CHAPITRE IV
Que le ministre, voulant mettre de la différence entre nos ancêtres et nous, établit encore plus solidement la sûreté de notre salut dans l'Eglise romaine.
Le ministre s'est bien aperçu que ceux qui considéreraient attentivement cette conformité de créance, jugeraient sans difficulté qu'il a prononcé en notre faveur quand il a justifié nos ancêtres. C'est pourquoi il n'épargne aucun artifice pour mettre quelque différence entre nous et eux. Il dit donc que les anciens Rituels, dont les Catholiques usaient dans ces temps , font bien voir que le mérite du Fils de Dieu était leur unique espérance; au lieu que la doctrine que nous professons, ruinant cette confiance au Libérateur en laquelle tout le christianisme consiste, elle renverse par conséquent l'Evangile, et détruit toute la piété chrétienne. C'est là le sujet principal des invectives de son Catéchisme.
Pour faire paraître la fausseté de cette accusation mal fondée, je n'aurais qu'à proposer, en peu de paroles, une simple explication de notre créance. Mais il y a quelque chose de plus remarquable que je veux représenter aux lecteurs: il faut que toutes les personnes sensées reconnaissent la force secrète de la main de Dieu, qui conduit si puissamment l'esprit du ministre, que pendant qu'il s'élève le plus contre nous, et qu'il défigure notre doctrine par des calomnies plus visibles , il établit lui-même les fondements qui assurent notre salut dans l'Eglise romaine, selon la conséquence de ces principes. Pour mettre cette vérité en sont jour, je pose ces trois propositions:
1° Tant que l'on conserve immuable le fondement essentiel de la foi, quelque erreur où l'on soit d'ailleurs, le ministre estime qu'on se peut sauver ; 2° Ce fondement essentiel de la foi, lequel étant mis et demeurant ferme, les erreurs sur les autres points ne nous damnent pas , selon les maximes du catéchiste , c'est la confiance en Jésus-Christ seul; 3° Nier que nous ayons cette confiance, c'est s'aveugler volontairement. Quand ces trois propositions seront bien prouvées , il n'y a personne si opiniâtre qui ne nous accorde cette conséquence , que le ministre démentira sa propre doctrine, s'il n'avoue que nous pouvons nous sauver en la communion de l'Eglise romaine. Montrons par des raisonnements invincibles ces trois importantes propositions.
Pour cela il faut comprendre, avant toutes choses, quelques principes de nos adversaires, qui ayant été examinés tres-solidement par des
LE SALUT POSSIBLE DANS L'EGLISE RI MAINE. c,'J
personnes d'une Réputation éminente, nous en loris et si énergiques, il n'y a personne qui no
toucherons seulement ce qui sera nécessaire à confesse que notre doctrine, sur ce point, est
notre Bujet. très-innocente. Et alin qu'on ne pense pas (pie
C'est une maxime constamment reçue parmi ce soit une opinion particulière pour autoriser
lis ministres! qu'il y a deux sortes d'erreurs en sa pensée , Daillé rapporte le résultat d'un synode
la foi. « Les unes, » dit un ministre célèbre * , national tenue Charenton en l'an 1631, où les
« pernicieuses et incompatibles avec la vraie Eglises prétendues reformées « recevaient ex-
piété; les autres sont moins nuisibles, et ne presséinent les luthériens à leur communion et
mènent pas nécessairement les hommes à per- à leur table, nonobstant cette opinion et quelque
dilion. » De ces erreurs du second rang, ce mi- p »u d'autres de moindre importance encore ». »
nistre enseigne que « si nous ne pouvons en Tel est le sentiment de nos adversaires, touchant
délivrer nos prochains, il ne faudra pas pour cela la réalité du corps et du sang dans l'auguste sa-
rompre avec eux : mais y supporter doucement crament de l'Eucharistie.
ce qui ne s'y peut changer, et qui au fond ne Nous avons toujours bien prévu que cette dé-
préjudicie pas à leur salut, et moins encore au claration authentique aurait des conséquences
nôtre.» C'est ce que le catéchiste explique eu très ■considérables: que les ministress'étant relâ-
d'autres paroles lorsqu'il dit* que «toute erreur chés sur ce point qui parait le plus incroyable,
qui est hors des matières nécessaires, ne doit et qui e-4 Bans doute celui sur lequel les conten-
pas être prise pour la révolte delà foi dont parle tionsontété de tout temps le plus échauffées, ils
l'Apôtre, ni estimée cause de séparation. ■ -Mais auraient fort mauvaise grâce de se raidir si fort la suite de ce discours éclaircira mieux quel est sur les autres: et qu'enfin, ils se trouveraient son sentiment sur celle matière. fort embarrassés à nous expliquer quels s.»nl les Cependant nous remarquerons que c'est sur articles qui renversent la piété chrétienne; puisce seul fondement que nos adversaires bâtissent que celui-ci, dans leur sentiment, n'y est pas celle union si mal assortie avec leurs nom eaux contraire. Nous ne nous sommes pas trompés frères les luthériens. C'est une affaire qui s'est dans cette pensée, et nous en voyons l'effet tout traitée entre les ministres, et on n'en a pas di- visible dans le Catéchisme du sieur Ferry. Car VUlgué le secret aux peuples. De tous les articles encore qu'il ait remarqué lui-même (pie la Iransde notre créance, celui qui les choque le plus, subslantiation, dont le nom seul l'ail horreur à c'est la réalité du corps du Sauveur dans le sa- ses frères, a été passée en article de loi dès l'an crement de l'Eucharistie; et toutefois les minis- 1215; encore qu'il sache très-bien que la Messe très se sont accordés avec les luthériens, qui la et la communion des laïques SOUS la seule esp tiennent non moins fortement que les Catholi- du pain, était reçue en l'Eglise du temps de nos qùes. Mais parce que je serais suspect à nos ad- pères, et qu'il n'ait pas pu ignorer, ni ces i'aversaircs, si je leur rapportais de moi-même une meuses décisions de Constance, ni les autres chose qui leur est désavantageuse, je les veux déterminations ecclésiastiques, lesquelles nous instruire de la vérité par le témoignage d'un de lui avons objet lies: toutes ces choses ne sont pas leurs pasteurs. C'est Daillé , ministre de Charen- capables de le faire prononcer contre nos ancèton, qui parle ainsi des luthériens en l'Apologie très; au contraire, il prêche entérines formels: qu'il a faite des Eglises prétendues réformées, que jusqu'à l'an lo43 , on se sauvait encore «J'avoue, » dit-il 3, « qu'il ne nous est non en l'Eglise qui avait résolu tant de points contre plus possible de croire que de concevoir ce qu'ils sa créance. El quoiqu'il tache d'excuser nos pères, posent, que le corps du Seigneur est réellement sous prétexte de leur ignorance , c'est de là même présent sous le pain de l'Eucharistie. Mais bien que je conclus que les articles dont nous parlons nous est-il possible et, comme j'estime, néces- ne peuvent pas èlre fondamentaux selon les prinsaire, selon les lois de la charité , de supporter, cipes de nos adversaires, puisque tout le inonde en leur doctrine, cela même que nous ne croyons convient unanimement que l'ignorance des fonpas. Car celte opinion qu'ils ont, demeurant en déments de la foi n'est pas une excuse suffisante ces termes, n'a aucun venin. » Et un peu après, devant la justice divine , et que c'est des articles continuant le même sujet : « Cette hypothèse , » fondamentaux que nous pouvons dire ce que dit dit-il, « ne nous engage en rien qui soit contraire l'Apôtre : « Qui ignore sera ignoré 2. » ou à la piété ou à la charité , ou à l'honneur de , Synode naUonal de Chaicnton cii Vm 1631 ^ autoriscr mm Dieu, ou au bien des hommes. » Cette vérité union. Dauu, au. — » i cw.,.wi, 38. étant reconnue par nos adversaires, en termes si
1 Daillé, Apol., eh. 7, imprimée avec approb. de Mcstrezat, Drelincourt et Aubertin. — ' Pag. 44. — * Daillé, Apol, ch. 7.
70 RÉFUTATION DU SIEUR FERRY
sieur Ferry ne va pas si vite : il s'est souvenu en