Hist. de l'EMh.,3' part., p. M8; Amst
sacrées, qui selon Auberlin ne peut i^as élrc un honneur purement civil, est mémo appelé religieux en un certain sens par Drelinc(uu't. Il apporte l'arche d'alliance parmi les exemples des choses qu'on peut honorer religieusement ; et il en dit autant de l'eau du Ba|>tème, du pain de la Cène. « Nous n'a- » vous garde, dit-il, de les confondre avec de l'eau » et du pain communs; mais à cause de leur usage » religieux et sacré, nous les honorons rcligieuse- » ment comme les types et les mémoriaux do Jésus- » Christ, etc. »
Voilà donc cet honneur des choses sacrées qui n'est ni l'honneur de la divinité , ni un honneur purement civil , reconnu manifestement dans la nouvelle reforme. Entre les choses sacrées, qu'y a-t-il de plus sacré et de plus dédié à Dieu , que les saints qui sont ses temples vivants Y Aussi voyonsnous que Drelincourt, dans le passage que nous avons rapporté , ne fait nulle diiïiculté de dire que l'honneur qu'on rend dans sa religion à la sainte Vierge et aux saints , est saint et religieux au même sens que celui qu'on rend à l'arche d'alliance et aux sacrements , c'est-à-dire , que cet honneur rendu aux saints est religieux à cause qu'ils sont honorés , comme dit le même ministre, pour l'honneur de Dieu qui les remplit de sa grâce , et les couronne de sa gloire.
Que si quelques-uns de nos réformés , par exemple Vossius, ne veulent pas recevoir cette expression de Drelincourt, ce ne sera en tout cas qu'une dispute de mots; et au fond trois choses seront assurées.
La première, que les saints sont dignes de quelque respect.
La seconde , qu'on les honore , comme dit Drelincourt, pour l'honneur de Dieu, qui les remplit de sa grâce et les couronne de sa gloire.
La troisième, que l'honneur qui leur est rendu par ce motif, de quelque nom qu'on l'appelle, ne peut pas être un honneur purement civil , tel qu'on le rend, par exemple, aux magistrats; mais que c'est un honneur d'un autre rang, et à peu près de même nature que celui qu'on rend aux choses sacrées dans l'une et dans l'autre religion.
Il n'est donc plus question de chercher le genre d'honneur qui peut être rendu aux saints : il est tout trouvé , et nos réformés en sont d'accord ; il ne s'agit que de le rendre à qui il convient, et d'en régler l'exercice. Mais pour procéder encore ici par des faits constants et positifs , avoués dans les deux religions , parmi ces sortes d'honneur que les prétendus réformés veulent bien qu'on rende aux saints, il y en a une que je choisirai pour servir de règles à toutes les autres.
XIII. Réponses à quelques autres objections, sur la commémoration des saints dans le service divin, et les jours de fêtes consacrés en leur honneur. — Nous en avons déjà touche quelque chose. Nous avons dit (jue Daillé, dans son livre contre le culte des Latins, convient que non-seulement au quatrième siècle, où selon lui le culte divin commentait à se corrompre, mais encore dans les premiers siècles , où il prétend qu'il se conservait en sa pureté, il y avait des jours établis pour célébrer annuellement dans l'Eglise et dans le service divin la mémoire des saints martyrs. II rapporte lui-
DU CULTE DU A DIEU
môme pour cela deux lettres de saint Cyprien, qui vivait au milieu du troisième siècle : dans l'une desquelles il ordonne qu'on lui envoie les noms des saints confesseurs qui étaient morts dans les prisons, « alln, dit-il', que nous célébrions leur nié- » moire entre les mémoires des martyrs : » et dans l'autre il parle ainsi : « Vous vous souvenez dit-iP, » que nous ofTrons des sacrilîces pour Laurentin et 1) Ignace toutes les fois que nous célébrons la pasi> sion et le jour des martyrs par une commémora- » tion annuelle. »
Que personne ne soit troublé de ce que dit ici saint Cyprien, qu'on offrait le sacrifice pour les martyrs : olTrir pour un martyr, selon le langage ecclésiastique, qui a duré jusqu'à notre siècle, c'est dire, comme parle ailleurs le même saint Cyprien^, ofl'vir pour sa mémoire. Et Daillé luimême dit en ce lieu'* « que ces sacrifices pour les » martyrs , c'étaient des actions de grâces qu'on » rendait à Dieu pour leur mort, pour leur cons- » tance, et pour leur salut. »
Il n'est pas temps de disputer de ce sacrifice. Je me contente à présent de ce que ce ministre nous accorde, qu'il y acail tous les ans des jours dédiés à célébrer la mémoire des martyrs, dès le temps de saint Cyprien. Même en remontant cent ans plus haut, nous trouverons cette sainte cérémonie eu usage; et le même ministre en convient par ces paroles : « Personne ne doute, dit-il^, que cela n'ait » été ordinaire parmi les chrétiens de ces temps-là, » et même près de cent ans auparavant, comme » il parait par les Actes du martyre de saint Poly- » carpe. »
Il est bon de remarquer ce qui est porté dans ces Actes, c'est-à-dire , dans cette épitre célèbre de l'Eglise de Smyrne, que Daillé cite toujours comme une pièce vénérable, plus encore par sa sainteté, que par son antiquité. Les fidèles de Smyrne ayant raconté le martyre de leur saint évêque qui, dans une vieillesse décrépite, avait tant souflert pour Jésus-Christ, ajoutent ces belles paroles* : « Nous » avons ramassé ses os plus précieux que les pier- » reries, et plus purs que l'or, et nous les avons « renfermés dans un lieu convenable. C'est là que » nous nous assemblerons avec grande joie , s'il » nous est permis; (c'est-à-dire si les persécutions » ne nous en empêchent pas,) et Dieu nous fera la » grftce d'y célébrer le jour natal de son martyre, » tant en mémoire de ceux qui ont combattu pour » la foi, que pour exciter ceux qui ont à soutenir » un pareil combat. »
Saint Polycarpe vivait dans le second siècle de l'Eglise; il avait vu les apôtres, et était disciple de saint Jean. Nous prions les prétendus réformés de considérer dans une pièce si authentique, et d'une antiquité si vénérable, et dont Daillé ne parle jamais qu'avec respect, nous les prions, dis-je, d'y considérer ces os des saints martyrs, plus précieux que l'or et les pierreries; ces saintes assemblées qui se faisaient autour du lieu où était conservé ce riche dépôt; et ce jour natal des martyrs qu'on célébrait auprès de leurs reliques précieuses.
Daillé n'a pas voulu voir ces solennités des mar-
1. Bpist. xxxvii , pag. 5U. — 2. Episl. xxxiv, pag. 47, — 3. Episl. xxxvn. — 4. Sup. lib. m, r. 3, pag. 352. — 5. Lib. i, c. S^pag, 40. — ti. Euseb., lib. iv, cap. xv.
tyrs dans un passage de Tertullien que Bellarmin avait cité : Nous faisons , dit cet auteur', des oblalions annuelles pour les morts et pour les naissances. Ce ministre assure que Tertullien parle manifestement de tous les chrétiens, et non des martyrs'-. Toutefois il avait appris, par l'endroit des Actes de saint Polycarpe que nous venons de citer, que ce qu'on appelait dans l'Eglise le jour solennel de la Nativité , n'était pas le jour de la naissance commune des hommes, mais le jour de la mort victorieuse des martyrs. Car le jour qui nous fait naître en Adam , dans l'Eglise est un jour malheureux , et non un jour solennel; puisque c'est le jour où nous naissons enfants de colère. C'est ce qui fait dire ces mots à Origène ^ : « Il n'y a que les » infidèles qui célèbrent le jour de leur naissance. » Les saints le détestent plutôt; et Jérémie , quoi- » que sanctilié dans le ventre de sa mère , le mau- » dit. » Il allègue , pour raison de ce qu'il avance, que nous naissons tous dans le péché; ce qu'il prouve par divers passages de l'Ecriture, et par le l3aptème des petits enfants. Tertullien n'a pas ignoré ce malheur de notre naissance, lui qui a si bien connu « ce premier péché , qui, dit-iP, ayant été » commis dans l'origine du genre humain , et par » celui qui en était le principe, a passé en nature » à ses descendants. » Ce n'était donc pas un tel » jour que l'Eglise appelait par excellence le jour natal. C'était le jour où les saints martyrs naissaient dans les cieux par une mort glorieuse. C'était un langage établi dès le temps de saint Polycarpe : et quoi que puisse dire M. Daillé, personne ne doutera que Tertullien n'ait parlé dans le même sens. Mais quand nous n'aurions pas Tertullien pour nous, le fait dont il s'agit n'en serait pas moins constant; et on avoue dans la nouvelle réforme, aussi bien que dans l'Eglise catholique , que c'était un usage reçu dans l'Eglise , aussitôt après les apôtres , d'étabfir des jours particuliers où on célébrait annuellement la mort des martyrs, qu'on appelait leur naissance. Que Daillé nous dise tant qu'il lui plaira^ que cela n'a rien de commun avec le culte religieux; puisque les disciples d'Epicure célébraient bien tous les ans le jour de sa mort, et que les Romains et les Grecs célébraient le jour de leur naissance , sans que celte célébration eût rien de religieux ni de sacré. Pourquoi ramasser curieusement des choses qui ne servent de rien à la question? Nous lui avons démêlé , par le sentiment d'un de ses confrères, l'équivoque du ternie de religieux. Mais laissant à part les termes, maintenant qu'il s'agit d'établir les choses dont on est d'accord, il me sufTit que Daillé convienne, comme d'une chose constante dans l'une et dans l'autre religion, que dès les temps les plus purs du christianisme nos pères ont eu des jours solennels où ils célébraient annuellement la mémoire des martyrs, non point dans des assemblées profanes, telles qu'étaient celles des épicuriens; mais dans les saintes assemblées qu'ils faisaient au nom de Dieu; et au milieu de leurs sacrifices , c'est-à-dire, en quelque manière qu'on veuille entendre ce mot, dans la partie la plus essentielle du service divin. Je sais que nos réformés
1. Tei-tull., de Coron., n. 3. — S. Lih. i, c. S, pag. 39. — 3. Jloni. viii. in Levit.,n. 3; t. u, pag- 229. — 4. he Anima, n. 16. — 5. Lib. I, c. 8.
DU GULTE DU A DIEU
ont cun-igé cet usage, osaiil bien à la honlo du chrislianisinc, étendre leur réfornialion jusqu('s aux [iralitiues reçues dans les siècles qu'ils avouent être les plus purs. Mais leurs frères d'Angleterre n'ont pas été en cela de leur sentiment, puisqu'on voit encore dans leur liturgie, parmi les fûtes qu'on doit observer, celles des ap('itres et de plusieurs saints que nous avons déjà reinarf(uées.
Je ne prétends i)as maintenant jjrcsser les ministres d'entrer eux-mêmes dans celte pratique. Il me sullit (lu'ils la suulfrentet qu'ils la tolèrent dans l'Eglise anglicane. Nous avons i)ar là de leur aveu, que c'est une cbose permise et nullement injurieuse à Dieu d'établir des jours solennels à l'honneur des saints. Sur ce fondement certain j'ai deux choses à leur demander.
La première , qu'ils cessent de nous donner comme une maxime indubitable , que ce qui se fait à l'honneur de Dieu , sans qu'il nous l'ait expressément commandé dans son Ecriture , est superstitieux et idolâtre.
C'est la maxime qu'ils ont posée comme le fondement certain de la réforme qu'ils ont voulu faire dans le service divin. Luther l'avança le premier en ces larmes marqués par Sleidan'': « Il n'appartient à » personne d'établir quelque nouvelle œuvre comme » service de Dieu, que Ini-mème ne l'ait commandé » dans son Ecriture. Cela dit-il , est défendu par le » premier commandement du Décalogue; et toutes » les œuvres de cette nature sont des actes d'ido- » latrie. »
Cette maxime de Luther a été suivie par tous ceux qui se sont dits réformés; et comme j'ai déjà dit, c'est sur ce seul fondement qu'ils ont retranché du service divin tout ce qui leur a semblé n'être point dans l'Ecriture, de quelque antiquité qu'il leur parût. Cependant cette maxime tant vantée et tant répétée dans leurs écrits, se trouve fausse visiblement de leur aveu : puisque d'un coté ils savent bien que Dieu n'a commandé expressément en aucun endroit de l'Ecriture d'établir des jours solennels o(j on célébrât annuellement le jour natal des martyrs; et que d'autre part ils avouent que celte pieuse cérémonie se pratiquait en l'Eglise durant ces siècles bienheureux, où ils conviennent que Dieu a été servi purement selon l'esprit de l'Evangile.
La seconde chose que je leur demande, c'est d'avouer qu'il est louable, ou du moins permis d'avoir et de pratiquer, même dans les assemblées des fidèles, quelque pieuse cérémonie, qui marque le respect qu'on a pour les saints, et qui se fasse publiquement à leur honneur : car nous sommes tous d'accord que c'est ce qu'on praticiuait dans les siècles les plus purs du christianisme, lorsqu'on s'assemblait dans les lieux où reposaient les reliques des martyrs, plus précieuses que l'or et les pierreries; et que le jour de leur mort devenait un jour sacré, où on célébrait devant Dieu la gloire do leur triomphe.
Il ne sert de rien do nous objecter que toute colle cérémonie tendait principalement et directement à l'honneur de Dieu. Car c'est là précisément ce que nous voulons, (|u'une action qui n'est pas expresséraenl commandée dans l'Ecriture, soit néanmoins