CHAPITRE IV
Des moyens d'établir la foi, et premièrement de V Ecriture et des tradition* non écrites,
LaYulgate, à qui le nom de saint Jérôme et
l'usage de tant de siècles attire la vénération des (idoles, est reconnue pour authentique, dans le concile de Trente, d'une manière qui ne blesse point l'illustre auteur, puisqu'il demeure d'accord, et qu'il a solidement prouvé, par beaucoup d'ailleurs catholiques, que celte authenticité ne tend point à affaiblir l'autorité du texte original, ni des autres anciennes versions qui ont été usitées dans les Eglises ; mais à la préférer aux autres versions latines qu'on répandait dans le monde, selon les termes exprès du concile de Trente '. Pour ce qui est delà tradition, le même auteur demeure d'accord que nous lui devons « non-seulement l'Ecriture sainte, mais encore la légitime et naturelle interprétation de cette Ecriture, et qu'il y a des vérités que l'on ne peut connaître que par son secours; » ce qui nous suffit, en sorte que cet article est pleinement concilié, si l'on en croit ce savant homme. Quant à la restriction des articles fondamentaux, au discernement desquels il semble réduire l'autorité de la tradition, s'il entend par ces articles ceux qui sont contenus dans les trois Symboles reconnus par les luthériens, c'est en vain qu'il nous propose la tradition comme un moyen pour concilier les différends, puisque nous n'en avons aucun sur ces articles. Il faut donc qu'il reconnaisse la tradition, non-seulement à cet égard, mais encore dans tous les articles révélés de Dieu, et qui regardent la piété et le salut; ce qui est précisément notre doctrine.
' Sess. 4. Dec. de tdit
dilionis auctori tas ad solos illos fundamen taies arliculos restringenda est.
Articulus II. — De Ecclesiœ et conciliorum De l'infaillibilité de l'Eglise, et des conciles
generalium infallibilitate. œcuméniques.
Ecclesiam esse infallibilem vir doctus agno- C'est tenir au fond l'Eglise infaillible, que de
scere videtur hisverbis : « Taie concilium, quod dire, avec notre auteur, « qu'il se tiendra un
adnostrascontroversiassupremoetirretractabili concile général, où toutes nos controverses se-
judicio decidendas convocandum proponitur, ront décidées en dernier ressort et sans retour,
pro fundamento et norma habeat Scripturam et que ce concile aura pour fondement et pour
sacram canonicam Veteris et Novi Teslamenti, règle l'Ecriture, le consentement de l'ancienne
consensumque veteris Ecclesiœ, ad minimum Eglise, du moins des cinq premiers siècles, et
quinque priorum sœculorum, consensum etiam même le consentement des Eglises patriarcales
hodiernarum sedium patriarchalium, in quan- d'aujourd'hui, autant qu'on pourra. « C'est, dis-
tum isproratione temporum haberi poterit '.» je, tenir au fond l'Eglise infaillible, puisque si le
Unde existit argumentatio luce clarior ; quod consentement de l'Eglise ancienne et moderne, y
pro norma fundamentoque decidendarum fidei compris même le consentement des Eglises pa-
quœstionum habetur, illud profecto necesse est triarchales d'aujourd'hui,est la règle et le fon-
certœ et infallibilis auctoritatis esse : atqui con- dément des décisions qu'on doit faire en der-
sensus Ecclesiœ nec modo veteris, sed etiam ho- nier ressort, il ne se peut que l'Eglise même,
diernae ac patriarchalium hodiernarum sedium dont le sentiment est une règle et qui doit faire
pro norma fundamentoque habetur decidendarum ces décisions, ne soit infaillible,
fidei quaestionum : ergo illi consensus certœ at- Que si l'Eglise est infaillible le concile qui la
que infallibilis auctoritatis est. Porro ille con- représente , et qui en contient par conséquent
sensus fundamenti ac normœ loco ponitur, non toute la vertu, l'est aussi ; et c'estpourquoi notre
solum ad decidendas quaestiones circa prœcipuos auteur y renvoie les questions de la religion,
illos ac fondamentales arliculos, de quibus nul- sans qu'il soit permis de réclamer contre, sous
la lis, est, verum etiam ad omnes nostras con- les peines portées par les canons, c'est-à-dire sous
troversias dirimendas : ergo ille consensus ha- peine d'anathème. En cela notre auteur ne fait
bendus est infallibilis ac certae auctoritatis, non que suivre le sentiment unanime de tous les
tantum circa Hlos fundamentales articulos, sed protestants, puisqu'on voit, dans tous leurs actes,
etiam circa omnes illos, qui quocumque modo, qu'ils n'établissent leur réforme que par provi-
ad sacramenta, ad cultum ad veram pietatem sion, et jusqu'à la décision du concile général,
salularemque doctrinam, atque omnino ad sa- auquel ils appellent et se rapportent; ce qui est
lutem pertineant. même expressément porté dans la Préface de la
Neque tantum Ecclesia ipsa eo modo sit infal- Confession d'Augsbourg, et même dans la con-
libilis, sed etiam conciliumillam légitime reprœ- clusion de la Confession des quatre villes pré-
sentans ; cum vir doctissimus tali concilio no- sentées en même temps à Charles V par le se-
stras controversias, quotquot sunt, reservetjudi- cond parti des protestants; en sorte qu'on ne
candas, tam certo judicio ut ab ejus judicii au- peut douter de leur sentiment unanime, si leurs
ctoritate recedere nemini liceat 2. et quicun- déclarations les plus authentiques ne sont pas
que recesserit canonum ultioni subjaceat; hoc une illusion.
est, sit anathema ac pro elhnico et publicano Les luthériens déclarent encore authentique-
habetur, ut supra diximus 8. ment, dans la même Confession d'Augsbourg et
Neque vero hœc sunt viri clarissimi,ut modeste dans Y Apologie l, « qu'ils ne méprisent point le
profert, privatœ cogitationes ; verum etiam ipsius consentement de l'Eglise catholique; qu'ils se
Confessionis Augustanœ et Apologiœ 4: cum sentent obligés, par l'autorité de l'Ecriture et
assidue provocent ad veterem Ecclesiam, imo par celle de l'ancienne Eglise, à soutenir la doc-
etiam, sua doctrina exposita, diserte dicant: trine qu'ils ont professée; qu'elle est conforme
« Haec summa sit doctrinœ quœ in Ecclesiis no- aux Ecritures prophétiques et apostoliques, à
stris traditur, et consentaneam esse judicamus l'Eglise catholique, et enfin à l'Eglise romaine,
propheticœ et apostolicae Scripturœ et catholicae autant qu'elle est connue par ses écrivains. »
Ecclesiœ, postreme etiam Ecclesiœ Romanœ, Si tout cela est sérieux comme il le doit être,
1 Tit. Conc, condit., 6. — * Jbid. — * Sup., p. 647. — « Con/.
Aug., conclus l Con/ess. d'Augs., art. 21 ; Apolog., Rép. aux uig., p. Wl, 0U<