‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 106 sur 313 · SI · texte numérisé non relu

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je \<»is subsister dans totre cœur pour votre chère retraite, où Dieu nous a conduit par des voies si admirables : c'esl là votre repos el votre demeure : c'est là que y,iHis trouverez ta manne cachée, et la véritable consolation de votre âme dansle désert : et il n'y a pas de lieu sur la terre qui soit plus cher aux entants de Dieu.

Votre grand écril me (ail voir la continuation de votre lèle pour la foi catholique, et la sainte horreur que Dieu vous inspire des conduites de l'hérésie ; elle se sera beaucoup augmentée depuis que vous aurez su tout ce qui se passe dans les pays qu« se glorifient du titre de réformés. Je ne doute poml, mon ehei Frère, qu'eu voyant l'orgueil des méchants, vous n'attendiez avec foi ce jour affreux où « Dieu anéantira dans sa cité « cette image » fragile dubonbeur qui les éblouit ', et que voub ne disiez souvent en vous-même; « Que sert à l'homme de eagner» ou de conquérir, non pas un royaume, mais tout « l'univers, « s'il perd BonameTet qu'est-ce qu'il donnera « en échange pour son aine -? » La belle conquête, mon cher Frère, que de se gagner soimême, pour se donner à Dieu tout entier I

Pour venir maintenant à la matière que vous désirez que je traite, qui est celle de l'adoration de la croix, la difficulté ne peut être que dans la chose OU dans les termes. Dans la chose, il n'y en a point : on se prosterne devant les rois, devant les prophètes, devant son aine, comme lit Jacob devant Esaû, devant les anges, devant les apôtres. S'ils refusent quelquefois cet honneur, les saints ne laissent pas de continuer a le leur rendre; et il n'y a rien de mieux établi dans l'Ecriture que cette sorte de culte.

Si on dit qu'on ne se prosterne pas de même devant les choses inanimées, cela est manifestement combattu par tous les endroits OÙ il parait qu'on se prosternait devant l'arche3, comme devant le mémorial de Dieu. Daniel, en lui faisant sa prière, se tournait vers le lieu où avait été le temple 4. Lacroix de Jésus-Christ est bien un autre mémorial, puisqu'elle est le glorieux trophée de la plus insigne victoire qui fut jamais. Quand Jésus-Christ a parlé de la croix, en disant qu'il la faut porter5, il renferme sous ce nom toutes les pratiques de la pénitence chrétienne, c'est-à-dire de toute la vie du Chrétien, puisque la vie chrétienne n'est qu'une continuelle pénitence. Quand saint Paul dit qu'il ne veut « se « glorifier que dans la croix de Jésus-Christ 6, » il a aussi compris sous ce nom toutes les merveilles du Seigneur, dont la croix est l'abrégé

• Psnl., i.xn, 20. — - Mallh., xvi, 2G. — 1 Josm, vu, 6. et seq, — Dan-, VI, 10.— * Mallh., xvi, 24. — ' GU., vi, ! J.

B. Tom IV.

mystérieux. A la vue de tant de merveilles ramassées dans le sacré symbole de la croix, tous les sentiments de piété et de foi se réveillent: on est attendri, on est humilié; el ces sentiments de tendresse et de soumission portent naturellement à en donner toutes les marques à la vue de ce sacré mémorial. On le baise par amour et par tendresse; on se prosterne devant par une humble reconnaissance de la majesté du Sauveur, dont la gloire était attachée àsa croix.

Lorsque, dans mon Exposition, j'ai parlé de s'incliner devant la croix ', j'ai compris sous ce seul mot toutes les autres marques de respect; et j'ai voulu confondre les hérétiques, qui n'oseront imputera idolâtrie cette humble marque de soumission envers le Sauveur, à la vue du sacré signal où se renferme l'idée et la représentation de toutes ses merveilles. Ce serait un trop grand aveuglement de supprimerdevant la croix tous les témoignages des sentiments qu'elle lait naître dans les cœurs; mais si l'on a raison d'en faire [.arailre quelques-uns, on ne saurait porter trop loin cette démonstration de son respeet. De sorte que d'un côté, c'est une extrême folie de n'oser incliner la tète devant ce précieux monument de la gloire de Jésus-Christ; et de l'autre, ce n'en est pas une moindre de n'oser porter son respeet jusqu'à la génuflexion et jusqu'au prosternement; puisque Jésus-Christ, à qui se terminent ces actes de soumission, mérite jusqu'aux plus grands.

On ne pouvait choisir un jour plus propre a lui rendre ces honneurs, que celui du vendredi saint : tout L'appareil de ce jour-là ne tend qu'à faire sentir aux fidèles les merveilles de la mort de Jésus-Christ; l'Eglise les ramasse toutes en montrant la croix, ou comme dans un langage abrégé, elle nous dit tout ce que le Sauveur a fait pour nous : on les voit toutes dans ce seul signal, et comme d'un coup d'œil; et de même que ce sacré caractère nous dit, comme de la part de Jésus-Christ, tout ce qu'il a fait pour nous, nous lui disonsde notre côté, par les actes simples du prosternement et du saint baiser, tout ce que nous sentons pour lui : des volumes entiers ne rempliraient pas ce qui est exprimé par ces deux signes : par celui de la croix, qui nous dit tout ce que nous devons à notre Sauveur; et par celui de nos soumissions, qui expriment au dehors tout ce que nous sentons pour lui.

J'ai souvent représenté à ces aveugles chicaneurs, l'honneur que nous rendons en particulier et en public au livre de l'Evangile : on porte les cierges devant, on se lève par honneur quand on le porte au lieu d'où on le fait entendre à lout

1 Expos., art. 5,

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