‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 69 sur 545 · LETTRE A M · texte numérisé non relu

LETTRE A M

Bossuet répond à une difficulté proposée par un protestant, en faveur de sa religion. Il la détruit par les principes établis dans VExposilion de la doctrine catholique, etc., et tire de l'aveu des protestants , des conséquences invincibles contre eux'.

AssuBÉMENT, mousicur, celui dont vous m'avez montré la lettre est un homme de très-bon esprit; et les principes de vertu que je vois en lui, me font désirer avec ardeur qu'il en fasse l'application

1. Les protostants ont publié cette lettre dans un volume qui a pour titre : Lettre de M. l'cvr'jue de Condom , avec ta réponse de M. Dubourdicu le /Ils, ministre à Montpellier, A Cologne, I6S2, Nous ne donnons point ici ia réponse du ministre Dubour- (lieu , parce qu'elle contient près de cent pages d'impression, et que Bossuet n'a pas cru qu'elle demandât de sa part une réplique. Nous nous bornerons h un extrait do la lettre que le ministre écrivit à M. de Saussan , conseiller à la cour îles aides de Montpellier, à qui il adressa cette réponse. Le lecteur y verra l'idée que les protestants avaient du mérite de Bossuet, et la considération qu'ils lui portaient.

t Je vous dirai franchement, écrit Dubourdieu, que les manières p honnêtes et chrétiennes, par lesquelles M. de Meaux so dis- " tingue de ses confrères, ont beaucoup contribue à vaincre la «répugnance que j'ai pour tout ce qui s'appelle disputa- Car, » si vous y prenez garde, ce prélat n'emploie que des voies » évangéliques pour nous persuader sa religion : il prêche, il » compose des livres, il fait dos lettres , et travailla à nous faire » quitter notre créance par des moyens convenables ù son carac-

à un meilleur sujet ([u'à une religion comme la sienne.

Il semble que ce qui le frappe le plus est une raison que M. Dalllé a mise en grande vogue parmi messieurs de la religion prétendue réformée. Cette raison est que tous les articles dont ils composent leur créance sont approuvés parmi nous; d'où il résulte que leur religion ne faisant qu'une partie de la notre, et encore la partie la plus essentielle, nous ne pouvons les accuser de rien croire qui ne soit orthodoxe. Voilà les termes dont monsieur votre parent se sert pour expliquer ce raisonnement. Il est spécieux, il est plausible : mais s'il fait un peu de réilexion sur les réponses que nous avons à y faire, il connaîtra combien il est vain.

Premièrement, il est aisé de lui faire voir que les sociniens font un raisonnement semblable au sien , et que leur raisonnement n'en est pas moins faux.

Un socinien peut dire aux prétendus réformés tout ce que les prétendus réformés nous disent. Vous croyez tout ce que je crois, dit le socinien. Je crois qu'il n'y a qu'un Dieu , Père de Jésus-Christ et Créateur de l'univers; vous le croyez. Je crois que le Christ qu'il a envoyé est homme; vous le croyez. Je crois que cet homme est uni à Dieu par une parfaite conformité de pensées et de désirs; vous le croyez. Vous croyez donc ce que je crois ; il est vrai que vous croyez des choses que je ne crois pas. Ainsi ma religion ne fait qu'une partie de la vôtre; et vous ne pouvez m'accuser de rien croire qui ne soit orthodoxe, puisque vous croyez tout ce que je crois.

Que dira votre parent, monsieur, à ce raisonnement des sociniens? Il ne sera pas sans réponse , je le sais bien; et la réponse sera bonne : mais je me servirai de sa réponse contre lui-même.

Il dira aux sociniens : Vous croyez une partie de ce que je crois; et je ne puis accuser de faux ce que vous croyez avec moi : mais je prétends qu'il faut croire non pas une partie, mais tout ce que je crois; parce que tout ce que je crois a été révélé de Dieu , et que ce n'est pas assez de ne croire qu'une partie de ce que Dieu a révélé.

Voilà une très-bonne raison; et c'est la même dont nous nous servons pour détruire l'objection des prétondus réformés. Votre religion, leur disons-nous, ne sera, si vous voulez, qu'une partie de la nôtre : mais si , parmi les articles de notre religion que vous laissez, il y en a un seul qui soit clairement révélé de Dieu , vous êtes perdus, par la même raison qui perd le socinien.

» tère et à l'esprit du christianisme. Nous devons avoir de la » reconnaissance pour les soins charitables de ce grand prélat, ec » examiner ses ouvrages sans préoec:upation , comme venant d'un » cœur qui nous aime et qui souhaite notre salut. Si ses raisons » sont bonnes , nous devons rentrer dans son Eglise, sans qu'au- » cuno considération humaine nous arrête. Si nos raisons sont «meilleures, nous devons les lui proposer, et aimer toujours » notre religion , sans qu'aucune considération humaine soit ca-

> pahie de nous déiiaucher. Il ne voudrait pas , sans doute , que » nous changeassions de religion contra la conviction de notre » conscience , et les lumières de notre raison. 11 sait que la per- » suasion et l'évidence sont les seules clefs qui ouvrent les » cœurs : il sait qu'autrement on peut faire des hypocrites, mais

> que l'on ne fera jamais de bons chrétiens : il sait que les con- » versions que l'on fait par une autre voie sont des invasions, at • non pas de légitimes conquêtes. Aussi les intentions droites » et pures de ce grand homme , jointes au ressentiment que j'ai » de vos faveurs, m'ont déterminé a vous envoyer les rédexions » que j'ai faites sur la lettre que vous m'avez doiinéo. » [Edit. de Déforis.)

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