‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 167 sur 313 · SAINTS · texte numérisé non relu

SAINTS

Si les Catholiques romains disent publiquement qu'ils n'ont point une autre sorte de confiance aux saints qu'aux vivants, dont ils demandent les prières ; qu'en quelques termes que soient conçues les prières qu'on leur adresse, elles doivent toujours être entendues par manière d'intercession ; par exemple , que lorsqu'on dit : « Sainte Marie, délivrez-moi à l'heure de la mort,» le sens est : « Sainte Marie, priez pour moi votre « Fils qu'à l'heure de la mort il me délivre : » si, dis-je, les Catholiques s'expliquent ainsi, tout le péril que les protestants trouvent dans ces prières cessera. Il faudra encore ajouter que l'invocation des saints n'est pas absolumenfcommandée, mais laissée libre aux particuliers par le concile de Trente , et qu'on ne doit pas toujours prier les saints, mais particulièrement lorsque , dans la crainte de la colère de Dieu , on n'ose lever les yeux vers lui, ni s'y adresser directement; qu'au reste, la prière adressée à Dieu est de tout autre efficace que celle qu'on adresse aux saints après leur mort, et que la prière la plus parfaite est celle qui s'élève et s'attache le plus intimement aux seuls attributs divins.

La chose étant expliquée ainsi, je ne vois pas qu'on puisse désirer beaucoup davantage, si ce n'est peut-être que, n'étant pas bien certain que les saints sachent en particulier tous nos besoins, ce serait peut-être le mieux de prier ainsi : « Sainte Marie, si vous connaissez mes besoins , « priez pour moi. » Je m'en rapporte aux autres, et pour moi, je suspens mon jugement. Nous souhaitons, au reste, qu'on abolisse ces manières plus dures d'invoquer les saints , qu'on trouve dans le Psautier de la sainte Vierge , dans les Neuvaines de saint Antoine et autres de cette nature, qui déplaisent aux Catholiques modérés

aussi bien qu'à nous; mais il doit suffire aux protestants que ces formules soient expliquées par manière d'intercession, au même sens qu'il faudrait entendre la prière du criminel, qui, demandant sa délivrance au ministre de quelque prince, manifestement ne voudrait dire autre chose, sinon qu'il intercédât pour la lui obtenir du prince même.

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