qu'il a eu intention, en les proférant, de nous donner en vérité son corps et son sang.
XL Explication des paroles : F.utes ceci en méiMOiRE DE MOI. — Après avoir proposé les sentiments de l'Eglise touchant ces paroles : Ceci est mon corjis, il faut dire ce qu'elle pense de celles que Jésus -Christ y ajouta : Faites ceci en mémoire de moi'. Il est clair que l'intention du Fils de Dieu est de nous obliger par ces paroles, à nous souvenir de la mort qu'il a endurée pour notre salut: et saint Paul conclut de ces mêmes paroles, que 7ious annonçons la mort du Seigneur- dans ce mystère. Or il ne faut pas se persuader que ce souvenir de la mort de Notre Seigneur exclue la présence réelle de son corps : au contraire, si on considère ce que nous venons d'expliquer, on entendra clairement que cette commémoration est fondée sur la présence réelle. Car de même que les Juifs , en mangeant les victimes pacifiques, se souvenaient qu'elles avaient été immolées peureux; ainsi, en mangeant la chair de Jésus-Christ notre victime, nous devons nous souvenir qu'il est mort poumons. C'est donc cette même chair mangée par les fidèles, qui non- seulement réveille en nous la mémoire de son immolation , mais encore qui nous en confirme la vérité. Et loin de pouvoir dire que cette commémoration solennelle, que Jésus-Christ nous ordonne de faire, exclue la présence de sa chair; on voit au contraire que ce tendre souvenir qu'il veut que nous ayons à la sainte table de lui, comme immolé pour nous, est fondé sur ce que cette même chair y doit être prise réellement; puisqu'en etïel il ne nous est pas possible d'oublier que c'est pour nous qu'il a donné son corps en sacrifice , quand nous voyons qu'il nous donne encore tous les jours celte victime à manger.
Faut-il que des chrétiens, sous prétexte de célébrer dans la Cène la mémoire de la passion de notre Sauveur, oient à celte pieuse commémoration ce qu'elle a de plus efficace et de plus tendre'? Ne doi-