‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 93 sur 545 · Aiinn., p. (iS · texte numérisé non relu

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DU CULTE DES IMAC-Eb

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Ce concile, à l'imitation des Juifs et des Mahomclans, condamne absolument toutes les images. Il anathématise tous ceux qui oseront, je ne dis pas les adorer, « mais les faire, et les mettre, ou » dans l'Eglise, ou dans les maisons particulières : » il appelle la peinture « un art abominable et impie, » un art défendu de Dieu, et une invention d'un » esprit diaboliciue qui doit être exterminée de l'E- » glise. »

Telles sont les définitions de ce fameux concile de Constantinople tant célébré par les réformés , et honoré parmi eux sous le nom de septième concile général. Ils n'approuvent pourtant pas eux-mêmes la condamnation des images. Nous en voyons tous les jours dans leurs maisons; et leur Catéchisme dit expressément que ce n'est pas le dessein de Dieu d'en interdire l'usage.

Ils condamnent donc en ce point les excès où sont tombés les iconoclastes, pour avoir trop pris au pied de la lettre le commandement du Décalogue. Dieu a dit : « Tu ne feras point d'images taillées , » ni aucune ressemblance quelle qu'elle soit; lu ne » le prosterneras point devant elles. » Ils ont vu qu'il défendait de les fabriquer, aussi nettement qu'il défend de se prosterner devant elles. Pour raisonner conséquemment , ils ont tout pris à la lettre, et ils ont cru qu'en adoucissant la défense de les faire, ils seraient forcés d'adoucir celle de les honorer.

Ne pouvaient-ils pas avoir excédé aussi bien en l'un qu'en l'autre ; c'est-à-dire en ce qu'ils prononcent louchant l'honneur des images, qu'en ce qu'ils disent touchant leur fabrique? On voit d'abord un juste sujet de le soupçonner; et , quoi qu'il en soit, cela nous oblige à pénétrer plus à fond le dessein de Dieu dans le commandement dont il s'agit. Mais comme personne ne doute que la matière de cette défense portée par le Décalogue, ne soit les erreurs de l'idolâtrie , il faut voir avant toutes choses en quoi elle consistait. Il ne s'agit point d'expliquer ici toutes les erreurs des pa'iens sur leurs fausses divinités; mais seulement celles qu'ils avaient touchant les images, (car ce sont celles dont nous avons besoin à présent) pour entendre quelles images et quel culte nous est défendu par ce précepte.

Les prétendus réformés soutiennent que nous faisons les pa'iens plus grossiers qu'ils n'étaient en effet. Ils sont bien aises pour eux de diminuer leurs erreurs, et de leur donner, louchant les images, la doctrine la plus approchante qu'il leur est possible, de celle que nous enseignons; car ils espèrent que par ce moyen nos sentiments el ceux des pa'iens se trouveront enveloppés dans une même condamnation. Ainsi pour ne point confondre des choses aussi éloignées que le ciel l'est de la terre , il importe d'établir au vrai les sentiments qu'avaient les pa'iens touchant leurs idoles, par l'Ecriture, par les Pères par les païens mêmes , et enfin , pour éviter tout embarras , par le propre aveu des prétendus réformés.

Au reste, dans l'explication de la croyance des païens , il ne faut pas s'attendre qu'on doive trouver une doctrine suivie ni des sentiments arrêtés. L'idolâtrie n'est pas tant une erreur particulière touchant la divinité, que c'en est une ignorance prot fonde, qui rend les hommes capables de toutes

sortes d'erreurs. Mais cette ignorance avait ses degrés. Les uns y étaient plongés plus avant que les autres : le même homme n'était pas toujours dans le môme sentiment : la raison se réveillait quelquefois, et faisait quelques pas ou quelque elïort, pour sortir un peu de l'abîme , où elle était bientôt replongée par l'erreur puljlique. Ainsi il y avait dans les sentiments des païens beaucoup de variétés et d'incertitudes ; mais , parmi ces confusions , voici ce qui dominait et ce qui faisait le fond de leur religion.

Je l'ai pris du Catéchisme du concile', qui explique brièvement, mais à fond cette matière, en disant : « que la majesté de Dieu peut être voilée » par les images en deux manières ditïérentes ; » l'une, si elles sont adorées comme Dieu, ou qu'on « croie qu'il y ait en elles quelque divinité ou quel- » que vertu pour laquelle il les faille honorer, ou » qu'il faille leur demander quelque chose, ou y » attacher sa confiance, comme faisaient les Gentils, » que l'Ecriture reprend de mettre leur espérance 1) dans leurs idoles; l'autre, si l'on lâche d'expri- » mer par art la forme de la divinité, comme si elle » pouvait être vue des yeux du corps ou représentée » par des traits et par des couleurs. »

Tout le culte des idolâtres roulait sur ces deux erreurs. Ils regardaient leurs idoles comme des portraits de leurs dieux. Bien plus, ils les regardaient comme leurs dieux mêmes : ils disaient tantôt l'un et tantôt l'autre , el mêlaient ordinairement l'un et l'autre ensemble.

Cela nous parait incroyable; et après que la foi nous a découvert ces insupportables erreurs , nous avons peine à comprendre que des peuples entiers, et encore des peuples si polis, y soient tombés. Qui ne serait étonné d'entendre dire à un Cicéron dans une action sérieuse, c'est-à-dire, devant des juges assemblés, dépositaires de l'autorité, et établis pour venger la religion violée, et en présence du peuple romain- : « Verres a bien osé enlever dans le temple » de Cérès à Enna une statue de celle déesse , telle » que ceux qui la regardaient croyaient voir ou la » déesse elle-même, ou son elYigie tombée du ciel, » et non point faite d'une main humaine. » Qu'on ne dise donc plus que les païens n'étaient pas si slupides que de croire qu'une statue piit être un Dieu. Cicéron, qui n'en croyait rien, le dit sérieusement en présence de tout le peuple , dans un jugement ; parce que c'était l'opinion publique et reçue, parce que tout le peuple le croyait. 11 est vrai qu'il parle en doutant, si la statue est la déesse elle-même ou son efîlgie; mais il y en a assez, dans ce doute seul, pour convaincre les idolâtres d'une impiété visible. Car enfin jusqu'à quel point faut-il avoir oublié la divinité, pour douter si une statue n'est pas un Dieu, et pour croire qu'elle le puisse être? Il n'est guère moins absurde de penser qu'elle en puisse être l'effigie, et que d'une pierre ou d'un sabre on en puisse faire le portrait d'un Dieu. Mais encore que Cicéron laisse ici l'esprit en suspens entre deux erreurs si détestables, il me sera aisé de faire voir par des témoignages certains, el peut-être par Cicéron même, que le commun des païens joignait ensemble l'un et l'autre.

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