Dali., lib. 3, cap. 30, pag
siècle par ces savants humanistes, qui font scrupule d'employer des mots qu'ils ne trouvent pas dans leur Cicéron ni dans leur Virgile. Le respect qu'ils ont eu pour l'ancien latin , leur a fait rechercher les expressions que le changement de la religion, du gouvernement et des mœurs, a laissées inutiles dans celle langue; et ils les ont appropriées le mieux qu'ils ont pu à noire usage. C'est de là que nous est venu le mot de Dirus. Les lalins , nous dil Daillc', c'est-à-dire les catholiques, sesenent beaucoup de ce mot , principalement ceux qui ont écrit avec plus d'érudition , comme Juste-Lipse. Il a raison; ce sont ces savants qui se sont le plus servi de ce mot, et ils y ont insensiblement accoutumé les oreilles. Il n'a pas tenu à ces savants curieux de la pure latinité, qu'on n'allât encore plus avant: le môme Daillé prend la peine de remarquer les endroits où les saints sont appelés dieux, DU, par un Paul Jove, par un Bembe, par un Juste-Lipse^. Le zèle pour le vieux lalin nous a amené ces expressions : tout est perdu si en lisant Bembe ou quelque autre auteur du même goût, on ne croit pas lire un ancien Romain, plein de ses dieux, de ses magistrats, et de toutes les coutumes de sa république; et Juste-Lipse, qui s'est moqué d'une si basse affectation, n'a pu s'en garantir tout à fait; tant l'ancienne latinité a transporté les esprits. Le mot de Divus ayant commencé par une telle affectation, a eu insensiblement une grande vogue. Quoique l'usage de l'Eglise ne l'ait point reçu; qu'il ne soit guère ni dans ses décrets ni dans ses prières', et que Beiiarmin ait eu raison de le rejeter; mille auteurs, moins exacts que lui, s'en sont servis sans scrupule, aussi bien que sans mauvais dessein.
Les calholiques ne sont pas les seuls qui l'ont employé. Dans le recueil des Confessions de foi, fait et imprimé à Genève, nous voyons tout un synode tenu en Pologne par les Protestants, qui dit qu'on s'assemblait les malins dans les temples de la sainte Vierge , divœ Virginis : et encore , que le 25 août est consacré à saint Barlhelémi , divo Bartholomœo sacra''. Cependant Daillé nous fait de ceci une affaire de religion. Si on se sert du mot de divus, dont les saints Pères ne se servent pas, c'est qu'on a, selon ce ministre, d'autres sentiments sur les saints , c'est qu'on les croit des dieux, et qu'on leur donne une espèce de divinité. Beiiarmin trahit sa religion , quand il imjtrouve ce mot. Sa modestie est fausse; sa sagesse est ridicule et impertinente, parce qu'il rejette un mot que l'Eglise ne reçoit pas et qu'un mauvais usage tâche d'introduire ; ce cardinal fait aux saints une grande injure, quand il ne les appelle simplement que bienheureux beatos , au lieu de les appeler divos : c'est comme si on appelait baron ou marquis celui qui est honoré de la qualité ae duc. Voilà les sentiments de ce ministre, qui ne méiilent d'être remarqués qu'afin qu'on voie les excès où s'emporte un homme possédé du désir de contredire. Enlin il conclut par ces paroles : Pour moi, di'.-il , « qui crois avec les anciens qu'on ne » peut honorer les saints comme fait l'Eglise ro- » maine , sans leur donner quelque sorte de divi-
1. Pag. 52d. — 2. Pag. 525. — 3. On lit en marge du manuscrit : Il esc dans le concile de Trente une fois ou deux. — 4. Synod. Tarn. Syntag. Conf. fid., 2. part., p. 240, 242.
DV Cl'LTE DU A DIEU.
» nilé , j'ai raison de rejeter ce mot de Divus romme » profane et impie. Si je m'en sers quelquefois » dans celle dispute, (et j'avoue que je m'en sers » fort souvent) je ne parle point en cela selon ma » pensée, mais selon le sentiment de mes adversai- » res ; et je déclare que je le fais de peur de rien » oublier qui serve à rendre leur cause odieuse au- » tant qu'elle est mauvaise. »
Ainsi les prétendus réformés sont bien avertis que leurs ministres n'épargnent rien pour nous décrier. Les choses, les expressions, soit qu'on les approuve parmi nous, soit qu'on les rejelte, tout leur est bon, pourvu qu'ils nous nuisent, et qu'ils rendent noire doctrine odieuse. Ils se laissent tellement emporter au désir qu'ils ont de contredire nos auteurs, que s'ils y trouvent quelque expression qui les choque , ils ne veulent pas seulement songer à l'idée qui y répond dans l'esprit de celui qui parle. On nous attaque dans cet esprit; et il ne faut pas s'étonner après cela, si on nous chicane tant sur des mots.
Laissons ces vaines disputes, et venons au fond des choses. Un peu de réllexion sur quelques-unes de celles qui nous ont été accordées nous va découvrir des principes certains pour régler ce qui regarde le culte de Dieu, et le séparer de celui qui peut convenir aux saints.
Les prétendus réformés nous demandent où nous avons pris ce genre d'honneur particulier que nous croyons pouvoir rendre à un autre qu'à Dieu, et toutefois pour l'amour de lui. Pourquoi nous le demander, s'ils en conviennent eux-mêmes; et s'ils nous ont accordé qu'outre l'honneur qui est dû à Dieu, et celui qui est purement ciril, il faut reconnaître encore une troisième sorte de vénération , distincte de l'un et de l'autre, qui est due aux choses sacrées ?
Ce principe est tellement tenu pour indubitable parmi eux , qu'ils n'en ont point trouvé d'autre pour résoudre les objections tirées des saints Pères sur l'adoration de l'Eucharistie. Aubertin a prétendu qu'en demeurant pain et vin, et sans être considérée comme le corps adorable de Notre Seigneur, elle a pu recevoir un genre d'honneur qui ne fut ni l'honneur suprême qui est dû à Dieu , ni aussi un honneur purement civil.
Les autres ministres raisonnent de la même sorte ; et celui qui a composé depuis peu l'Histoire de l'Eucharistie, fort estimée dans son parti, avoue que le communiant représenté par saint Cyrille de Jérusalem, s'approche du calice ayant « le corps » courbé en forme d'adoralion ou de vénération. 1 Mais il faut entendre, dit-il ', la posture que prcs- » crit ce Père, non d'un acte d'adoration; mais de » la vénération et du respect que l'on doit avoir » pour un si grand sacrement. » Je le veux; car ce n'est pas mon intcnlioa de disputer ici de l'Eucharistie. EiiTm il est donc certain, selon les prétendus réformés, qu'on peut rendre à une créature, telle qu'est selon eux le Saint-Sacrement, un cerlain genre d'honneur, qui sans doute ne sera pas [lurement civil, puisqu'il se trouve mêlé nécessairement dans un acte de religion, tel qu'est la réception de l'Eucharistie.
Nous avons vu que cet honneur dii aux choses