‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 96 sur 545 · TROISIEME FRAGMENT · texte numérisé non relu

TROISIEME FRAGMENT

De la satislaction de Jésus-Christ.

On ne nous accuse de rien moins en cette matière, que d'anéantir la croix de Jésus-Christ, et les mérites infinis de sa mort. Ce que j'ai dit sur ce sujet, en divers endroits de cette réponse, ferait cesser ces reproches, si ceux qui s'attachent à nous les faire étaient moins préoccupés contre nous. Faisons un dernier elïorl pour surmonter une si étrange préoccupation, en leur proposant quelques vérités , dont ils ne pourront disconvenir, et qu'ils paraissent disposés à nous accorder.

Mais s'ils veulent que nous avancions dans la recherche de la vérité; qu'ils ne croient pas avoir tout dit, quand ils auront répété sans cesse que Jésus-Christ a satisfait suffisamment et môme surabondamment pour nos péchés, et que l'homme, quand nicrae on supposerait qu'il serait aidé de la grâce, ne peut jamais offrir à Dieu une satisfaction suffisante pour les crimes dont il est chargé. Il ne s'agit pas de savoir si quelque autre que Jésus- Christ peut olTrir à Dieu une satisfaction suffisante pour les péchés, mais il s'agit de savoir si, parce que le pécheur n'en peut faire une suffisante, il est exempté par là d'en faire aucune , et si l'on peut soutenir (|uc nous ne devions rien faire pour contenter Dieu, et pour apaiser sa colère, parce que nous ne pouvons pas faire l'infini. J'avoue sans dilTicullé que le pécheur, qui se fait justice à luimême, sent bien en sa conscience qu'ayant offensé une majesté infinie , il ne peut jamais égaler par une juste compensation, la peine qu'il a méritée. Mais plus il se voit hors d'état d'acquitter sa dette, plus il fait d'effort sur lui-même pour entrer, autant qu'il peut, en paiement : pénétré d'un juste regret d'avoir péché contre son Dieu et contre son Père, il prend contre lui-môme le parti de la jus-

DE LA SATISFACTION DE JÉSUS-CHRIST

lice divine, et sans présumer qu'il puisse lui rendre ce qu'elle a droit d'exiger, il punit autant qu'il peut ses ingratitudes, en s'aflligeant par des jeunes et par d'autres mortiflcalions. Qui pourrait condamner son zèle '?

Mais de quoi, dira-t-on, se met-il en peine? Jésus-Christ a fait sienne toute la dette, et a payé pour lui surabondamment. Quelle erreur de s'imaginer que Jésus-Christ ait payé pour nous , afin de nous décharger de l'obligation de faire ce que nous pouvons! Selon ce raisonnement, parce qu'il aura pleuré nos péchés, nous ne serons plus obligés à les pleurer; parce qu'il aura gémi pour nous, nous serons exempts de l'obligation de crier à Dieu miséricorde; et sous prétexte qu'il nous aura rachetés de la peine éternelle que nous méritions, nous croirons être déchargés de toutes les peines, par lesquelles nous pouvons nous-mêmes punir nos ingratitudes? Ce n'est pas ce qu'ont cru les saints pénitents , qui ont vécu et sous la loi et sous l'Evangile. Certainement ils n'ignoraient pas que les peines qu'ils souffraient dans les jeûnes et sous les cilices , n'égalaient pas la peine éternelle qui était due à leurs crimes; et encore qu'ils n'attendissent leur rédemption que par les mérites du Sauveur, ils ne s'en croyaient pas pour cela moins obligés d'entrer, pour ainsi dire, dans les sentiments de la justice divine contre eux-mêmes. Ainsi , parce qu'il est juste que le pécheur superbe soit abaissé , ils se couchaient sur la cendre; parce qu'il est raisonnable que ceux qui abusent du plaisir en soient privés, et soient même assujétis à la douleur, ils s'affligeaient par le cilice et par le jeune. C'est pourquoi Dieu exigeait de son peuple au jour solennel de l'expiation, non-seulement que le cœur fût serré de douleur par la pénitence, mais encore que le corps fût affligé et abattu par le jeûne ; parce qu'il est juste que le pécheur prévienne, autant qu'il est en lui , la vengeance divine , en vengeant sur luimême ses propres péchés.

De là est née cette règle que les saints Pères suivaient avec tant d'exactitude , et qui était , pour ainsi dire, l'âme de leur discipline : qu'il est juste qu'on soit plus ou moins privé des choses que Dieu a permises, à mesure qu'on s'est plus ou moins permis celles qu'il a défendues. On voit, en conséquence de cette règle, les pénitents affligés se retirer, pendant le cours de plusieurs années, des plaisirs les plus innocents; passer les nuits à gémir; se macérer par des jeûnes et par d'autres austérités, parce qu'ils se croyaient obligés de faire une semblable satisfaction à la justice divine.

Ces maximes de pénitence , suivies dans les siècles les plus purs, attirent la vénération même des prétendus réformés. Je trouve en effet que l'anonyme qui m'attaque si vivement sur ce point, est contraint de louer lui-même l'ancienne sévérité qu'on gardait dans la pénitence , et d'attribuer à la corruption des temps, le changement qui a été fait dans la rigueur de la discipline , dont on 7ie s'est, dit-il', que trop relâché. Voilà ce qu'il a écrit avec une approbation authentique des ministres deCharenton. Que s'il demeure d'accord de louer et d'admirer avec nous cette ancienne rigueur de la dUcipline, il ne faut plus que considérer sur quoi

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