CHAPITRE XV. — troisième exemple
On demande s'il y a sept sacrements ou deux
seulement. Ce n'est là qu'une dispute de mots; mérite la peine; et sur cela les protestants accar si l'on appelle sacrement tout ce qui est in- cordent aussi aux Catholiques que cela est vraislitué pour l'honneur de Dieu, selon saint Augus- ment et totalement ô té par la rémission , par tin, il y en a bien plus de sept : si l'on prend ce le pardon , par la non-imputation, qui est ce mot de sacrement d'une manière un peu plus qu'ils appellent justification. Et quand quelétroite, on ne doute point que ces cinq autres ques-uns d'eux enseignent que le péché n'est sacrements (que reconnaît l'Eglise romaine) ne point ôté par la justification, ils l'entendent du puissent recevoir ce nom. Ainsi toute la question péché originel, et en particulier de la convoitise, consiste à savoir si ces sacrements sont sacre- laquelle demeure dans les baptisés, quant à son ments de la même sorte que le baptême et l'Eu- matériel seulement, mais non pas quant à son charistie, ou, pour parler plus clairement, si tout formel: c'est-à-dire quant à la coulpe et au méce qui est essentiel au baptême et à l'Eucharistie rite de la peine, parce que l'inclination habia lieu dans le sacrement de mariage, de l'or- tuelle au mal demeure toujours dans l'homme , dre, de l'extrême-onction, etc. Or, certainement mais elle n'y domine pas. il y faut trois choses : premièrement, la parole CHAPITRE XVII. — cinquième exemple. de l'institution ; secondement, une promesse de g. ,ft fo. ^ justifie Qn ^ ,e tumulte ,fl la grâce justifiante ; troisièmement un signe ex- excitécetle propositioilf insérée par Luther dans terne, un élément, ou, comme on 1 appelle, une le texte de rEcritlire . quojqu'elle ne soit pas matière : ce que les Catholiques ne disent pas, véritable à la dre pr0prement, et que la par exemple qui puisse convenir au mariage , chose igse être H ée d>autres puisque, m il n est institue par Jésus-Christ dans sition§ de rEcrilure et très.reçues dans rEglise. le Nouveau Testament , mais des 1 origine du ^ à ement arl c>est Dieu et non s monde, m il n a aucun élément ou matière lft fo. . juslifie L & mm nou§ justm ., m aucune promesse de grâce qui lui ait été n.y a qu.une cause> ou le motif intérieur, qui le annexée. pousse à nous accorder ce bienfait , et c'est sa CHAPITRE XVI. — quatrième exemple. grace et sa miséricorde : il n'y a non plus qu'un
Si les péchés sont vraiment ôtés par la justifi- motif extérieur principal, qui est le seul mérite
cation. Question aisée à résoudre par l'explica- de Jésus-Christ, ni qu'un seul motif extérieur
tion des termes. Car les péchés sont ou actuels , moins principal, qui est la foi. Et quand on dit
comme un vol , un homicide , ou habituels, que la foi seule est ce motif principal , c'est sans
comme le péché originel et les habitudes vicieu- exclure les autres motifs qui portent Dieu à nous
ses, et il faut regarder, dans tous les deux, ou la justifier; c'est-à-dire sa grâce , sa bonté et le
matière ou la forme. mérite de Jésus-Christ. Au surplus , cette foi ,
Quand on demande si le péché est ôté, ou dans qui justifie seule, n'est pourtant pas seule ou soles péchés actuels, ou dans les péchés habituels , litaire dans le cœur , quand elle nous justifie ; ou l'on parle du matériel ou du formel du péché, puisque la foi qui nous justifie n'est pas la foi Le matériel du péché actuel est ou l'acte même morte, destituée de la charité et du bon propos, qui passe, et qui par conséquent n'est point ôté En disant donc que la foi justifie seule, on veut par la justification, ou le rapport de l'acte avec dire que ni l'espérance, ni la charité, ni quelcelui qui le commet, ce qui ne peut non plus être que bonne œuvre que ce soit, ne sont pas ce qui ôté; puisque de là il s'ensuivrait que la justifi- nous justifie immédiatement, mais que c'est la cation pourrait opérer que le pécheur n'eût point foi qui écrit que Jésus-Christ a satisfait pour nos péché, que celui qui aurait fait un vol ne l'eût péchés, avec la confiance que nous avons d'en point fait, ce qui ne se peut. obtenir la rémission par ses mérites, laquelle foi
Quant au péché habituel, le matériel est la n'est pas morte, mais vive et efficace par la cha-
pente au mal, qui est affaiblie, mortifiée, subju- rite.
guée, en sorte que le péché ne domine plus; CHAPITRE XVIII. — sixième exemple.
mais non pas ôlée tout à fait, tant que nous som- Si l'on peut être assuré de sa justification ou
mes. dans ce corps mortel. Et cet affaiblissement de sa persévérance. Les Catholiques romains ne
de l'habitude du péché est l'effet de la régénéra- le nieront pas, si la question est bien expliquée,
tion et de la sanctification, et non pas de la jus- On ne doute point que nous ne soyons justifiés
tification. Les Catholiques accordent tout cela parla foi. Or celui qui croit sait qu'il croit : il
aux protestants. est (ionc absolument assuré de sa foi, et par con-
Reste donc à considérer le formel du péché; séquent de son salut. Cependant personne n'en-
c'est-à-dire ce qui fait qu'on est coupable et qu'on seigne parmi nous que l'on soit autant assuré de
PHKMIIIiK PARTIE: DISSERTATIONS.
sa persévérance cl de son salut, que de 86 jnslification. Car nous sommes absolument assurés de celle ci, ri de l'autre seulement souscondition : c'est-à-dire si l'on se sert des moyens que la loi prescrit pour persévérer , et si l'on continue à demander cette grAce jusqu'à la lin de sa fie; sous laquelle condition l'on est aussi assuré de BonsaluL Martin Eisengriniua, docteur catholique, enseigne ' « que ce ne l'ut jamais le senliment du concile de Trente . que le Chrétien ne puisse en aucun temps èUf assuré de son salut et de sa justification. »