‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 130 sur 313 · RELATION · texte numérisé non relu

RELATION

faite par le ministre Ferry de différents faits qui ont rapport au projet de réunion.

Le samedis février 1667, le P. de Rhodes m'étant venu voir, après m'avoir déjà cherché deux fois, je lui demandai des nouvelles de la proposition qui nous avait été faite par M. le lieutenant-général, qu'il me témoigna savoir bien, mais non notre réponse par écrit, et surtout la clause que nous étions près de contribuer, conjointement avec les Eglises de France, ce que la conscience et la vérité pourraient permettre, et en somme protesta ne rien savoir du second voyage de MM. de Dampierre et de Balilly vers lui. De cela nous passâmes au gros de l'affaire, et ensuite je lui dis que nul de nous n'avait cru qu'il en eût eu aucun ordre du roi; que les uns disaient qu'il n'avait aucun ordre que du P. Annat, ou conseil de conscience; et les autres

A L'EGLISE CATHOLIQUE. r;o;i

que détail un concert fait avec le P. Adam el la ville et gouvernement , et de M. le lieutenant-

oongrégation des Jésuites. général aubaillageet siège royal decetle dite

Sur quoi il m'avoua ingénument, sous le secret ville, et par ordre, comme ils ontdit, de penser

pourtant, qu'il n'avait eu nul ordre pour cela; aux mo\ens de parvenir a la réunion des reli-

mais que le P. Adam étant sur sou adieu, M. le gions d'entre ceui de la religion catholique ro-

lieulenant-général lui demanda et à lui de Rho* maine et nous, et d'en conlércr entre nous et

d. . s'il y aurait du mal qu'il nous lit celle pro- après avec ceux d'entre eux qui nous seront pro-

ition : à quoi ils ne s'opposèrent point, pourvu posés de leur part eu tel nombre qu'il sera avisé

qu'il y oui apparence qu'elle dut être bien reçue de part el d'autre: répondons, avec tout le res-

el approuvée à la cour ; cl ensuite me dit que le pect qu'il appartient, que la désunion qui y est

1'. Adam en avait donné avis au l\ Annal, et survenue au siècle passé ayant été une extrémité

que le P. de fthodès lui eu avait écrit au long, à à laquelle les nulles n'ont cru se devoir réduire

quoi lui premier s'en était remis, mais qu'il n'a- que pour le repos de leurs consciences, et pour

yait eu aucune réponse. pouvoir servir Dieu sans l'offenser, il ne nous

Sur quoi je lui dis que cette proposition avait saurait rien être présenté de plus agréable que bien été faite à contre-temps, qu'elle m'avait la proposition et les moyens de pouvoir retourcause de la peine et du déplaisir; lui en fis un uer à le servir ensemble, comme il le Veut être ' récit sommaire, et ajoutai que le jeudi précé- mais que ne nous étant rien proposé de particudent, 3 de ce mois, M. du Chat, conseiller, m'e- lier, nous n'avons aussi rien à répondre de plus laii venu montrer une lettre qu'il avait reçue de expiés, quanta présent; étant prêts, s'il nous en M. Couranl, sou beau-frère, où j'étais maltraité, est fait ci-après quelque ouverture, d'en dire quoique non nommé, à l'occasion de mes éloges nos sentiments, après que nous aurons pourtant qu'on publiait partout de pacifiques, et comme si communiqué le tout ù nos itères du royaume, je donnais les mains, ou traitais déjà dc^ moyens avec lesquels nous avons signé une même Conde la réunion. Je le fis souvenir que je leur avais fession de loi, et avons une môme discipline, toujours dit que je ne me séparerais jamais de auxquels celte affaire doit être commune avec mes frères et collègues : que je ne quitterais ja- nous, et en la communion desquels nous faisons mais rien de la vérité; que tout ce que je leur profession de vouloir demeurer; promettant avais promis était d'ouïr les adoucissements ou néanmoinsd'apporler de noire parlaux occasions éclaircissements qu'ils me voudraient donner toute la disposition possible, et qui doit être sur les controverses et explications du malen- attendue de bons sujets et de bons citoyens, et tendu, et de leur en dire mon sentiment en autant que la matière et la conscience le pourbonne conscience, et autant que la vérité le pour- ront admettre, rait permettre, et sans aucun engagement; ce rR0JEÏ DE RÉUNION DES DEUX RELIGIONS

nue i'avais toujours dit que cette amure n était ,. , . . , n „ ...

4 J ., , ... . \ ■ „ n . Envoyé- par le ministre Du Bourdieu K

pas pour elre li ailée a part, mais en une grande » f .

assemblée du clergé, avec les ministres de Nous ministres soussignés, ayant dessein de

France, convoquéeavec l'avis d'un synode natio- P0*™ notre obéissance aux ordres de Sa Ma-

nal; que c'était l'ouvrage d'un grand roi qui n'a- Je^ »»*' ««>"> ff«e l<* grands intérêts de notre

vait plus rien à faire à Paris sous ses yeux ; et conscience pourront nous le permettre, el espé-

cela disais-je, pour m'en détourner, comme n'é- «n» d« sa bonié ^jale que, voyant les avances

tant pas du royaume, ni membre de svnodes, <lue n0l,s voulons faire vers la religion qu'il pro-

afin de détourner aussi ce qu'on me disait que lesse- ll ordonnera qu'on nous laissera en repos,

le roi m'appellerait: ce qu'il reconnut être en- et Quc toules nos aftaires seront en assurance;

fièrement véritable. nous promettons de contribuer de notre pouvoir

Et pOUr la fin, Slir Ce qu'il me faisait les l'e- 'Le duc de Noailles, commandant de Languedoc, soupirait, nous

1 . l n A 1 ri f 'I l'-i'l *»•» dit l'abbé Millot ^Mémoires politiques et littéraires), pour l'exécution

comniandalions un l . Adam, nom n disait eut. d>un pr0jel formé depuis iorjg;erapSj auquei plusieurs savants tnéoio-

Cliar'é par trois lettres, Ct qu'il serait bientôt ici g'ens avaient travaillé, mais qu'on ne verra jamais réalUé sans une

D ' . . j « . ef[>è:e de miracle : c'eiau. de réunir les protestants à l'Eglise tatho-

pOlir Se préparer au Carême, dC leCOUJlirei, Cl ,n,]V Bourfi,cu, ancien ministre de Montpellier, lui envoya un

le prier à SOn arrivée de Se paSSCr de prendre la Wcmoire pour être présenté au roi sur on objet si désirable. Après

* . . ,.. .. l'avoir examiné et fait examiner avec soin, le duc resta persuadé

peine de me Venir VOll*; CC qil U me promit, en qBC ce Mémoire tendait à rendre les catholiques huguenots, et non

HIC disant qu'il VO \ ait bien que je SOUffraiS dedans 1" huguenots catholiques. Il ne le présenta point ; mais il le cora-

~ muniqua au célèbre Bossuet, l'oracle de l'Eg'ise de France, et la

et dCIlOrS. plus redoutable adversaire des novateurs. — Nous ignorons la date

Sur la proposition qui nOUS a été faite par précise de ce Projet de réunion, qui n'est pas marquée dans la copie

1 '. ^ ... . , , , qui nous a été confiée avec les originaux des autres pièces qui

MM. de DampiCrre et de Dalllly, de la part de précèdent. Mais U parait, par les Mémoires de l'abbé Millot, on'il

M. de la Voitgarde, lieutenant du roi en cette ** *> "8i.

au religieux dessein qu'il a de ranger tous ses voies de sa présence soient incompréhensibles à

sujets sous le même ministère, et pour cet effet l'esprit humain ; et par conséquent on n'obli-

de nous réunir à l'Eglise gallicane, si elle veut géra personne à définir la manière de sa pré-

nous accorder les articles suivants, selon la pro- sence, ni on n'en disputera point, puisqu'elle

inesse solennelle qu'elle fait dans l'Avis pastoral, passe notre intelligence et que Dieu ne nous l'a

de relâcher de ses droits en faveur de la paix, et pas révélée.

de rectifier les choses qui auront besoin de re- VIII. Que quand on communiera, on sera

mède, si la plaie du schisme est une fois fermée, dans une posture d'adoration ; les communiants

Voici les articles : rendront alors à Jésus-Christ les honneurs su-

I. Qu'il n'y aura point d'obligation de croire prêmes qui ne sont dus qu'à Dieu, sans exiger le purgatoire ; qu'on ne disputera point de part autre chose de personne, pour les espèces de la ni d'autre sur cet article, et qu'on parlera avec matière de ce sacrement, que cette vénération une grande retenue de l'état où sont les âmes profonde qu'on doit aux choses saintes, incontinent après la mort. IX. Qu'il sera permis au peuple de lire les

II. Que l'on ôterades temples les images de la Ecritures saintes, et que l'on les lira publiquetrès-sainte Trinité; que les autres que l'on trou- ment dans l'église ; que le service se fera en vera à propos d'y laisser ne resteront que pour langue vulgaire ; que la coupe sera administrée servir d'ornement à l'Eglise, ou pour une simple au peuple ; que l'on ne reconnaîtra point d'autre instruction historique ; et que les pasteurs aver- sacrifice proprement dit que celui de la croix, tiront soigneusement les peuples d'éviter sur ce Les pasteurs enseigneront aux fidèles que l'Eglise point les abus, qni ne sont que trop communs chrétienne n'a qu'une seule victime, qui s'est parmi les personnes mal instruites. une fois immolée, et que l'Eucharistie est un

III. Que les reliques et les autres dépouilles sacrifice de commémoration, ou la présentation des saints, de la vérité desquelles on n'aura pas que le Chrétien fait à iDieu du sacrifice de la raison de douter, seront conservées avec grand croix ; qu'avant de nous obliger à recevoir l'usage respect; mais qu'elles n'entreront point dans le de la confession, on corrigera les abus qui s'y service de la religion, et qu'on ne nous obligera sont glissés, et l'on y apportera les modifications pas de leur rendre aucun culte. nécessaires pour le repos des consciences.

IV. Que l'on n'envisagera que Dieu, seul objet X. Qu'on ne regardera les jeûnes et toutes les de notre adoration et de notre culte, qu'on ins- mortifications que comme des aides à la piété, truira le peuple de prendre bien garde de ne et les moyens pour se conserver en l'état de la rien attribuer aux créatures, pour si éminentes grâce.

qu'elles soient, qui soit propre ni particulier à XI. Qu'on réformera les maisons des reli- Dieu; mais que cependant, puisque les saints gieux, et surtout celle des Mendiants, ne consers'intéressent dans nos misères, on peut prier van t sur pied que les sociétés anciennes, comme Dieu d'accorder aux prières de l'Eglise triom- celles de Saint-Benoît, des Jésuites, des Pères de phante les grâces que l'indifférence de nos orai- l'Oratoire ; mais les soumettant toutes uniquesons n'obtiendront jamais de lui. ment à l'inspection et à l'autorité des évêques.

V. Qu'entre les cérémopies de l'Eglise chré- XII. Que les ministres seront conservés dans tienne, le baptême et l'Eucharistie sont les plus l'état ecclésiastique , et qu'ils tiendront un rang augustes, et l'on ne donnera aux autres le nom distingué dans l'Eglise , excepté les bigames, de sacrement que dans un sens large et étendu, auxquels on aura égard de quelque autre ma-

Page 1