‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 70 sur 545 · LETTRES RELATIVES A L'EXPOSITION · texte numérisé non relu

LETTRES RELATIVES A L'EXPOSITION

Sur cela il faudra entrer en dispute, si le point de la réalilé; si l'imposition des mains qui donne le Saint-Esprit , et que nous appelons la Gonlirniation; si l'Extrème-Onction, si bien expliquée par l'apotre saint Jacques; si le pouvoir de remettre et de pardonner les péchés dans le tribunal de la pénitence, si l'obligation [de se conformer à] ce que les apôtres ont laissé à l'Eglise , tant de vive voix que par écrit; si l'infaillibilité et l'indéfeclibililé de l'Eglise, si tant d'autres choses aussi importantes, que nous croyons révélées de Dieu môme par son Ecriture , et que les prétendus réformés ne veulent pas recevoir, sont telles que nous les croyons. Ainsi l'argument de M. K" se trouvera fort défectueux, puisqu'il laisse toutes ces questions en leur entier.

Secondement, il n'est pas vrai que nous croyons tout ce que croient messieurs les prétendus réformés. Ils croient, par exemple, que l'état de l'Eglise peut être interrompu, qu'elle peut tomber en ruine, qu'elle peut se tromper, qu'elle peut cesser d'être visible : et nous croyons que toutes ces choses sont directement contraires, non-seulement aux vérités révélées de Dieu, mais aux vérités fondamentales, et à ces articles du Symbole : « Je crois au Saint- » Esprit , la sainte Eglise universelle , la commu- » nion des saints, etc. »

Ils s'abusent donc, quand ils pensent que nous ne les accusons pas de nier les points fondamentaux : car en voilà un que nous les accusons de nier; et la preuve que nous en donnerions serait bientôt établie : mais ce n'est pas de quoi 11 s'agit ; nous ne sommes pas ici à traiter le fond : nous sommes à examiner ce qu'ils peuvent tirer de notre aveu. Vous voyez qu'ils n'en peuvent rien tirer; et je crois M. N"* si raisonnable, qu'il en conviendra aisément, si peu qu'il y fasse de réflexion.

Mais s'ils ne peuvent rien tirer de notre aveu , ce que nous tirons du leur est invincible. Ils disent que leurs articles positifs comprennent tous les articles fondamentaux de la religion : ils disent tous les articles positifs , encore qu'ils ne veuillent pas croire tous les nôtres : il est donc vrai, selon eux, que nous croyons tous les articles fondamentaux de la religion. Allons plus avant. Il est certain , selon eux, que qui croit tous les articles fondamentaux de la religion est dans la voie du salut, encore qu'il erre dans d'autres points non fondamenlaux : or, nous croyons , selon eux , tous les articles fondamentaux : donc quand ils nous auraient convaincus d'erreur en quelques points, nous ne laisserions pas , selon leurs principes , d'être dans la voie du salut.

Voilà l'argument que j'ai fait dans mon livre de l'ExposiTioN. Si M. N"* prend la peine de voir l'article n de ce Traité , il y trouvera ce raisonnement, et rien davantage.

Quant à ce qu'il dit, que peu s'en faut que je n'avoue que les articles qui demeurent en contestalion parmi nous ne sont pas nécessaires, je ne sais où il a appris cela ; car assurément je n'ai rien dit qui y tende : rien n'est plus éloigné ni de mes paroles ni de ma pensée. A Dieu ne plaise , par exemple, que je pense que l'on puisse croire, sans renverser tous les fondements de la foi , ce que messieurs de la religion prétendue réformée croient de

l'Eglise; qu'elle peut disparaître , être interrompue , défaillir, tomber dans l'erreur. .Je ne crois rien de plus nécessaire ni de plus essentiel que la doctrine contraire. Je crois que qui nie cette doctrine de l'infaillibilité et de l'indéfeclibililé de l'Eglise, nie directement un article du Symbole , et renverse le fondement de tous les autres. Si M. N"*, qui me fait l'honneur de citer mon livre, prend la peine d'en lire les articles xvni, xix et xx, il verra que c'est tout détruire , même selon les principes de sa religion, que de douter tant soit peu de l'autorité des décisions de l'Eglise.

Mais pour nous tenir à l'argument qu'il a voulu tirer contre nous de notre aveu , il peut voir présentement combien il est vain. Quant à celui que j'ai fait sur les principes dont il convient, il est invincible.

Je le répète encore une fois : ceux de la religion demeurent d'accord que nous croyons tous les fondements de la foi : ceux de la religion demeurent d'accord que qui croit tous ces fondecnents est en la voie du salut : donc ceux de la religion ne peuvent nier que nous n'y soyons.

M. N"* dira-t-il que nous ne recevons pas tous les articles fondamentaux'? Il ne le peut dire, puisqu'il soutient que nous croyons tout ce qu'il croit.

Dira-t-il qu'il ne sufhse pas pour le salut de croire tous ces fondements? Cela est contraire aux principes de sa religion, où on reçoit à la Cène , et au salut par conséquent, les Luthériens, nonobstant la créance de la réalité. C'est une doctrine constante parmi eux , que les erreurs moins essentielles, quand le fondement est entier, sont la paille et le bois, dont parle l'Apôtre', bdlis sur les fondements, qui n'empêchent pas qu'on ne soit sauvé comme par le feu. Il suffît donc, selon eux, pour le salut de croire les fondements.

Dira-t-il que ces fondements ne suffisent pas pour nous sauver, parce que nous les détruisons par des conséquences? Qu'il prenne la peine de lire l'article n de mon Exposition; il verra cette objection détruite par une preuve invincible , et par les propres principes de M. Daillé, qui enseigne qu'une conséquence ne peut pas être imputée à celui qui la nie.

Il doit donc tenir pour constant que la voie du salut nous est ouverte. Il demeure d'accord que si cela est , il faut venir à nous : il ne doit plus hésiter; il faut qu'il vienne.

La simplicité qu'il loue tant dans sa religion ne le doit pas retenir. Sa religion n'est en etlet que trop simple; mais elle ne l'est pas tant que celle des sociniens, que celle des indépendants , que celle des trembleurs. Tous ces gens-là se glorifient de leur simplicité : ils se vantent tous de ne rien croire que le Symbole des apôtres. C'est de peur de violer cette simplicité, qu'ils ne veulent ajouter à ce Symbole ni la consubstantialité des Pères de Nicée, ni la doctrine du péché originel, ni celle de la grâce chrétienne , ni celle de la rédemption et de la satisfaction de Jésus-Christ. Ils comptent comme une partie de la simplicité , de n'avoir point parmi eux cette subordination de colloques et de synodes , ni tant de lois ecclésiastiques, qui se voient dans la discipline des prétendus réformés , en France ,

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