SUPÉRIEUR DES BÉNÉDICTINS ANGLAIS
11 demande à Bossuet des éclaircissements au sujet du livre de l'Exposition.
Monseigneur ,
J'ai reçu une lettre depuis peu d'un de nos Pères en Angleterre, qui me mande qu'il a traduit en anglais le livre composé par Votre Grandeur, de V Exposition de la foi calholique, etc. La traduction est si bien reçue, qu'en trois mois de temps on en a débité plus de cinq mille copies; et à présent, le libraire le réimprime pour la troisième fois. Mais il est nécessaire de donner quelque avertissement pour servir de réponse aux objections d'un ministre, qui a fait des remarques malicieuses sur l'ouvrage de Votre Grandeur, selon qu'il est marqué dans ce papier. C'est pourquoi je la supplie très-humblement de nous instruire de ce que nous y pouvons répondre; et elle obligera très-particulièrement. Monseigneur, votre très-humble et trèsobéissant serviteur.
F. J. Shirburne , super, des Bénédict. anglais.
A Paris, 3 avril 1086.
Copie d'une Lettre écrite en anglais par le P. Johnston , bénédictin anglais , de la chapelle du Roi, adressée au H. P. Shirburne.
Il rapporte plusieurs allégations des protestants contre le livre de l'Exposition.
Je vous enverrai au plus tôt par mademoiselle Harris, deux de mes traductions anglaises du livre de Monseigneur de Meaux, qui a pour titre : l'Exposition de la foi, etc. Une troisième édition est présentement chez l'imprimeur. Je vous enverrai aussi un livre qui entreprend de le réfuter par manière d'une Exposition de la doctrine de l'Eglise d'Angleterre. Mais dans la préface, je rencontre quelques matières de fait, auxquellesje ne pourrais pas facilement répondre sans quelque assistance, soit de la part de Monseigneur môme, ou de quelques-uns parmi vous.
Premièrement, il dit que la. Sorbonno n'a pas
voulu approuver le livre , et que même la première édition était entièrement supiirimée, parce que les docteurs de Sorbonne y trouvaient à redire , et qu'une seconde impression a été imposée au monde comme la premi^>re.
Secondement, qu'il y avait une réponse écrite par MM. "", qui n'a pas été publiée.
Troisièmement, que les doctrines qui s'y trouvent respectivement, ont été combattues par des catholiques, nonobstant toutes les approbations, savoir les prières explicites aux saints avec un Orapro nobis, par le P. Grasset , jésuite , dans son livre intitulé, la véritable dévotion envers la sainte Vierge : et l'honneur dû aux images , par le cardinal Gapisucchi, dans ses Controverses.
Quatrièmement, que M. Imbert , prêtre et docteur en théologie, dans l'université de Bordeaux, était accusé et suspendu par le moyen des Pères de la mission, à cause qu'il condamnait ces deux propositions comme fausses et idolâtres : 1" que la croix devait être adorée de même manière que Jésus-Christ dans le saint Sacrement; 2» que nous devons adorer la croix avec Jésus-Christ de même manière que la nature humaine avec la divine; et cela, nonobstant qu'il alléguait l' Exposition de la foi de Monseigneur de Meaux.
Cinquièmement, il avance que Monseigneur de Meaux a été très-fertile à produire de nouveaux livres, mais qu'il ne répondait pas à ce qui s'écrivait à rencontre; ce qu'il attribue à l'incapacité qu'ils ont à être soutenus.
Sixièmement, il fait un sommaire de quelquesuns des passages , corrigés dans la seconde édition, ou môme laissés , avec des remarques sur les motifs de ceci : et conclut, en faisant récit comme M. de Witte , pasteur et doyen de Sainte-Marie de Malines, était condamné le 8 juillet dernier, par l'université de Louvain, par les brigues de l'internonce, et le Pape, pour avoir enseigné des doctrines scandaleuses et pernicieuses, lesquelles il protestait être tout à fait conformes à celles de Monseigneur de Meaux.
Pour ce qui regarde ces matières de fait, si vous avez la bonté d'en faire faire quelque recherche, ce nous serait une obligation, et pourrait faire beaucoup de bien. On a trouvé à propos qu'il y eût quelque réplique à ces censures, ajoutée en façon d'appendix à cette troisième impression, pour la justifier être notre véritable doctrine qui s'y expose, et dissiper ces fausses nuées.
Je vous supplie encore une fois, de me donner des réponses à ces matières de fait, et me les fournir au plus tôt , avec d'autres remarques selon que vous trouverez à propos , et vous obligerez votre très-humble, etc.
t\ Londres, 13 mars 1686.