LETTRE A FRÈRE ARMAND
le peuple; on l'encense, on se tient debout en faisons pour nous en conserver le souvenir, aL signe de joie et d'obéissance, pendant qu'on en tirent les mêmes respects, comme elles excitent fait la lecture; on le donne à baiser, et on témoi- les mêmes sentiments; et il n'y a de différence gne par tout cela son attachement, non pas à que dans les degrés, c'est-à-dire du plus au l'encre et au papier, mais à la vérité éternelle moins, étant naturel à l'homme d'augmenter qui nous y est représentée. Je n'en ai encore les marques de son respect et de son amour, setrouvé aucun assez insensé pour accuser ces pra- Ion qu'il est plus ou moins touché au dedans, et tiques d'idolâtrie. Je leur dis ensuite : Qu'est-ce que les objets qui se présentent à ses sens sont donc que la croix, à votre avis, sinon l'abrégé plus propres à lui réveiller le souvenir de cède l'Evangile ; tout l'Evangile dans un seul signal qu'il aime.
et dans un seul caractère? Pourquoi donc ne la Les protestants demandent qui est-ce qui a baisera- t-on pas? et si on lui rend cette sorte requis ces choses de nos mains, et traitent ce d'honneur, pourquoi non les autres? pourquoi culte de superstitieux, parce qu'il n'est pascomn'ira-t-on pas jusqu'à la génuflexion, jusqu'au mandé; et ils sont si grossiers, qu'ils ne sonprosternement entier? « je ne sais que Jésus, et gent pas que le fond de ces sentiments étant « Jésus crucifié, » disait saint Paul1. Voilà donc commandé, les marques si convenables que tout ce que je sais ramassé et parfaitement ex- nous employons non-seulement pour les expripriiné dans la croix comme par une seule lettre : mer, mais encore pour les exciter, ne peuvent tous les sentiments de piété se réveillant au de- être que louables, et agréables à Dieu et aux dans, me sera-t-il défendu de les produire au hommes. Qui est-ce qui nous a ordonné de cédehors dans toute l'étendue que je les ressens, et lébrer la pâque en mémoire de la résurrection par tous les signes dont on se sert pour les expri- de notre Sauveur, la Pentecôte en mémoire de mer? En vérité, mon cher Frère, c'est être bien la descente du Saint-Esprit et de la naissance aveugle que de chicaner sur tout cela ; il ne faut de l'Eglise, la nativité de Notre-Seigneur, et les qu'une seule chose pour confondre ces esprits autres fêtes tant de Jésus-Christ que de ses contentieux; c'est que le culte extérieur n'est saints? Il n'y en a rien d'écrit. Hommes grosqu'un langage pour signifier ce qu'on ressent au si ers et charnels, qui n'avez que le nom de la dedans. Si donc à la vue de la croix tout ce que piété, appellerez-vous du nom de superstition je sens pour Jésus-Christ se réveille, pourquoi à une si belle partie du culte des Chrétiens, sous la vue de la croix ne donnerais-je pas toutes les prétexte qu'elle n'est pas ordonnée dans l'Ecrimarques extérieures de mes sentiments? Et cela, ture?Le fond en est ordonné : il est ordonné qu'est-ce autre chose que d'honorer la croix de se souvenir des mystères de Jésus-Christ, et comme elle peut être honorée, c'est-à-dire par par la même raison de conserver la mémoire rapport et en mémoire de Jésus-Christ cru- des vertus de ses serviteurs, comme d'autant de cine ? merveilles de sa grâce, et d'exemples pour exci- Mais de tous les actes extérieurs qu'on fait en ter notre piété. Le fond étant ordonné, qu'y présence d'un si saint objet, celui qui lui con- avait-il de plus convenable que d'établir de vient le mieux, c'est la génuflexion et le pros- certains jours qui, par eux-mêmes, et sans qu'il ternement : car la croix nous faisant souvenir soit besoin de parler, excitassent les fidèles à de cette profonde humiliation de Jésus-Christ se souvenir de choses si mémorables? La chose jusqu'à la mort, et à la mort de la croix, que étant si bonne, les signes qu'on institue pour en pouvons-nous employer de plus convenable à perpétuer et renouveler le souvenir ne peuvent la commémoration d'un tel mystère, que la mar. être que très-bons. Appliquez ceci à la croix, et que la plus sensible d'un profond respect? et aux saintes cérémonies par lesquelles nous l'ho n'est-il pas juste que « tout genou fléchisse, » au norons, vous y trouverez la même chose, parce signal comme « au nom de Jésus, et dans les que vous n'y trouverez que des moyens nonce cieux et sur la terre, et jusque dans les enfers; seulement très-innocents, mais encore très-con- « et » non-seulement « que toute langue con- venables pour réveiller le souvenir de la mort « fesse y> en parlant, mais que tout homme, en salutaire de Jésus-Christ, avec tous les sentiments se prosternant, reconnaisse, par le langage de qu'elle doit exciter.
tout son corps, « que le Seigneur Jésus est dans Voilà pour ce qui regarde les choses; après
• la gloire de Dieu son Père 2 ? » quoi c'est une trop basse chicane de disputer
Voilà, mon cher Frère, ce qu'on fait quand des mots : en particulier, celui d'adorer a une
on se prosterne devant la croix. La vraie croix si grande étendue, qu'il est ridicule de le con-
où le Sauveur a été attaché, et celles que nous damner, sans en avoir auparavant déterminé
■ / a»-, ii. 2— PMip., ii, io,u. tous les sens. On adore Dieu, et en un certain