‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 108 sur 313 · SUR L'ADORATION DE LA CROIX · texte numérisé non relu

SUR L'ADORATION DE LA CROIX

sens on n'adore que lui seul : on adore le Roi l : on adore Tetcabea* iet ptob du Seigneur 2,

c'est-à-dire l'arche : on adore la poussière que les pieds des saints on! foulée, et les vestiges de leurs pas*, on se prosterne devant; on les lèche, pour ainsi dire; et Jacob adora le sommet du bâton de commandement de Joseph, comme saint Paul l'interprète ». Voilà pour les expressions de l'Ecriture. En les suivant, les Pères ont dit qu'on adore la crèche, le sépulcre, la croix du Sauveur, les clous qui l'ont percé, les reliques des martyrs et les gouttes de leur sang, leurs images, et les autres choses animées et inanimées. Avant que de condamner ces expressions, il faut distribuer le terme d'adoration à chaque chose, selon le sens qui lui convient; et c'est ce que l'ait l'Eglise, en distinguant l'adoration souveraine d'avec l'inférieure, et la relative d'avec l'absolue, avec une précision queles adversaires eux-mêmes, et entre autres le ministre Aubertin sont obligés de reconnaître. Personne n'ignore les passages des anciens, où il est expressément porté qu'on adore l'Eucharistie; ces messieurs l'expliquent d'une adoration respective qu'on lui rendait, selon eux, comme étant représentative de Jésus-Christ, en quoi certainement ils se trompent, puisque s'il était ici question de rapporter ces passages, on y verrait clairement qu'on adore l'Eucharistie de l'adoration qui est due à la personne de Jésus- Christ qu'on y reconnaît présente. Mais quoi qu'il en soit, il est certain que la moindre adoration qu'on lui pût rendre était la relative, qui par conséquent demeure incontestable.

Selon cette distinction, l'on doit dire que Dieu seul est adorable, parce qu'il l'est avec une excellence qui ne peut convenir qu'à lui : on dit. dans le même sens, qu'il est seul digne de louange, seul aimable, seul immortel, seul sage ; parce qu'encore que ses créatures participent en quelque façon à toutes ces choses, ce n'est qu'en lui, ce n'est que par lui, ce n'est que par rapport à lui : il faut donc s'expliquer avant que de condamner, et ne pas chicaner sur les mots.

C'est ce qui fait l'explication du passage de saint Ambroise que vous alléguez, et le parfait dénoùment de tous les passages qui semblent contraires en cette matière. Ce grand docteur, en parlant de sainte Hélène, mère de Constantin, dit qu'ayant trouvé la vraie croix où Jésus- Christ avait été attaché, elle adora le Roi, et non pas le bois ; il a raison ; personne n'adore le bois; sa figure est ce qui le rend digne de

1 fie?., XX1T. 9. — Pssl. xcvih, 0. — * Isa ., xux, 23; lx,

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