‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 94 sur 545 · Cat. Conc, part, in, sect. 2i,paff. 319. Ver · texte numérisé non relu

Cat. Conc, part, in, sect. 2i,paff. 319. Ver

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l'remipi'ciiu'iit , il csl certain (]u'ils se Hj;;uraiont la divinité cor|Hirellc, cl croyaient pomuir la représenter an naturel par des traits et ])ar des couleurs. Comme leurs dieux au fond n'étaient que des hommes, pour concevoir la divinité, ils ne sortaient point de la forme du corps humain : ils y corrigeaient seulement quelques défauts; ils donnaient aux dieux des corps plus grands et plus rohustes, et quand ils voulaient, plus suhtils, plus déliés et plus vites. Ces dieux pouvaient se rendre invisibles, et s'envelopper de nuages. Les païens ne leur refusaient aucune de ces commodités; mais enfin ils ne sortaient point des images corporelles; et quoi que pussent dire quelques philosophes, ils croyaient que par l'art cl par le dessein, on pouvait venir à bout de tirer les dieux au naturel. C'était là le fond de la religion; et c'est aussi ce que reprend saint Paul dans ce beau discours qu'il lit devant l'Aréopage*. « Etant donc comme nous sommes, une race » divine, nous ne devons pas croire que la divinité « soit semblable à l'ur ou à l'argent ou à la pierre » taillée par art et par invention humaine. »

Que si nous consultons les païens eux-mêmes, nous verrons avec combien de fondement saint Paul les attaquait par cette raison. Phidias avait fait le Jupiter Olympien d'une grandeur prodigieuse, et lui avait donné tant de majesté, qu'il l'en avait rendu plus adorable, selon le sentiment des païens. Polyclète , à leur gré , ne savait pas remplir l'idée qu'on avait des dieux. Cela n'appartenait qu'à Phidias au sentiment de Quintilien. « C'est lui, dit le » même auteur^, qui avait fait ce Jupiter Olym- » pien, dont la beauté semble avoir ajouté quelque » chose au culte qu'on rendait à Jupiter, dont la » grandeur de l'ouvrage égalait le Dieu. » On voit les mêmes sentiments dans les autres auteurs païens. Ils ne concevaient rien en Dieu, pour la plupart , qui fût au-dessus de l'elTort d'une belle imagination, et parce qu'Homère l'avait eu la plus belle et la plus vive qui fut jamais , c'était le seul, selon eux, qui sût parler dignement des dieux, quoiqu'il soit toujours demeuré dans des idées corporelles. Comme le Jupiter de Phidias était fait sur les desseins de ce poète incomparable , le peuple était content de l'idée qu'on lui donnait du plus grand des dieux , et ne pensait rien au delà. Il croyait enlin voir au naturel , et dans toute sa majesté, le père des dieux et des hommes.

Mais les païens passaient encore plus avant, et ils croyaient voir elïectivement la divinité présente dans leurs idoles. Il ne faut point leur demander comment cela se faisait. Les uns ignorants cl slupides, étourdis par l'aulorité publique, croyaient les idoles dieux , sans aller plus loin : d'autres qui raflinaienl davantage, croyaient les diviniser en les consacrant. Selon eux , la divinité se renfermait dans une matière corruptible , se mêlait et s'incorporait dans les statues. Qu'importe de rci-herclier toutes leurs dilTérentes imaginations touchant leurs idoles, tant y a (ju'ils conspiraient tous à y attacher la divinité , et ensuite leur religion et leur confiance. Ils les craignaient, ils les admiraient, ils leur adressaient leurs V(jf;ux , ils leur ofTraient leurs sacrifices : enfin ils les regardaient comme leurs dieux tutélaires, et leur rendaient publiquement les honneurs

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