‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 152 sur 313 · CLASSE DES CONTROVERSES · texte numérisé non relu

CLASSE DES CONTROVERSES

Elle comprend celles qui consistent dans des équivoques, ou dans des disputes de mots.

Premier exemple. — Si le sacrement de l'autel est un sacrifiée. En ce point la dispute ne consiste point à savoir si l'Eucharistie peut Être nommée sacrifice, car tout le momie en est d'accord ; mais si c'est un sacrifice proprement appelé ainsi. ()r,celte question se réduil aux termes; puisque les protestants, aussi bien que le cardinal Bellarmin, selon la phrase de l'Ancien Testament, prennent le sacrifiée proprement dit dans l'occision d'un animal ou d'une substance animée, en l'honneur de Dieu et par son commandement: auquel sens l'Eglise romaine bien persuadée, aussi bien que la protestante, que Jésus-Christ ne meurt plus et ne répand point de nouveau son sang, ne prétend pas que l'Eucharistie soit un sacrifice. Elle veut donc seulement qu'elle soit un sacrifice proprement dit, par opposition aux autres sacrifices, qui sont nommés tels encore plus improprement, comme à celui des lèvres cl de la prière; ou à cause que le même sacrifice offert pour nous, et le môme sang répandu pour nous à la croix, nous est donné très-réellement dans l'Eucharistie, pour y être pris, non-seulement par la foi, mais encore par la bouche du corps: auquel sens les protestants peuvent accorder que l'Eucharistie est un sacrifice proprement dit ; ce qui montre, plus clair que le jour, que ce n'est ici qu'une dispute de mots; puisque les parties demeurent d'accord que Jésus-Christ ne meurt pas dans l'Eucharistie, que la manière réelle dont il y est présent et mangé en mémoire et avec représentation du sacrifice une fois offert à la croix, et en ce sens irréitérable, peut èlre appelée un sacrifice proprement ou improprement dit, selon la diverse acception de ces termes. C'est ce que dit expressément Matthieu Gallien, auteur catholique, dans son Catéchisme (Catéch. 43, pag. 422). J'ajouterai que saint Cyprien et saint Cyrille appel-

lent l'Eucharistie « un très-véritable et très-singulier sacrifice, plein de Dieu, très-vénérable, trèsredoutable, très-sacré el Irès-saint. « On pourrait peut èlre encore accorder que l'Eucharistie n'est pareillement un sacrifice commémoralif,etcn ce sens improprement appelé tel, selon la définition des protestants; mais que c'est même une certaine oblation incompréhensible du corps de Jésus Christ, immolé pour nous à la croix; et en ce mus nu \i,ii sacrifice, ou si l'on veut, proprement dit d'une certaine manière. Saint Grégoire de Nysse «lit expressément , « que Jésus-Christ, à la fois sacrificateur el victime, s'est offert pour nous comme une hostie, s'est immolé comme une victime, lorsqu'il nous a donné sa chair et son san- ; parce que, comme on ne mange point une victime animée, il fallait que son corps et son sang, qu'il donnait à manger et à boire, fussent immolés auparavant d'une manière secrète et invisible. ■ El saint Irénée : «L'oblation de l'Eglise, que Jésus-Christ lui a enseignée, est tenue pour un sacrifice très-pur el très-agréable à Dieu. On (ait i\r<. oblations dans le Nouveau Testament comme dans l'Ancien, et il n'y a que la forme qui en est changée; parce (pie l'une de ces oblations est offerte par le peuple esclave, et l'autre par le peuple libre. » Saint Augustin : « Pour tout sacrifice et pour toute oblation, » c'est-à-dire au lieu de celles de l'Ancien Testament, « dans le Nouveau on offre le corps de Jésus-Christ, et on le donne à ceux qui \ participent » l.e second concile de Nicée : « Jésus- Christni les apôtres n'ont jamais dit que le sa* crifice non sanglant (Vil mie image; mais ils ont dit que c'était le propre corps et le propre sang.» Nicolas Cabasilas l'un des plus doctes théologiens de l'Eglise grecque] écrit, dans ['Exposition de la Liturgie : « Ce n'est point ici la figure d'un sacrifice el l'image du sang, c'est vraiment une immolation et un sacrifice. »

CIIAPITKE XIV. — second exemple.

On dispute entre les Catholiques si l'intention du ministre est requise dans le sacrement; et l'on est d'accord sur ce point, que l'intention habituelle, qui ne consiste que dans une certaine disposition du corps, qui peut être dans ceux qui dorment, ne suffît pas; que l'actuelle n'est pas nécessaire; que la virtuelle suffît, et qu'il n'est pas requis, pour la validité du sacrement, que le ministre ait intention d'en conférer le fruit. Bccan convient de toutes ces choses ;et cela étant, il parait qu'il n'y a ici de dispute que dans les mots.

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