RÉPONSE DE BOSSUET AU PÈRE SHIRBURNE
Sur les objections d'un ministre anglais, contre le Hure de riîxposition de la Doctrine catliolique.
Mon Révérend Père , Il ne me sera pas dilTicilc de répondre à votre lettre du 3 , ni de satisfaire aux objections de fait qu'on vous envoie d'Angleterre contre mon Exposi-
LETTRES RELATIVES A LEXPOSITIOX.
tion de la doctrine catholique. Le ministre anglais qui l'a réfutée, et dont vous m'envoyez les objections, n'a fait que ramasser des contes que nos huguenots ont voulu débiter ici, et qui sont tombés d'eux-mêmes, sans que j'aie eu besoin de me donner la peine de les combattre.
Cet auteur dit premièrement, que la Sorbonne n'a pas voulu donner son approbation à mon livre. Mais tout le monde sait ici que je n'ai jamais seulement songé à la demander.
La Sorbonne n'a pas accoutumé d'approuver des livres en corps. Quand elle en approuverait , je n'aurais eu aucun besoin de son approbation, ayant celle de tant d'évèques, et étant évèque moi-même. Cette vénérable compagnie sait trop ce qu'elle doit aux évèques, qui sont naturellement par leur caractère les vrais docteurs de l'Eglise, pour croire qu'ils aient besoin de l'approbation de ses docteurs : joint que la plupart des évêques qui ont approuvé mon livre , sont du corps de la Sorbonne, et moi-même je tiens à honneur d'en être aussi. C'est une grande faiblesse de me demander que j'aie à produire l'approbation de la Sorbonne, pendant qu'on voit dans mon livre celle de tant de savants évêques, celle de tout le Clergé de France, dans l'assemblée de 1682, et celle du Pape même.
Vous voyez par là, mon Révérend Père, que c'est une fausseté toute visible de dire qu'on ait supprimé la première édition de mon livre, de peur que les docteurs de Sorbonne n'y trouvassent à redire. Je n'en ai jamais publié, ni fait faire d'édition, que celle qui est entre les mains de tout le monde, à laquelle je n'ai jamais ni oté ni diminué une syllabe : et je n'ai jamais appréhendé qu'aucun docleur catholique y put rien reprendre. Voilà ce qui regarde la première objection de l'auteur anglais.
Ce qu'il ajoute, en second lieu, qu'un catholique, dont il désigne le nom par une lettre capitale, avait écrit contre moi : quand cela serait , ce serait tant pis pour ce mauvais catholique; mais c'est, comme le reste , un conte fait à plaisir. C'est en vain que nos huguenots l'ont voulu débiter ici : jamais personne n'a ouï parler de ce catholique : ils ne l'ont jamais pu nommer, et tout le monde s'est moqué d'eux.
En troisième lieu, on dit que le P. Crasset, jésuite, a combattu ma doctrine dans un livre intutulé : La véritable déwlion envers la sainte Vierge. Je n'ai pas lu ce livre; mais je n'ai jamais ouï dire qu'il y eût rien contre moi , et ce Père serait bien fâché que je le crusse.
Pour le cardinal Capisucchi , loin d'être contraire à la doctrine que j'ai enseignée , on trouvera son approbation expresse parmi celles que j'ai rapportées dans l'édition de V Exposition de la Foi, de l'an 1679 : et c'est lui qui, comme maître du sacré Palais, permit, l'an 1G75, l'impression qui se fit alors à la Congrégation de Propagandâ Fide, de la version italienne de ce livre. Voilà ceux que les adversaires pensent m'opposer.
Quant à ce M. Imbert, et à M. le Pasteur de Sainte-Marie de Malines , qu'on prétend avoir été condamnés, encore qu'ils alléguassent mon Exposition pour garant de leur doctrine, c'est à savoir s'ils l'alléguaient à tort ou à droit : et des faits avancés en l'air, ne méritent pas qu'on s'en informe davantage.
Mais puisqu'on désire d'en être informé, je vous dirai que cet Imbert est un homme sans nom comme sans savoir, qui crut justifier ses extravagances devant Î\I. l'archevêque de Bordeaux son supérieur, en nommant mon Exposition à ce prélat, qui en a souscrit l'approbation dans l'assemblée de 1682. Mais tout le monde vit bien que le ciel n'est pas plus loin de la terre , que ma doctrine l'était de ce qu'avait avancé cet emporté. Au reste, jamais catholique n'a songé qu'il fallût rendre à la croix le même honneur qu'on rend à Jésus-Christ dans l'Eucharistie, ni que la croix avec Jésus-Christ dût être adorée de la même manière que la nature humaine avec la divine en la personne du Fils de Dieu. Et quand cet homme se vante d'être condamné pour avoir nié ces erreurs, que personne ne soutint jamais, il montre autant de malice que d'ignorance.
Pour le pasteur de Sainte-Marie de Malines, qu'on dit être un homme de mérite, j'ai vu un petit imprimé de lui intitulé : Molivum Juris , où il avance que le Pape est dans l'Eglise , ce que le président est dans un conseil, et le premier échevin ou le bourguemeslre, comme on l'appelle dans les Pays- Bas, dans la compagnie des échevins; chose irèséloignée de VExposilion, où je reconnais le Pape comme un chef établi de Dieu, à qui on doit soumission et obéissance. Si donc la faculté de Louvain a censuré cet écrit , je ne prends point de part dans cette dispute. Et d'ailleurs mon Exposition est si peu rejetée dans les Pays-Bas, qu'au contraire elle y parait imprimée à Anvers en langue flamande, avec toutes les marques de l'autorité publique, tant ecclésiastique que séculière.
Pour ces prétendus passages qu'on prétend que j'ai corrigés dans une seconde édition , de peur de fâcher la Sorbonne, c'est, comme vous voyez, un conte en l'air : et je répète que je n'ai ni publié, ni avoué, ni fait faire aucune édition de mon ouvrage que celle que l'on connaît, où je n'ai jamais rien changé.
Il est vrai que comme ce petit traité fut donné d'abord écrit à la main, pour servira l'instruction de quelques personnes particulières, et qu'il s'en répandit plusieurs copies, on le fit imprimer sans ordre et sans ma participation. Personne n'en iniprouva la doctrine : et moi-même, sans y rien changer que quelque chose de nulle importance, seulement pour l'ordre et pour une plus grande netteté du discours et du style, je le fis imprimer comme on l'a vu. Si là-dessus on veut croire que j'ai été en quelque sorte contraire à moi-même, c'est être de trop facile croyance.
La dernière objection que me fait le ministre anglais, c'est que je suis assez fertile à faire de nouveaux livres; mais que je ne réponds pas à ce qu'on écrit contre mes ouvrages : d'où il conclut que je reconnais qu'on ne peut pas les défendre. Il est vrai que j'ai fait trois petits traités de controverse, dont l'un est celui do Y Exposition. Sur celui-là, comme on objectait principalement que j'avais adouci et déguisé la doctrine catholique, la meilleure réponse que je pouvais faire était de rapporter les attestations qui me venaient naturellement de tous les côtés de l'Europe, et celle du Pape même, réitérée par deux fois. Cette réponse est sans repartie; et j'ai dit ce qu'il fallait sur ce sujet-là, dans un aver-
LETTRE a RELATIVES A L' E .XPOSITIOX.
lissemcnl que j'ai mis à latèle de l'édition de 1679.
Si le Père qui vous a envoyé les objeclions du ministre anglais n'a pas connaissance de cet avertissement, je vous prie de le prendre chez Cramoisi, en vertu de l'ordre que vous trouverez dans ce paquet , et de l'envoyer à ce Pore , comme il a été inqirimé en 1(586, parce que j'ai ajouté dans celte édition l'approbation du Clerfié de France, et une seconde approbation Ircs-aulliênlique du Pape.
Que si ce Père veut prendre la peine de joindre à la traduction de VE.rposilion , celle de cet avertissement et des approbations qui y sont jointes, il rendra son travail plus profitable au public, et il fermera la bouche aux contredisants.
Quant aux deux autres petits traités que j'ai composés sur la controverse , l'un est sur la Communion sous les deux espèces; et l'autre, c'est ma Conférence a cec M. Claude, ministre de Charenton, sur l'autorité de l'Eglise, avec des réllexions sur les réponses de ce ministre.
Dans ces traités , je tûche de prévoir les objections principales, et d'y donner des réponses dont les gens sensés soient contents. Après cela, de multiplier les disputes, et de composer livres sur livres, pour embrouiller les questions, et en faire perdre la piste ; ni la charité ne me le demande , ni mes occupations ne me le permettent.
Vous pouvez envoyer cette lettre en Angleterre : le révérend Père qui a désiré ces éclaircissements, en prendra ce qu'il trouvera convenable. S'il trouve qu'il soit utile de dire qu'il a appris de moi-môme ce qui regarde ces faits et mes intentions, il le peut; et il peut aussi assurer sans crainte qu'il n'y a rien qui ne soit public et certain.
Je lui suis très-obligé de ses travaux : s'il désire quelque autre chos.e de moi , je le ferai avec joie. Donnez-moi les occasions de servir votre sainte communauté, que j'honore il y a longtemps, et suis avec beaucoup de sincérité, mon Révérend Père, votre bien humble , et très-obéissant serviteur. -|- J. BÉ.N'iGNE, écêque de Menux.
A Meaux, ce (i avril IGSG.
LETTRE DU P. JOIINSTON,
AUTEUR DE LA VERSION ANGLAISE DE LEXPUSITWy.