‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 58 sur 545 · Luc, XXII. 19. — 2. /. Cor., xi · texte numérisé non relu

Luc, XXII. 19. — 2. /. Cor., xi

EXPOSITION DE LA DOCTRINE

vent-ils pas consitlércr que Jcsus-Chrisl ne commande pas siiuitleiiuMiL qu'on se souvienne de lui, mais qu'on s'en souvienne en niangeanl sa chair et son sang? Qu'on iircnnc garde à la suile et à la force de ses paroles. Il ne dit pas simplement, comme messieurs de la religion prétendue rérorméc semlilent l'entendre, (|ue le ]iain ol le vin de l'Eucharistie nous soient un miJmurial de son corps et de son sang; mais il nous avertit qu'en faisant ce qu'il nous proscrit, c'est-à-dire, en ijrenant son corps et son sang, nous nous souvenions do lui. Qu'y a-t-il en effet do plus puissant pour nous en faire souvenir? El si les enfants se souviennent si tendrement do leur père et de ses bontés, lorsqu'ils s'approchent du tombeau où son corps est enfermé; combien notre souvenir et notre amour doivent-ils être excités, lorsque nous tenons sous ces enveloppes sacrées, sous ce tombeau mystique, la propre chair de notre Sauveur inunolé pour nous, cette chair vivante et vivifiante, et ce sang encore tout chaud par son amour, et tout plein d'esprit et de grâce? Que si nos adversaires continuent de nous dire, que celui qui nous commande de nous souvenir de lui ne nous donne pas sa propre substance, il faudra enfin les prier de s'accorder avec euxmêmes. Ils protestent qu'ils ne nient pas dans l'Eucharistie, la communication réelle de la propre substance du Fils de Dieu. Si leurs paroles sont sérieuses , si leur doctrine n'est pas une illusion, il faut nécessairement qu'ils disent avec nous, que le souvenir n'exclut pas toute sorte de présence, mais seulement celle qui frappe les sens. Leur réponse sera la nôtre, puisqu'on disant que Jésus-Christ est présent, nous reconnaissons en même temps qu'il ne l'est pas d'une manière sensible.

Et si l'on nous demande, d'où vient que croyant, comme nous faisons, qu'il n'y a rien pour les sens dans ce saint mystère, nous ne croyons pas qu'il sulTise que Jésus-Christ y soit présent par la foi, il est aisé de répondre et de démêler cette équivoque. Autre chose est de dire que le Fils de Dieu nous soit présent par la foi; et autre chose de dire que nous sachions par la foi qu'il est présent. La première façon de parler n'emporte qu'une présence morale; la seconde nous en signifie une Irès-réelle, parce que la foi est très-véritable; et cette présence réelle, comme par la foi, suffit pour opérer dans le juste qui vit de foi', tous les effets que j'ai remarqués.

XII. Exposition de la doctrine des calinnistes sur la réalité. — Mais pour oter une fois toutes les 6(Iuivoques dont les calvinistes se servent en cette matière, et faire voir en même temps jusqu'à quel point ils se sont approchés de nous , (luoique je n'aie entrepris que d'expliquer la doctrine de l'Eglise, il sera bon d'ajouter ici l'exposition de leurs sentiments.

Leur doctrine a deux parties : l'une ne parle ([ue de figure du corps et du sang; l'autre ne parle que de réalité du corps et du sang. Nous allons voir par onlre chacune do ces parties.

Ils disent premièrement, que ce grand miracle de la présence réelle, i\uo nous admeltons, ne sert de rien; que c'est assez pour iioln; salul, que Jésus- Christ soit mort pour n(]us; que ce sacrifice nous

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