CHAPITRE PREMIER
Que l'Eglise catholique enseigne très-purement le mystère de la Rédemption du genre humain.
Premièrement, nous confessons tous que, par le péché d'Adam, notre premier père, toute sa race a été perdue ; si bien que tout le genre humain était condamné par une juste et inévitable sentence, à cause du péché d'origine par lequel nous naissons tous ennemis de Dieu.
Nulle créature vivante, ni parmi les hommes, ni parmi les anges, de quelque don naturel ou surnaturel que nous la figurions embellie, n'était capable de payer pour nous ce que nous devions à la justice de Dieu, ni de réparer l'injure infinie que nous avions faite à sa majesté. Tellement qu'il ne restait autre chose sinon que Dieu réparât lui-même l'injustice de notre crime par la justice de notre peine, et satisfit à sa juste vengeance par notre juste punition.
Toutefois un conseil de miséricorde rétablit nos affaires désespérées ; le Fils de Dieu égal à son Père se présenta volontairement pour être la victime du monde ; pour satisfaire à la justice implacable, il se destina dès l'éternité une chair humaine; et empruntant la passibilité qu'elle avait, lui donnant la dignité infiniejqu'elle n'avait pas, il parut en terre au temps ordonné comme la digne hostie de tous les pécheurs, c'est-à-dire de tous les hommes. Là se vit ce spectacle de charité : un Fils uniquement agréable qui se mettait à la place des ennemis , l'innocent , le juste, la sainteté même qui se chargeait des crimes des malfaiteurs, celui qui était infiniment riche qui se constituait caution pour les insolvables.
Là Satan ayant mis la main sur celui qui ne de-
vattrieni la mort, parce mil] était sans péché, fesser cette sainte doctrine, n'est-ce pas déclarer
Dieu rendit ce jugement mémorable, par lequel hautement que l'on a toute son espérance en
il fut arrêté que le diabte, pour avoir pris finno- Jésus-Christ seul? Ainsi nous ne disputons pas
cent, seimtcontramt de lâcher lespécheurs.Ilper- touchant le bienfait, toute notre controverse con-
dit les coupables qui étaient à lui. en voulant sisle à savoir de quelle sorte il nous est applique
réduire sons sa puissance Jésus-Christ, le juste par la grâce de la justification.
dans lequel il n'y avait rien qui lui appartint1.
De sorte qu'il n'y a plus de condamnation a CHAPITRE II. ceux qui sont en Nôtre-Seigneur, d'autant que
par un seul saeriliee il a payé pour eux au delà Dlvorses ^oses h ron>i,i,,,r tMehut h justification : et pr*
, „ •. • », n minciiHiit, (|u elle tst gr.Kiiitc, selon le concile de Trente de ce quel on pouvait exiger. Noneontent d avoir
satisfait pour nous, s'étant ouvert les eieui par llya trois choses à considérer dans la doctrine
Bon sang, il est monté à la droite du Père pourj de la justification. Premièrement, la justification
foire la fonction de notre pontife]; et non-seule- elle-même, qui est le fondement de la vienou-
n lent de noire pontife niais encorede m ilrea\ocat. velle : après, le progrès de celle \ie dans l'homme
Je trouve en cette qualité d'avocat une force justifié; et enfin, son couronnement dans la vie
particulière qui revève merveilleusement notre futur..
confiance. Car si l'ambassadeur négocie, si le Si nous montrons clairement qu'en ces trois
pontife et le sacrificateur intercèdent, Pavocat étals la doctrine catholique ne diminue point le
presse, sollicite et eonvinc : le pontife demande mérite du Médiateur Jésus-Christ, an contraire,
miséricorde, et Favocat demande justice, le pou- qu'elle le met dans un grand jour, la calomnie
tiie prie, et l'avocat prouve. de notre adversaire tare évidemment réfutée.
Voici l'éloquent plaidoyer de notre miséri- Parions de la justification en elle-même.
COrdieux Avocat. Oinon Père! que demandez- Je ne vois que trois questions Importantes
vous aux mortels? Ils étaient vos débiteurs, je touchant la justification du pécheur. Preinière-
l'avoue; mais moi, qui ne dois rien à votre jus- ment, pour quel motif Dieu nous justifie; se-
lice, j'ai rendu toute leur délie mienne, cl je l'ai condement, ce que C'est, et en quoi elle consiste;
entièrement acquittée. Tous les hommes vous et enfin, par quel acte de nos volontés celte
étaient dus pour être immolés à votre juste et ri- grâce de la justification nous est appliquée. Sur
goureusc vengeance; mais une victime de ma quoi il est digne d'observation que dans le point
dignité ne peut-elle pas remplirjustement la principal, qui est le premier, nos adversaires
place môme d'une infinité de pécheurs? Que eux-mêmes ne dénieront pas que notre doctrine
demande donc votre justice offensée? Veut-elle ne soit irrépréhensible.
voir le juste à ses pieds, pour mériter le pardon Ce qui est le plus important en cette matière
des coupables? Je me suis abaissé devant elle pour relever la grâce de Jésus-Christ, c'est de
jusqu'à la mort de la croix. Là il montre les cica- poser que le Père éternel ne nous pardonne nos
triecs sacrées des bienheureuses blessures qui péchés qu'à cause de lui; et c'est ce que nous
nous ont guéris; et le Père, se ressouvenant de confessons de tout notre cœur. Certes nous
l'obéissance de ce cher Fils, s'attendrit sur lui, croyons qu'il nous justifie, non parce que nous
et, pour l'amour de lui, regarde le genre humain lui étions agréables, mais afin que nous lui
en pitié. soyons agréables : sa grâce ne rencontre en
C'est ainsi que plaide notre Avocat, concluant nous que des crimes; parce qu'elle vient effacer
par de vives raisons que Dieu ne peut plus con- Jcs crimes : ce n'est pas nous qui le choisissons,
damner les hommes qui rechercheront la grâce mais il nous choisit; nous ne l'aimons pas les
en son nom. C'est pourquoi l'apôtre saint Jean premiers , c'est lui qui commence : et jamais
parle ainsi : «Si quelqu'un pèche, nous avons nous ne le chercherions par la foi, s'il ne nous
« un avocat près du Père, Jésus-Christ le juste; cherchait premièrement par miséricorde. Sa
« et c'est lui qui est propitiation pour nos pé- bonté nous trouvant criminels, elle nous aurait
« chés2. » en horreur si elle nous regardait en nous-
Nous convenons donc déjà de ces fondements: mêmes; de sorte que, pour se pouvoir appro-
que Jésus-Christ s'est donné pour nous; que le cher de nous, il faut qu'elle nous regarde en
Père ne nous gratifie qu'à cause de lui; que lui Jésus-Christ seul.
seul pouvait satisfaire pour nos péchés; et que C'est pourquoi le concile de Trente, représen-
son oblation volontaire était d'une valeur infinie, tant lespécheurs effrayés par les justes jugements
il a satisfait pour nous surabondamment. Con- deDieu, veut que le premier sentiment qui naisse
•in me non habet quidquam. (Joan., xiv, 3o. -'i/oan., n, i, 2.j en leurs âmes, soit la confiance au libérateur :
RÉFUTATION DU SIEUR FERRY
«Lors, » dit-il1, «que sentant qu'ils sont criminels, de la crainte de la justice divine dont ils sont utilement ébranlés, ils se retournent à la divine miséricorde et relèvent leur espérance abattue, se fiant que Dieu leur sera propice à cause de Jésus-Christ... » Est-ce là nier celte confiance au Sauveur, ou n'est-ce pas plutôt la poser comme le fondement immobile de notre juslificalion?
Et ce saint concile, pour nous apprendre que toute l'espérance de pardon est en Jésus-Christ, définit expressément « qu'il faut croire que les péchés ne se remettent jamais, et n'ont jamais été remis que par la miséricorde divine gratuitement à cause de Jésus-Christ2. » En rapportant les causes de la justification du pécheur : « La cause efficiente, » dit-il3, « c'est Dieu miséricordieux qui nous lave gratuitement et nous sanctifie. La cause méritoire, c'est son très-cher Fils Jésus-Christ Notre-Seigneur, qui, lorsque nous étions ennemis, à cause de la charité infinie par laquelle il nous a aimés, nous a mérité la justification, et a satisfait pour nous à son Père par sa très-sainte passion au bois de la croix. » Et encore en termes plus nets : « Nous sommes dits justifiés gratuitement, parce qu'aucune des choses qui précèdent la justification, soit la foi, soit les œuvres, ne peut mériter cette grâce4. » Que reste-t-il donc au pécheur, sinon de s'appuyer sur le Juste ? Que reste-t-il à celui qui est délivré, sinon de glorifier le Libérateur ? Voilà cette session sixième, qui, selon le sentiment du ministre, détruit la pieuse confiance qu'avaient nos ancêtres au seul mérite du Fils de Dieu. Est-il une calomnie plus visible?