‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 17 sur 313 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Que cette conformité de créance prouve clairement que nous pouvons nous sauver en l'Eglise romaine avec la même facilité que nos ancêtres; et que le ministre, qui nous condamne, ne s'accorde pas avec lui-même.

Ces choses ayant été résolues, ainsi que je les ai rapportées, s'il reste quelque sincérité au ministre, il reconnaîtra franchement que ce con-

1 Propositions de Jean Viclef et de Jean IIus censurées au concile de Constance. Sess. 8 et 15.

J Bulle de Martin V contre Jean Fïclefet Jean Hus, torn. IV Conc. gen., edit. fiom. Labb., tom. xu Concil.

cile étant reçu comme universel , ses déterminations ont été suivies par toute l'Eglise, et que jamais elles n'ont été révoquées. D'où il s'ensuit très-évidemment que dans le temps duquel nous parlons, et lorsque le concile fut ouvert à Trente, elles étaient en ïa même vigueur et en la même vénération; et qu'il y avait un siècle passé que la plupart des points contestés, et encore sans difficulté les plus importants, étaient proposés à tous les fidèles par l'autorité de l'Eglise, en la même manière que nous les croyons, et avec une pareille certitude.

D'ailleurs, ces interrogations de Martin V, que

l'on faisait en particulier à veux (pie l'on soupçonnait d'hérésie, tenaient lieu d'une profession de foi spéciale que l'(jn exigeait d'eux sur tous ces articles ; tellement qu'il était impossible de demeurer en la communion de l'Eglise romaine sans les croire et les professer. D'où il s'ensuit que le concile n'a rien ordonné sur toutes ces choses , qui n'eût été déjà établi avec la même fermeté du temps de nos pères: et c'est ce qui fait voir manifestement comhien le ministre abuse le monde, quand il tâche de persuader (pie c'est à Trente que se sont faits ces grands changements dans la religion ancienne ! , et que c'est en suite de ses décrets que l'entrée du royaume célcsle nous est interdite.

Je ne vois pas ce qu'il peut répondre à des raisons si foi tes et si évidentes. Niera-l-il que la foi de nos pères fut telle en ce temps là (pie je la propose? Mais qu'est-ce qui peut mieux faire \oir la créance qui est tenue dans l'Eglise, que les déterminations qu'elle fait, dans ses assemblées générales, sur les doutes et sur les questions qui s'élèvent? N'est-ce pas sur les résultats des conciles, que les confessions de foi sont dressées? Dira-t-il qu'il y a d'autres points que je n'ai pas encore touchés? Mais du moins il avouera, sans difficulté, que ceux que j'ai rapportés sont les principaux; et que si nous en étions demeurés d'accord, presque toutes nos disputesseraicnl terminées. A quoi donc se réduira-t-il? Bien avant dans le siècle passé on se sauvait en l'Eglise romaine: notre adversaire n'en disconvient pas: maintenant, à son avis, il est impossible. Que si la créance est la même , pourquoi damner les uns, et sauver les autres? Dans une telle conformité, sur quoi le ministre peut-il fonder une sentence si dissemblable? Quel procédé plus injuste ni plus téméraire?

Je vois bien qu'il cherche à nos pères , qui sont morts en l'Eglise romaine, un asile assuré dans leur ignorance. Mais en attendant que nous lui prouvions, par un raisonnement invincible, que

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RÉFUTATION DU SIEUR FERRY

celle réponse ne s'accorde pas avec ses principes, faisons-lui seulement remarquer qu'il n'a pas bien considéré ce qu'il dit. Car je lui demande quelle estime il fait des vaudois et des albigeois. Sont-ce de bons ouvriers, comme il les appelle1, ou de faux prophètes, comme nous disons ?*Que s'ils sont ces bons ouvriers, que le grand Père de famille avait employés pour la réformation de l'Eglise, ainsi que notre adversaire l'assure, qui pouvait s'excuser sur son ignorance depuis qu'ils ont paru dans l'Eglise? Leur séparation n'avaitelle point assez éclaté? Nos adversaires ne disent-ils pas que Dieu les avait dispersés parmi les nations et les peuples, pour y porter le témoignage de l'Evangile? Et encore plus nouvellement Viclef el Jean Hus, que les calvinistes estiment des leurs, n'avaient-ils pas enseigné et dogmatisé à la face de toute l'Eglise? Et d'où vient donc que les ministres déclarent que l'ignorance excuse nos pères, puisqu'ils disent d'ailleurs que la vérité leur avait déjà été annoncée? Est-ce qu'ils se veulent réserver la gloire d'avoir les premiers prêché l'Evangile, et dissipé l'ignorance du monde? Mais donnons au minisire qu'il soit ainsi ; qu'il songe à ce qu'il a dit de nos ancêtres qui vivaient en l'an 1543, et encore quelque temps au-dessous : que persistant jusqu'à la mort en la communion de l'Eglise romaine , ils y ont pu obtenir la vie éternelle , comme nous l'avons montré assez clairement. Certes il y avait déjà vingt années que l'on prêchait, et en France, et en Allemagne, la réformation prétendue 2, et elle faisait tant de bruit dans l'Europe . que personne ne la pouvait ignorer. Combien d'Eglises de la nouvelle Réforme avaient été déjà établies, et même dans le voisinage de Metz 3? Quoi plus? Le ministre ne dit-il pas que « la réformation « se prêchait lors hautement en cette ville? » C'est peu de dire qu'elle s'y prêchait; il dit qu'elle s'y prêchait hautement. Cependant c'est dans Metz qu'il assure que nos pères pouvaient mourir durant ce temps-là en la communion de l'Eglise romaine, sans préjudice de leur salut. En quoi différons-nous d'avec eux? Vous nous prêchez, vos prédécesseurs les prêchaient; vous nous appelez, ils les appelaient; nous vous refusons, ils les refusaient. Par quelle justice les condamnezvous, ou par quelle justice les absolvez-vous, puisque nous sommes également innocents, ou également criminels?

' Pag. 57 — 2 A Witemberg, dès l'an 1521. Sleid., Iib. m. — h Gei èje, à Berne, à Constance, à Jîâle, à Strasbourg, en 1528 et I52J. Idem., Iib. vi, p. 103.

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