CHAPITRE XXXIII. — de la transsubstantiation
Cette question est peu importante par rapport aux protestants, qui, en admettant la présence réelle du corps de Jésus-Christ, ne se mettent pas beaucoup en peine de la manière. Luther même a tenu cette erreur pour peu importante; et pourvu qu'on ôte le péril de l'adoration matérielle, il la met au rang des questions sophistiques et inutiles. Au fond, les protestants demeurent d'accord que la consécration des éléments y opère quelque changement accidentel : que le pain, sans pourtant être changé dans sa substance, de vulgaire devient un pain sacré, un pain qui est dans l'usage la communion au corps de Jésus-Christ. Drejerus, profesj>eurdeKœnigsberg, auteur protestant, admet ici, en un certain sens, un changement substantiel. Je ne me rends point garant de cette doctrine; mais je ne croirai rien dire qui soit opposé à l'analogie de la foi, eu supposant que, par les paroles de l'institution, i. se fait dans la sainte Cène, ou dans la consécration , un certain changement mystérieux pal lequel est véritiée, d'une manière impénétrable, cette proposition si usitée dans les Pères : « Le
pain est le corps de Jésus-Christ. » Il faut donc prier les Catholiques que , sans entrer dans la question de la manière dont se fait le changement du pain et du vin dans l'Eucharistie, ils se contentent de dire avec nous que cette manière est incompréhensible et inexplicable; telle toutefois, que par un secret et admirable changement, du pain se fait le corps de Jésus-Christ; et il faut aussi prier les protestants , à qui cela pourrait paraître nouveau, de ne se point faire un scrupule de dire, à l'exemple des premiers réformateurs, que le pain est le corps de Jésus-Christ, et le vin son sang; puisque ces propositions ont été autrefois si universelles, qu'à peine se trouverat-il quelqu'un des anciens qui ne s'en soit servi.